Conseil d’Etat, Assemblée, 22 juin 1951, Daudignac, requête numéro 00590, rec. p. 362






Vu 1° la requête présentée par le sieur X…, demeurant …, ladite requête enregistrée le 24 décembre 1948 sous le numéro 590 au Secrétariat du Contentieux du Conseil d’Etat et tendant à ce qu’il plaise au Conseil annuler pour excès de pouvoir un arrêté en date du 25 octobre 1948 par lequel le maire de Montauban a soumis à autorisation l’exercice de la photographie sur la voie publique ;
Vu 2° enregistrés comme ci-dessus les 14 mai et 15 juillet 1949 sous le numéro 2551, la requête et le mémoire ampliatif présentés pour le sieur X… et tendant à ce qu’il plaise au Conseil annuler pour excès de pouvoir un arrêté en date du 2 mars 1949 par lequel le maire de Montauban a soumis à autorisation préalable l’exercice de la profession de photographe sur la voie publique ; Vu la loi des 2-17 mars 1791 ; Vu la loi du 5 avril 1884 ; Vu les lois du 30 décembre 1906 et du 16 juillet 1912 ; Vu l’ordonnance du 31 juillet 1945 ;
Considérant que les requêtes susvisées du sieur X… sont relatives à des arrêtés de police édictant des dispositions semblables ; qu’il y a lieu de les joindre pour qu’elles fassent l’objet d’une seule décision ;
En ce qui concerne la requête n° 590 : Considérant qu’il ressort des pièces du dossier qu’à la date du 18 février 1949, postérieure à l’introduction du pourvoi, le maire de Montauban a rapporté l’arrêté attaqué ; qu’ainsi ladite requête est devenue sans objet ;
En ce qui concerne la requête n° 2.551 : Sur l’intervention du groupement national de la photographie professionnelle : Considérant que ce groupement a intérêt au maintien de l’arrêté attaqué ; qu’ainsi son intervention est recevable ;
Sur la légalité de l’arrêté du maire de Montauban en date du 2 mars 1949 : Considérant que, par cet arrêté, le maire a soumis à une autorisation, dont les conditions étaient fixées par l’acte attaqué, l’exercice, même temporaire, de la profession de photographe sur la voie publique ; qu’il est constant qu’il a entendu viser ainsi notamment la profession dite de photographe-filmeur ;
Considérant que les opérations réalisées par ces photographes n’ont pas le caractère de ventes au déballage, soumises à autorisation spéciale du maire par la loi du 30 décembre 1906 ; qu’en admettant même qu’elles soient faites par des personnes ayant la qualité de marchand ambulant au sens de l’article 1er de la loi du 16 juillet 1912, le maire, qui tient de l’article 97 de la loi du 5 avril 1884, le pouvoir de prendre les mesures nécessaires pour remédier aux inconvénients que ce mode d’exercice de la profession de photographe peut présenter pour la circulation et l’ordre public, – notamment en défendant à ceux qui s’y livrent de photographier les passants contre leur volonté ou en interdisant, en cas de nécessité, l’exercice de cette profession dans certaines rues ou à certaines heures, – ne saurait, sans méconnaître la loi précitée du 16 juillet 1912 et porter atteinte à la liberté de l’industrie et du commerce garantie par la loi, subordonner l’exercice de ladite profession à la délivrance d’une autorisation ; que, dès lors, le sieur X… est fondé à soutenir que l’arrêté attaqué est entaché d’excès de pouvoir ;
DECIDE : Article 1er – Il n’y a lieu de statuer sur la requête n° 590. Article 2 – L’intervention du groupement national de la photographie professionnelle est admise. Article 3 – L’arrêté susvisé du maire de Montauban en date du 2 mars 1949 est annulé. Article 4 – Le sieur X… ne supportera aucun droit d’enregistrement. Article 5 – Les frais de timbre exposés par le sieur X…, s’élevant à 835 francs, ainsi que ceux de la présente décision lui seront remboursés par la ville de Montauban. Article 6 – Expédition de la présente décision sera transmise au ministre de l’Intérieur.


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