Approche empirique de la science politique–Titre I– Chapitre 1

Chapitre 1: Les élites politiques





Titre I. Le personnel politique

Chapitre 1. Les élites politiques

De nombreux auteurs se sont interrogés sur la façon dont les sociétés sont organisées, en particulier sur la façon dont les élites sont créées, ainsi que sur les mécanismes qui permettent le maintien de ces élites au pouvoir. Parallèlement, plusieurs études ont été effectuées sur les structures de l’élite. Mais ces questionnements présupposent une première question : existe-il une élite ou plusieurs élites ? Sur ce point, des thèses très différentes ont été émises. On peut ranger ces thèses en deux grands blocs : les thèses qui considèrent qu’il n’existe qu’une seule élite (1) et les thèses qui estiment qu’il existe plusieurs élites (2). En revanche, l’enjeu de ces recherches sur la description des élites est identique, clair et essentiel : il s’agit de savoir qui dirige le pays. Cette question a un corollaire : comment entre-t-on dans le cercle des dirigeants et, éventuellement, comment peut-on être exclu des cercles dirigeants ?

1. Les thèses de l’unicité de l’élite

Pour ce courant de pensée qui estime qu’il n’existe qu’une seule élite, trois auteurs ont été particulièrement marquants : Karl Marx, Vilfredo Pareto et Charles Wright Mills.

La plus connue de ces théories pour lesquelles l’élite est unique est sans conteste la théorie marxiste symbolisée par la lutte des classes. Pour Karl Marx et ses disciples, il existe (et il a toujours existé) une classe dominante et une classe dominée ; ces classes sont en lutte pour le pouvoir. Cette théorie de la lutte des classes n’a pas été créée par Marx il l’a reprise, il l’a popularisée et lui a donné une ampleur qu’elle n’avait pas auparavant.

A grands traits Marx distingue deux classes fondamentales diamétralement opposées : la bourgeoisie et le prolétariat. Les capitalistes (appelés aussi bourgeois) constituent la classe dominante qui possède le capital et dispose ainsi des moyens de faire travailler autrui à son profit en pesant sur le cours d’achat de la force de travail. Le prolétariat constitue la classe dominée, il regroupe les personnes qui n’ont pas de capital et sont contraintes de vendre leur force de travail pour subsister. Il s’agit de la classe salariée.

Marx distingue occasionnellement des sous-classes à ces deux classes fondamentales, opposant, par exemple, la bourgeoisie industrielle et la bourgeoisie financière. Il ajoute également une classe intermédiaire : la petite bourgeoisie, cette catégorie regroupant des personnes qui possèdent leurs propres moyens de subsistance (petits commerçants, professions libérales, etc.), ce qui leur confère une autonomie précaire par rapport aux capitalistes. Ils n’ont pas besoin de se salarier mais ne sont pas eux-mêmes patrons, et doivent travailler pour vivre.

Cette théorie marxiste a eu une influence tout à fait considérable sur l’évolution des idées politiques et sur l’histoire des XIXème et XXème siècles.

Vilfredo Pareto (1848-1923) sociologue et économiste italien a décrit l’élite comme une classe supérieure unique qui se divise malgré tout en deux pans : ceux qui gouvernent (directement ou indirectement) et ceux qui ne gouvernent pas. Mais l’élément qui reste le plus original des études de Pareto portant sur les élites est sans doute la notion de « circulation des élites ». Pour Pareto, l’élite est en constant et progressif remplacement : l’élite ancienne étant continuellement remplacée par une élite nouvelle issue des couches inférieures de la société.

Illustration 1 : La circulation des élites selon Vilfredo Pareto

Illustration 1

Pour Pareto, c’est ce mouvement cyclique qui assure l’équilibre social en favorisant la promotion des meilleurs et en éliminant ceux qui ne sont plus adaptés et ne peuvent se maintenir, faute de qualités, au sommet. A ses yeux, la force qui permet cette circulation est la lutte, la circulation des élites n’est donc pas un mouvement calme fait d’évolutions volontaires mais, au contraire, une évolution violente qu’il estime normale dans toute société. Il considère que « l’histoire est un cimetière d’aristocrates ». Pareto juge que si ce mouvement est bloqué et que le peuple n’accède plus aux hautes sphères de la société, ce dernier se révolte. Cette vision psychologisante de la société est illustrée à ses yeux par la Révolution française. Il voit, en effet, dans l’impossibilité qu’avait le peuple d’accéder aux fonctions les plus élevées une des causes majeures de la Révolution.

Charles Wright Mills est un sociologue américain (1916-1962) qui a étudié la structure du pouvoir aux Etats-Unis. Mills considère que l’élite américaine est composée d’hommes qui occupent des « postes-clés » dans trois domaines principaux du pouvoir qui sont pour lui la politique, l’économie et le domaine militaire. Mills estime qu’il existe une interdépendance mutuelle de plus en plus grande entre ces trois groupes de l’élite américaine qui conduit à la constitution d’un « triangle du pouvoir ». Pour Mills, il n’existe bien qu’une seule élite soudée par des intérêts communs, des affinités identiques, des formations comparables, etc. La conséquence est que ces individus ne forment, en fait, qu’une seule élite et que ces personnes sont pour ainsi dire interchangeables.

Illustration 2 : Le triangle du pouvoir selon Charles Wright Mills

Illustration 2

En ce sens, il n’existe bien pour lui qu’une seule élite et non plusieurs. Ce caractère unique de l’élite est renforcé par le sentiment qu’a Mills qu’il n’existe guère de passage entre les non-membres de l’élite et l’élite. De ce point de vue, Mills rejoint les analyses marxistes (qu’il cherchait pourtant à infirmer tant elles lui semblaient simplistes) tout en se démarquant des thèses de Pareto sur la circulation des élites.

2. Les thèses de la pluralité des élites

En opposition avec les thèses estimant qu’il existe une unité de l’élite, d’autres thèses présentent l’élite comme étant formée de plusieurs groupes qui sont séparés structurellement les uns des autres, voire qui sont en compétition les uns contre les autres.

Parmi ces thèses, celle avancée par Robert Dahl (1915-2014), professeur de science politique américain ressort nettement. Dahl a travaillé dans l’optique de réfuter la thèse de Mills selon laquelle une seule élite dirige la vie politique américaine et il tend à démontrer qu’il existe plusieurs élites distinctes. Dahl a étudié pour ce faire les processus décisionnels au sein de la ville de New Haven, ville du Connecticut dans laquelle il enseignait, cette ville hébergeant la prestigieuse université de Yale.

Pour Dahl, la ville de New Haven a durant la première moitié du XIXème siècle été dirigée par un groupe fermé qu’il nomme les « patriciens ». Cette structure a ensuite évolué pour arriver vers le début du XXème siècle à une structure plus éclatée avec davantage de centres de décision et une classe dirigeante issue du peuple (les « plébéiens »).

Dahl concentre son analyse sur les processus décisionnels et en particulier sur trois secteurs qu’il étudie en détail : l’urbanisme, l’enseignement public et la désignation des candidats. Dans ces domaines ce sont en fait une cinquantaine de personnes qui influencent la décision qui est prise in fine. Le maire de New Haven joue bien sûr un rôle déterminant mais il ne faut pas négliger pour autant les différents acteurs qui interviennent durant la prise de décision. Dahl estime que le pouvoir est réparti entre ces nombreux acteurs, chacun ayant une influence variable selon l’enjeu. Par conséquent, il n’existerait pas une concentration du pouvoir mais au contraire une dilution du pouvoir entre plusieurs acteurs. Le pouvoir serait ainsi « inégalement dispersé », ce qui créerait une compétition entre les acteurs. Dans ces conditions, il n’existerait donc pas une élite homogène ayant des intérêts communs.

La difficulté de cette thèse, dénommée la « polyarchie », provient du fait qu’elle repose sur un pouvoir local. Ce n’est pas l’analyse locale qui pose en elle-même difficulté, ce qui pose question c’est sa généralisation à un niveau plus global. En théorie, cette thèse de la polyarchie pourrait être parfaitement valable pour un niveau local sans pouvoir être transposée au niveau national, niveau pour lequel une élite unique serait au pouvoir conformément à la thèse de Mills. Une telle conciliation de ces deux thèses opposées est théoriquement possible, quoique assez peu probable.

Qu’on soit attiré par les théories unicistes de l’élite ou par les théories pluralistes de l’élite, la difficulté de fond de ces études vient du fait qu’elles sont très datées. Par exemple, les études indiquant que les WASP1 dominent la politique américaine sont assez anciennes et ont rapidement vieilli avec l’élection de Barack Obama. Quant aux études quantitatives les plus larges, et, par conséquent, les plus pertinentes, elles datent pour la plupart des années 1970.

Pour aller plus loin :

D. Chagnollaud, Science politique, 7ème éd., Dalloz, 2010, p. 277-300.

R. Dorandeu, « Le cercle magique. Quelques remarques sur les élites de la République », Pouvoirs n°68 – Qui gouverne la France ? – janvier 1994 – p.111-123.

C. Ysmal, « Elites et leaders » in M. Grawitz, J. Leca (dir.), Traité de science politique, Tome 3 : L’action politique, PUF, 1985 p. 603-643.

I. Caractéristiques des élites politiques

Les élites d’un pays ne sont ni immuables ni éternelles. La Révolution française peut être vue comme une période de transition violente d’une élite de type aristocratique à une autre élite de type bourgeois. L’industrialisation du XIXème siècle provoque et accélère le remplacement d’une élite par une autre forme d’élite. Au Royaume-Uni, par exemple, cette transition est très visible et on peut constater le transfert du pouvoir qui passe d’une aristocratie terrienne formée des grands propriétaires terriens à une bourgeoisie industrielle. Cette modification sociale va être accompagnée de changements politiques lents : la chambre des Lords réservée à l’aristocratie maintient son mode de recrutement fermé mais elle va payer ce manque d’ouverture en perdant progressivement sa suprématie au profit de la chambre des Communes.

En France on a pu constater au début du XIXème une unité parfaite entre richesse et pouvoir politique qui s’explique par le suffrage censitaire (1814-1848) puisque seuls les riches peuvent voter et être élus. Avec la seconde République puis avec le second Empire une dissociation va progressivement s’opérer entre haute administration et richesse ainsi qu’une dissociation entre les élus et la haute fonction publique. Mais ces distinctions ne deviendront véritablement effectives qu’avec la IIIème République. La classe politique de la IIIème République va principalement être issue de la moyenne bourgeoisie : avocats, professeurs, notaires, médecins… Ces traits seront modifiés peu à peu avec la création de l’ENA au début de la IVème République. En quelques années seulement cette école est sans conteste devenue l’école du pouvoir en France. Créée pour être l’école de la très haute administration, elle fournit -en plus de cette élite administrative- une notable partie des très hauts cadres du secteur privé et des dirigeants politiques de tout premier plan. Par conséquent, les membres de l’élite politique, administrative et une partie de l’élite économique (les secteurs clefs de la banque, de l’assurance et de l’industrie) ont été sélectionnés de la même façon, formés de manière identique, au même endroit, par les mêmes professeurs. Ils ont donc une culture commune, des réflexes comparables et partagent globalement des origines sociales identiques.

Il convient de détailler ces éléments en analysant, d’une part, les caractéristiques sociologiques des élites politiques du monde occidental avant de préciser les spécificités de l’élite politique française.

1. Caractéristiques sociologiques

a. Des hommes, blancs, d’âge mûr

L’« homme politique » type est : un homme, blanc, âgé d’une cinquantaine d’années, ayant fait des études assez longues et appartenant à une catégorie socioprofessionnelle supérieure. Ce portrait général peut, cependant, être légèrement nuancé selon les pays et les époques mais, à l’exception des dix ou quinze dernières années, il est d’une affligeante stabilité.

§ 1 Une féminisation qui progresse

Très peu de femmes sont au tout premier plan de la politique de leur pays même s’il existe, bien sûr, de très notables exceptions qu’il convient de citer.

Pour se rendre compte de la prédominance des hommes sur la vie politique, quelques constats simples suffisent. Ainsi en France, aucune femme n’est jamais devenue Présidente de la République et une seule est devenue Premier ministre : Edith Cresson. Dans toute l’histoire du Royaume-Uni, une seule femme a été nommée Premier ministre (Margaret Thatcher), en Allemagne une seule femme dans l’histoire a accédé au poste de chancelier (Angela Merkel) et jamais aucune n’y a été Présidente de la République Fédérale d’Allemagne.

Et ce schéma se reproduit relativement souvent : une femme, en général assez marquante comme Margaret Thatcher ou Angela Merkel, cache la composition de la forêt qui, à peu de choses près, est entièrement masculine. Cette illusion, ou plus précisément cet aveuglement, incite à croire que les femmes sont nombreuses et marquantes en politique ; elles sont certes, de plus en plus nombreuses et de plus en plus marquantes mais elles n’en restent pas moins toujours trop rares et souvent reléguées à des postes secondaires, destinées à faire tapisserie, à apporter un peu de couleur lors des photos officielles.

Néanmoins, nombre de femmes ont eu un rôle politique déterminant dans leur pays : Indira Gandhi, Premier ministre de l’Inde (1966-1977 puis 1980-1984), Golda Meir, Premier ministre d’Israël (1969-1974), Margaret Thatcher, Premier ministre du Royaume-Uni (1979-1990), Simone Veil, Présidente du Parlement européen (1979-1982), Benazir Bhutto, Premier ministre du Pakistan (1993-1996), Angela Merkel, chancelière d’Allemagne depuis 2005, Michelle Bachelet, Présidente du Chili (2006-2010, 2014-…), Jóhanna Sigurðardóttir, Premier ministre en Islande (2009-2013)2, Hillary Clinton, secrétaire d’Etat des Etats-Unis (2009-2013), Julia Gillard Premier ministre d’Australie (2010-2013), Eveline Widmer-Schlumpf, Présidente de la Confédération suisse pour l’année 2012, Dilma Roussef, Présidente du Brésil depuis 2011, Christine Lagarde, Présidente du FMI depuis 2011. Bref, on peut citer des femmes politiques de tout premier plan mais si on peut les citer, c’est précisément parce qu’elles sont peu nombreuses.

Les très hautes sphères du pouvoir ne sont pas les seules à souffrir d’un déficit de représentation féminine.

En France, les gouvernements n’intègrent des femmes dans des proportions comparables à celles des hommes que depuis le début des années 2000. La quantité de femmes n’est d’ailleurs qu’un piètre critère puisque si c’est pour les reléguer dans le fond du classement, leur présence n’a guère d’intérêt autre que celui de faire de la communication. Mais dans ce domaine aussi, les pouvoirs accordés aux femmes par les hommes (c’est encore clairement comme cela que cela se passe) tendent vers toujours plus d’égalité à un point tel que les gouvernements Fillon, Ayrault et Valls sont à égalité parfaite, ou presque, tant sur la quantité que sur les places des femmes.

Pour ce qui est des parlements, la situation évolue également vers plus de féminisation mais en dehors des pays scandinaves où le taux de féminisation est élevé, la répartition des sexes est sans équivoque : les femmes sont partout minoritaires. Ainsi en septembre 2013 à l’Assemblée nationale sont élus 426 hommes et 151 femmes, soit 26 % du total des députés. Ce chiffre est donc faible pourtant, c’est un record : puisque 10 ans auparavant, en 2002, on trouvait moins de 10 % de femmes à l’Assemblée, 19 % en 2007. Le seul point positif dans ce constat désolant est la progression assez nette et relativement rapide.

Ce premier constat chiffré doit, cependant, être immédiatement complété par d’autres chiffres qui n’apparaissent pas ici : l’Assemblée nationale et le Bundestag se féminisent au fil de la législature. Cette féminisation n’est pas anecdotique puisque si en 2002 seules 55 femmes furent élues au soir du second tour (9,5 %), celles-ci se trouvent être 75 (15 %) au début de l’année 2007, c’est-à-dire en fin de législature ce qui représente une augmentation de 41 %. Le phénomène est tout aussi présent en Allemagne bien qu’il y soit beaucoup moins prononcé3.

Cette augmentation apparemment heureuse est, cependant, une preuve supplémentaire de leur exclusion : les femmes remplacent les hommes en cours de législature, qu’elles soient situées plus bas sur la liste (Allemagne) ou qu’elles soient suppléantes (France). Dans ces conditions, la féminisation progressive durant chaque législature ne saurait être un sujet de réjouissance.

Illustration 3 : La présence féminine dans les chambres basses (France, Royaume-Uni, Allemagne) 4

Illustration 3

Les taux de féminisation des chambres basses varient énormément d’un pays à l’autre. En Europe au milieu des années 1990 on trouvait une présence de femmes à hauteur de : 43 % en Suède, 34 % au Danemark, 33,5 % en Finlande, 28,5 % aux Pays-Bas, 26,5 % en Allemagne, 22 % en Espagne, 18 % au Luxembourg, 13,5% au Portugal, 12 % en Belgique, 12 % en Irlande, 10 % au Royaume-Uni, 9,5 % en Italie, 5,6 % en Grèce et 5,5 % France (avant la loi sur la parité)5.

Ces chiffres confirment le constat fait d’ordinaire et qui distingue un clivage assez net entre l’Europe du Nord, assez bien féminisée, et l’Europe du Sud mal féminisée (sauf peut-être l’Espagne). Certains auteurs voient là des reliquats de l’influence catholique quant à la place des femmes dans la société.

§ 2 Une très faible représentation des minorités visibles

Il n’est certainement pas politiquement correct d’aborder la question de la couleur de peau des individus mais il faut bien admettre que c’est un fait : rares sont les dirigeants politiques des pays occidentaux qui n’ont pas la peau blanche.

On peut certes trouver dans l’histoire de France quelques dirigeants politiques qui n’étaient pas blancs de peau mais il faut tout de même bien chercher. Pour la France, à l’exception de Gaston Monnerville (Président du Sénat de 1947 à 1968), Léopold Sédar Senghor (secrétaire d’Etat du gouvernement Edgar Faure en 1955-1956 puis ministre du gouvernement Michel Debré de 1959 à 1961) et Félix Houphouët-Boigny (ministre délégué du gouvernement Mollet en 1956-1957, ministre de la Santé du gouvernement Félix Gaillard en 1957-1958 et ministre d’Etat de 1958 à 1961), on peine à trouver des exemples historiques. Depuis une quinzaine d’années, cependant, on peut noter une réelle amélioration de la représentativité des dirigeants politiques français sur ce point : Christiane Taubira, Rachida Dati, Rama Yade, Najat Vallaud-Belkacem, Hamlaoui Mekachera, Azouz Begag, Kader Arif, Fleur Pellerin, Fadela Amara, Yamina Benguigui, Jeannette Bougrab, Jean-Vincent Placé, Harlem Désir, pour ne citer qu’eux, sont venus enrichir par leur présence la scène politique. Même si certains de cette liste ne modifieraient guère la valeur du stock dans une échoppe de potiches, d’autres ont en revanche fait nettement plus que de la figuration, à commencer par les deux premières qui ont été gardes des sceaux.

Pour ce qui est des Etats-Unis, le changement est tout aussi visible puisqu’en plus de Barack Obama, Condoleezza Rice ou Colin Powell sont venus apporter une nouvelle image à la politique américaine des vingt dernières années.

§ 3 Lorsque démocratie et gérontocratie se confondent

L’âge d’arrivée au pouvoir est souvent très élevé et on ne compte plus les dirigeants qui meurent en fonction, en particulier dans les pays non-démocratiques.

La France confirme parfaitement cette règle, l’âge moyen des Présidents de la Vème République au moment de leur prise de fonction à l’Elysée étant de 58 ans et 9 mois (Charles de Gaulle : 68 ans, 2 mois, Georges Pompidou : 57 ans, 11 mois, Valéry Giscard d’Estaing : 48 ans, 3 mois, François Mitterrand : 64 ans, 7 mois, Jacques Chirac : 62 ans, 6 mois, Nicolas Sarkozy : 52 ans, 4 mois, François Hollande : 57 ans, 9 mois). Le détail laisse, par conséquent, apercevoir d’assez grandes différences entre le doyen, arrivé à 68 ans, et le plus jeune, élu à 48 ans seulement.

Pour ce qui est des Premiers ministres, la moyenne de leur âge au moment de leur arrivée à Matignon est à peine inférieure : 54 ans et un mois (Michel Debré : 46 ans, 11 mois, Georges Pompidou : 50 ans, 9 mois, Maurice Couve de Murville : 61 ans, 5 mois, Jacques Chaban-Delmas : 54 ans, 3 mois, Pierre Messmer : 56 ans, 3 mois, Jacques Chirac : 41 ans, 5 mois, Raymond Barre : 52 ans, 4 mois, Pierre Mauroy : 52 ans, 10 mois, Laurent Fabius : 37 ans, 11 mois, Michel Rocard : 57 ans, 8 mois, Edith Cresson : 57 ans, 3 mois, Pierre Bérégovoy : 66 ans, 3 mois, Edouard Balladur : 63 ans, 11 mois, Alain Juppé : 49 ans, 9 mois, Lionel Jospin : 59 ans, 10 mois, Jean-Pierre Raffarin : 53 ans, 9 mois, Dominique de Villepin : 51 ans, 6 mois, François Fillon : 53 ans, 2 mois, Jean-Marc Ayrault : 62 ans, 3 mois, Manuel Valls : 51 ans, 7 mois). Ici encore, on peut noter des écarts importants entre le doyen Pierre Bérégovoy (66 ans) et le plus jeune Laurent Fabius (37 ans).

A tous ces noms, il convient de rajouter encore quelques notables exceptions à une arrivée tardive au pouvoir : Louis-Napoléon Bonaparte élu Président de la République au suffrage universel direct à l’âge de 40 ans et 8 mois ou encore Maximilien de Robespierre qui avait 35 ans en 1793 lorsqu’il a dirigé de fait la France (sans toutefois avoir été élu pour cela).

La France ne fait pas vraiment figure d’exception en matière de gérontocratie puisque, dans les démocraties, il est parfaitement normal d’arriver au pouvoir après s’être fait connaître et, pour ce faire, il faut des années. Certains peuvent arriver plus tôt au pouvoir en bénéficiant d’une nomination plutôt que d’une élection (c’est le cas, par exemple, pour certains Premiers ministres et ministres français) ou en étant issu d’une famille politique célèbre (Louis-Napoléon Bonaparte, John Fitzgerald Kennedy arrivé à la maison blanche à 43 ans).

A titre de comparaison, l’âge moyen des Présidents américains est de 54 ans et 11 mois au jour de leur arrivée à la maison blanche. Ce chiffre en fait évidemment des hommes d’âge mûr mais il doit, cependant, être relativisé en rappelant que l’arrivée à la maison blanche a lieu plusieurs mois après l’élection d’une part et, d’autre part, en rappelant que cette moyenne est calculée sur plus de deux siècles et non sur un demi-siècle comme en France. Aux Etats-Unis aussi, il existe de grandes variations entre les plus jeunes et les plus anciens. Ainsi entre Ronald Reagan arrivé à 69 ans et 11 mois et Theodore Roosevelt âgé de 42 ans et 10 mois), il existe une grande marge. Cependant, Theodore Roosevelt est devenu Président sans être élu du fait de l’assassinat du Président précédent William McKinley. Le plus jeune Président à avoir été élu étant à ce jour John Fitzgerald Kennedy (43 ans et 7 mois).

Toujours à titre de comparaison l’âge moyen des Premiers ministres au moment de leur arrivée au pouvoir est de 50 ans en Nouvelle-Zélande (1856-2014), de 53 ans au Canada (1867-2014), de 53 ans en Australie (1901-2014), de 52 ans aux Pays-Bas (1848-2014). Une homogénéité assez remarquable se dessine dans cet échantillon qui est, cependant, réduit et déterminé par le hasard des données disponibles.

Le gouvernement peut sembler être plus jeune que d’autres institutions, en particulier le Sénat. C’est également une illusion. Ainsi, au moment de sa nomination, la moyenne d’âge du gouvernement Jean-Marc Ayrault II était de 53 ans (la ministre la plus jeune étant Najat Vallaud-Belkacem, 34 ans, la ministre la plus âgée étant Anne-Marie Escoffier, 69 ans). Le gouvernement Manuel Valls II a également une moyenne d’âge de 53 ans (le plus jeune étant Emmanuel Macron : 36 ans, le plus âgé Laurent Fabius : 68 ans).

Illustration 4 : Age moyen en début de législature (chambres basses)6

Illustration 4

L’âge moyen des députés en début de législature n’appelle que peu de commentaires, les variations étant relativement minimes dans le temps comme dans l’espace puisque presque systématiquement situé entre 48 et 54 ans. A l’issue des élections législatives de 2012 la moyenne d’âge des députés français est d’environ 55 ans (la benjamine de l’Assemblée nationale, Marion Maréchal-Le Pen, ayant pris ses fonctions à 22 ans et 6 mois, ce qui fait d’elle la plus jeune députée de l’histoire de France (deux sexes confondus).

La situation n’est guère différente au Sénat puisque en 2011, après renouvellement, la moyenne d’âge des 348 sénateurs est de 62 ans (6 sénateurs seulement ont moins de 41 ans).

Cette situation ne devrait sans doute pas évoluer aisément car limiter la durée du pouvoir d’un dirigeant est un objectif louable mais qui a des résultats concrets décevants.

La limitation de la durée du pouvoir des dirigeants par l’interdiction constitutionnelle de se représenter après un certain nombre de mandats (deux la plupart du temps) est assez fréquente. La plus connue de toutes ces interdictions est très certainement due à Franklin Delano Roosevelt qui s’est présenté en 1940 une troisième fois à la présidence des Etats-Unis en rupture avec la tradition instaurée par George Washington en 1797. Il fut même réélu pour un quatrième mandat en 1944, mandat qu’il n’acheva pas du fait de son décès. Pour éviter que d’autres Présidents n’imitent Roosevelt, et donc pour revenir à la pratique de Washington, le XXIIème amendement interdit l’exercice de plus de mandats présidentiels.

Lorsqu’une interdiction juridique de se représenter existe dans une constitution, la manœuvre la plus évidente pour se présenter quand même, consiste à supprimer cette interdiction. En Algérie par exemple, la constitution prévoyait de ne pas pouvoir se présenter à une élection après avoir effectué deux mandats consécutifs. Abdelaziz Bouteflika ayant effectué deux mandats consécutifs demanda et obtint du Parlement algérien (apparemment par un vote à main levée) le 12 novembre 2008, cette modification de la Constitution à une écrasante majorité (500 oui, 21 non, 8 abstentions). Il fut ensuite élu pour un troisième mandat, puis pour un quatrième mandat alors que son état physique ne lui permettait même plus de parler en public…

Cette technique de modification de la constitution pour permettre une réélection normalement interdite est particulièrement répandue. Elle fut appliquée avec succès au Cameroun pour permettre la réélection de Paul Biya, en Ouganda en 2005 pour la réélection de Yoweri Museveni, au Tchad en 2004 pour la réélection d’Idriss Déby, en Tunisie en 2002 pour réélire Zine Ben Ali ou encore en Guinée-Conakry en 2001 par référendum pour la réélection et la prolongation du mandat de Lansana Conté. Cette liste n’est en aucun cas exhaustive ; il semble qu’au Gabon, Omar Bongo ait également utilisé cette technique7.

Ce type de suppression peut toutefois se heurter à une certaine résistance comme ce fut le cas au Venezuela où Hugo Chávez tenta de faire supprimer la limitation en vigueur par un référendum le 2 décembre 2007 mais l’électorat vénézuélien rejeta cette réforme constitutionnelle à une courte majorité. Hugo Chávez dut donc proposer un nouveau projet de suppression en 2009, toujours par référendum, référendum qui fut cette fois validé, ce qui lui permit d’être réélu en 2012.

Il peut cependant arriver que la modification souhaitée se heurte à une très vive opposition. Au Burkina Faso par exemple, la réélection prévue pour 2015 de Blaise Compaoré à un cinquième mandat (après 27 ans au pouvoir) était compromise par l’article 37 de la constitution. La tentative de Blaise Compaoré de faire modifier cet article de la constitution a abouti à des soulèvements populaires puis à une révolution en octobre-novembre 2014 qui l’a chassé manu militari du pouvoir.

En l’absence de révision obtenue par le dirigeant concerné, d’autres techniques sont utilisables ; la créativité des dirigeants concernés est égale à leur souhait de rester au pouvoir.

Louis-Napoléon Bonaparte après avoir échoué à faire modifier la constitution de 1848 par un Parlement qui y était hostile durant la première moitié de l’année 1851, a hésité à se représenter sans y être autorisé. Il choisit finalement la solution la plus radicale, sans être forcément en l’espèce la plus risquée et, le 2 décembre 1851, grâce à un coup d’Etat bien préparé et parfaitement exécuté, il put se maintenir au pouvoir une vingtaine d’années supplémentaires.

Vladimir Poutine a pour sa part été plus créatif. Ne pouvant être Président de la Russie plus de deux fois consécutives il a, une fois son deuxième mandat achevé, fait élire un de ses très proches collaborateurs à la présidence : Dimitri Medvedev. La première action de ce dernier une fois élu fut de nommer Vladimir Poutine comme Premier ministre. Ayant ainsi remis son compteur à zéro, Vladimir Poutine, qui n’a donc jamais véritablement quitté le pouvoir, fut réélu Président de la Russie en 2012 pour un troisième mandat, Dimitri Medvedev devenant alors Premier ministre.

Dans un autre registre, Laurence Parisot, dirigeante du Medef, a tenté de contourner en 2013 le même type d’interdiction issu des statuts internes du Medef en demandant une modification des statuts pour pouvoir se présenter à un troisième mandat. Une autre demande, plus originale, avait été également émise : prolonger son second mandat, qui était alors en cours, pour ne pas avoir à toucher au nombre de mandats. Cette demande n’eut pas plus de succès que la première.

Une autre possibilité consiste à tenter de jouer sur le nombre des mandats comptabilisables en essayant de faire croire que le premier mandat n’en était pas vraiment un.

C’est ainsi qu’Evo Morales, Président de la Bolivie, a été élu pour la troisième fois en octobre 2014 après avoir été élu en 2005 et en 2009. La constitution de janvier 2009 limite le nombre de mandats à deux ; Evo Morales a considéré que sa première élection étant antérieure à la constitution, elle ne devait pas être comptabilisée et il s’est donc présenté en 2014 pour la troisième fois, malgré les protestations.

C’est sensiblement la même technique qui a été utilisée au Burundi en mai 2015 par la cour constitutionnelle pour permettre la candidature à un troisième mandat de Pierre Nkurunziza. En effet, si la Constitution du Burundi prévoit que le chef de l’Etat « est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une fois » (art. 96), un autre article dispose que le premier Président “post-transition” (Pierre Nkurunziza, élu en 2005) est « exceptionnellement » élu par l’Assemblée nationale. Cette décision a cependant engendré en mai 2015 un soulèvement populaire puis une tentative de coup d’Etat militaire dirigée par le général Godefroid Niyombaré, ancien chef d’Etat-major des armées.

La conclusion qui semble devoir s’imposer sur l’intérêt d’une limitation constitutionnelle du nombre de mandats est assez amère. En effet, si cette interdiction est employée dans un pays démocratique elle sera alors, soit peu utile car un mauvais dirigeant finira nécessairement par être battu dans les urnes, soit contreproductive, car les électeurs ne pourront pas réélire un bon dirigeant car cela leur est interdit.

D’autre part, si une interdiction de ce type est présente dans un pays peu démocratique, elle y sera, au choix, détournée, contournée, ignorée ou supprimée, bref rendue inutile là où, précisément, elle aurait dû servir le plus.

Dans un cas comme dans l’autre, la limitation juridique de la durée du mandat des dirigeants ne semble pas avoir trouvée de solution satisfaisante.

Pour aller plus loin :

Emmanuel Aubin, Jean-Philippe Lecomte, Introduction à la vie politique et Eléments de sociologie politique, Gualino, 2004, p. 64-70.

b. Des origines sociales favorisées, des études prestigieuses

Différents types d’indicateurs peuvent indiquer une origine sociale élevée. La profession des parents et leur niveau de revenu sont des indicateurs assez fiables. Dans les deux cas, la très grande majorité des membres des élites politiques des pays occidentaux est composée de personnes issues d’un milieu favorisé voire très favorisé comme John Fitzgerald Kennedy ou Winston Churchill. Il existe toutefois de très notables exceptions, la politique pouvant être, aujourd’hui encore, un ascenseur social très efficace. Au nombre de ces personnalités politiques issues d’un milieu modeste on peut, par exemple, citer Nicolas Sarkozy, Margaret Thatcher ou Barack Obama.

La présence dans les parlements de notables aisés est attestée partout, parfois même de façon très caricaturale. John Fitzgerald Kennedy notait ainsi avec humour « le Sénat des Etats-Unis est le club le plus fermé du monde ». En effet, pour être élu au Sénat il est recommandé d’être millionnaire : 40 sénateurs sur 100 en 2003 étaient des millionnaires. C’est tout simplement indispensable au vu des frais des campagnes électorales aux Etats-Unis.

En ce qui concerne le niveau d’étude moyen des élites politiques, il est nettement supérieur à celui des populations qui sont représentées. Les comparaisons précises concernant le niveau d’études restent, cependant, délicates à effectuer car les structures générales de l’enseignement ne sont pas identiques d’un pays à l’autre.

En Grande-Bretagne, la surreprésentation des MPs ayant effectué de études prestigieuses est manifeste. Pour la législature 1997-2001, 51 % des MPs ont ainsi étudié dans une public school avant de passer par Oxford ou Cambridge8. Les autres universités du Royaume-Uni sont également largement surreprésentées par rapport à la population générale. Par ailleurs, on constate des différences assez nettes d’un parti politique à l’autre, les conservateurs étant à la fois ceux qui ont fait les plus longues études et ceux qui ont fréquenté les meilleures écoles. Les libéraux-démocrates, s’ils n’affichent pas des scores aussi prestigieux, restent cependant dans des proportions comparables. Les travaillistes révèlent pour leur part un taux bien plus bas d’anciens élèves de public schools et d’« Oxbridges »9, preuve d’origines sociales moins élitistes. Ces chiffres ne doivent cependant pas masquer une réelle mutation au sein du groupe travailliste. En effet, si le taux de MPs travaillistes issus d’Oxford ou de Cambridge est inchangé depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les MPs issus d’autres universités sont deux fois plus nombreux sur la même période et ceux-ci sont désormais majoritaires10. Ces données nouvelles traduisent une plus grande professionnalisation des MPs travaillistes et se concrétisent par une plus grande résistance des MPs vis à vis des dirigeants du parti travailliste, ces derniers ne pouvant plus imposer aussi facilement leur volonté que par le passé.

Le taux des Oxbridges représente environ 1 % de la population britannique, ce qui est évidemment faible. Mais parmi les Premiers ministres britanniques depuis la seconde guerre mondiale, le taux de présence des Oxbridges atteint presque les 100 % ce qui indique une filière de recrutement élitiste incontournable. Si on élargit un peu la période d’analyse, depuis 1900, le Royaume-Uni a vu 22 Premiers ministres se succéder, or 11 sont passés par Oxford, 3 par Cambridge, 3 furent autodidactes et 5 ont suivi des cursus différents11. Mais ce profil devient nettement moins diversifié depuis la seconde guerre mondiale puisque sur les 14 Premiers ministres qui se sont succédé à downing street, 9 sont passés par Oxford, 2 étaient des autodidactes (John Major et James Callaghan), 2 ont suivi d’autres cursus (Winston Churchill et Gordon Brown) alors qu’aucun n’a suivi ses études à Cambridge.

En Allemagne, la surreprésentation des études supérieures (universités et grandes écoles) est évidente dans un pays où l’enseignement pratique est pourtant valorisé12. L’indicateur le plus marquant du niveau d’études élevé du personnel politique allemand est le nombre de députés titulaires d’un doctorat : 118 en 2014, (125 en 2007, 99 en 2002) sur environ 600 députés. Certes, ce diplôme n’a pas la même valeur sociale qu’en France, mais cette proportion est très largement supérieure à celle de la société allemande dans son ensemble. Dans ces conditions, se voir retirer son titre de docteur pour plagiat peut mettre fin à une carrière politique. Annette Schavan a ainsi été forcée à la démission du ministère de la Recherche. Elle fut certes ensuite réélue au Bundestag en 2013 mais elle ne put se maintenir longtemps et elle démissionna en juin 2014.

De la même façon, parmi les huit chanceliers allemands nommés depuis la seconde guerre mondiale, trois sont docteurs : Angela Merkel (physique), Helmut Kohl (philosophie) et Ludwig Erhard (économie). Un taux là encore, très largement supérieur au taux moyen de la population.

Un autre indicateur social utilisable est la catégorie socioprofessionnelle des élus avant leur entrée dans la vie politique, tout au moins pour ceux qui ont eu une vie professionnelle.

Les études comparatives relatives à l’origine professionnelle des politiques sont complexes à effectuer car chaque Etat fixe ses propres catégories en fonction de sa classification nationale. Cependant quelques grands traits communs ressortent : une surreprésentation des professions juridiques et une sous-représentation manifeste des catégories ouvrières. Ce trait de la sous-représentation des catégories ouvriers et travailleurs manuels est commun à toutes les démocraties occidentales avec son pendant : la surreprésentation des catégories sociales élevées. Ce penchant, classique, a encore été aggravé par la chute des partis communistes en Europe occidentale.

D’autre part, et assez logiquement, les professions dans lesquelles la prise de parole publique est indispensable sont plus présentes que dans la société (avocats, enseignants et parfois journalistes).

Enfin, la présence de nombreux fonctionnaires dans les parlements, et en politique en général, du fait des facilités de carrière est un trait qui se retrouve régulièrement.

2. Autres caractéristiques

a. L’influence prépondérante de la socialisation initiale

La socialisation initiale, selon l’expression de Dominique Chagnollaud13, peut être vue sous deux aspects : d’une part, le contact dès la plus tendre enfance avec la politique, contact effectué le plus souvent du fait de l’activité politique de leurs parents et, d’autre part, le contact au début de l’âge adulte avec la politique en raison d’un engagement associatif, syndical, étudiant ou militant. En d’autres termes, pour être fort en politique, mieux vaut être tombé jeune dans la marmite.

§ 1 La politique en héritage : les dynasties politiques

Une partie très importante de ceux qui se lancent dans une carrière politique ont été bercés dès leur plus tendre enfance dans le milieu politique. Le phénomène n’est pas propre à la France, bien au contraire, il semble même qu’en France, il y soit un peu moins répandu que dans d’autres démocraties. On pense ici en particulier aux Etats-Unis, à la Grèce, à l’Inde et au Japon.

La famille est dans tous les domaines le premier lieu de socialisation. La politique, en particulier l’activité politique des parents, ne fait donc pas exception et les enfants qui sont en mesure d’observer l’activité politique de leurs parents ont ensuite tendance à reproduire ce qu’ils ont observé. Ainsi aux Etats-Unis en 1966, 54 % des élus du Congrès avaient, au moment de l’enquête, des parents élus locaux ou nationaux14.

L’hérédité en politique est un phénomène incontournable alors que la démocratie aurait pu éviter les dynasties politiques. Aux Etats-Unis, certains noms ont marqué les deux siècles de démocratie américaine. John Quincy Adams, le sixième Président, était le fils du deuxième, John Adams. Benjamin Harrison, élu en 1888, était le petit-fils de William Harrison élu en 1841. Franklin Delano Roosevelt, 32ème Président, était un lointain cousin du 26ème Président, Theodore Roosevelt. La dynastie Bush compte deux Présidents, un sénateur (le grand-père, Prescott Bush) et deux gouverneurs (George W. Bush et son frère Jeb Bush). Le fils de Jeb Bush, George Prescott Bush, né en 1976, entame une carrière politique, etc.

Stephen Hess, un auteur américain spécialiste de cette question, a élaboré un système de classement par points selon les fonctions exercées par une même famille au fil des générations15. Ce système, critiquable sur plusieurs aspects, crée un indicateur de puissance dynastique. Il retient les familles qui ont détenu des postes politiques sur au moins trois générations par le lien du sang et non par les mariages. De ce fait, Arnold Schwarzenegger, gouverneur de Californie, n’apporte pas de point à la famille Kennedy quand bien même son épouse de l’époque, Maria Shriver, était une Kennedy qui l’a soutenu activement. A l’inverse, John Francis Fitzgerald, le grand-père maternel de John Fitzgerald Kennedy, de Robert Kennedy et de Ted Kennedy, ayant été membre du Congrès à trois reprises entre 1892 et 1919, apporte ses points à la famille Kennedy.

Les points sont accordés à la famille selon le poste exercé et le nombre de mandats effectués selon la grille suivante : Président (ou Président de la Cour Suprême) : 10 points, vice-Président ou Président de la chambre des représentants : 4 points, sénateur ou gouverneur : 3 points, membre de la chambre des représentants : 2 points, membre d’un cabinet : 1 point.

Ainsi George W. Bush, gouverneur à deux reprises du Texas puis Président pour deux mandats rapporte 26 points, John Fitzgerald Kennedy rapporte 22 points ayant été élu trois fois représentant, deux fois au Sénat et une fois Président. Un point supplémentaire est accordé par génération plus un point par individu ayant détenu l’un de ces postes.

Arrivent en tête de ce classement les familles : 1. Kennedy (96 points16 ), 2. Roosevelt (92 points17 ), 3. Rockefeller (81 points18 ), 4. Harrison (76 points19 ), 5. Adams (68 points20 ), 6. Bush (67 points21 ), 7. Frelinghuysen (66 points22 ), 8. Breckinridge (65 points23 ), 9. Taft (64 points24 ), 10. Bayard (63 points25 ). A elles dix, ces familles comptent pas moins de 10 Présidents, 5 vice-Présidents, 12 gouverneurs, 25 sénateurs et 29 représentants. Stephen Hess comptabilise par ailleurs, plus de 700 familles qui ont envoyé au moins deux de leurs membres au Congrès26.

Au-delà de ce classement contestable car il dépend de points attribués de façon arbitraire, deux règles sont dégagées par Stephen Hess au terme de cette analyse. D’une part, pour créer une dynastie politique, la stratégie la plus efficace consiste à avoir le plus de descendants possibles puisque certains seulement prennent le chemin de la politique et parce que tous ne réussissent pas. Chez les Kennedy le succès sur ce critère est flagrant : Joseph Patrick Kennedy Sr a eu 9 enfants (dont trois seulement ont effectué une carrière politique) et 26 petits-enfants. D’autre part, Stephen Hess relève que les électeurs accordent une prime à la génération qui succède à une génération marquante mais cette prime accordée aux descendants ne leur permet que de grimper faiblement dans la hiérarchie politique. Pour accéder à un échelon supérieur de la vie politique, il leur faudra faire leurs preuves comme n’importe qui. A titre d’exemple, Hess indique que les fils de Franklin Delano Roosevelt ont certes été élus mais pas à des postes très prestigieux et qu’ils n’ont jamais réussi à aller au-delà.

En Grèce, le phénomène dynastique est également présent et quelques familles se distinguent particulièrement.

Dans la famille Papandréou, Geórgios Papandréou (né en 1888) a été Premier ministre à plusieurs reprises (1944-45, novembre-décembre 1963 et 1964-65). Son fils, Andréas Papandréou a également été Premier ministre (1981-89 et 1993-96) et son petit-fils Geórgios Papandréou (né en 1952), fils d’Andréas Papandréou a aussi été Premier ministre (2009-2011).

Dans la famille Karamanlís, la liste est moins longue mais pas moins prestigieuse puisque Konstantínos Karamanlís a été Premier ministre à quatre reprises pour un total de 14 ans au pouvoir entre 1955 et 1980 avant d’accéder au poste de Président de la République durant 10 ans. Son neveu Kóstas Karamanlís a pour sa part été Premier ministre de 2004 à 2009.

La famille Mitsotákis a également plusieurs représentants illustres dont Konstantínos Mitsotákis Premier ministre de 1990 à 1993. Konstantínos Mitsotákis est issu d’une longue lignée politique puisque son père et son grand-père étaient des parlementaires et que son oncle Eleftherios Venizelos a été un homme politique grec incontournable du début du XXème siècle : Premier ministre à sept reprises entre 1910 et 1933 pour une durée totale d’une douzaine d’années.

Cette lignée n’est pas éteinte puisque le fils de Konstantínos Mitsotákis, Kyriakos Mitsotákis (qui a étudié à Stanford et à Harvard) est député depuis 2004 et ministre depuis 2013. La fille de Konstantínos Mitsotákis, Dora Bakoyannis, a été maire d’Athènes de 2003 à 2006 et plusieurs fois ministre dont ministre des Affaires Etrangères de 2006 à 2009.

La famille Kefalogiannis doit également être mentionnée puisque Ioannis Kefalogiannis a été député pendant 36 ans entre 1958 et 2004, plusieurs fois ministre dont ministre de l’Intérieur de 1992 à 1993. Son frère Kostas Kefalogiannis a également été député. Quant à la fille de Ioannis Kefalogiannis, Olga Kefalogianni, elle a été élue plusieurs fois au Parlement et est ministre du tourisme depuis 2012. Enfin son neveu, Manolis Kefalogiannis, le fils de Kostas Kefalogiannis, est député depuis 1990.

En Inde, une famille a très fortement marqué l’histoire politique depuis l’indépendance : la famille Nehru (dite aussi famille « Nehru-Gandhi »). Indira Gandhi, Premier ministre de l’Inde (1966-1977 puis 1980-1984), est la fille unique de Jawaharlal Nehru, le premier Premier ministre de l’Inde (1947-1964). Le fils d’Indira Gandhi, Rajiv Gandhi fut Premier ministre de l’Inde de 1984 à 1989. Après l’assassinat de ce dernier, le parti du Congrès a demandé à son épouse, Sonia Gandhi, née en Italie et n’ayant obtenu la nationalité indienne qu’à l’âge de 37 ans, de reprendre le flambeau, elle est présidente du parti du Congrès depuis 1998 (en 2004, elle est classée troisième femme la plus puissante au monde par le magazine Forbes). Leur fils, Rahul Gandhi, est député et vice-président du parti du Congrès.

Au Japon, le phénomène dynastique est également très présent. Ainsi Yasuo Fukuda (Premier ministre de 2007 à 2008) est le fils de Takeo Fukuda (Premier ministre de 1976 à 1978). On peut également noter que Yūko Obuchi, ministre de l’Industrie de Shinzō Abe, est la fille de l’ancien Premier ministre Keizō Obuchi.

Mais deux familles politiques se distinguent particulièrement dans la politique japonaise : la famille Hatoyama et le triptyque constitué par les familles Abe, Kishi et Satō.

La famille Hatoyama est souvent considérée comme l’équivalent japonais de la famille Kennedy tant par l’importance politique que par la richesse ; cette famille occupe le devant de la scène politique japonaise sur quatre générations depuis la fin du XIXème siècle. Au premier rang de cette famille se trouvent deux Premiers ministres : Ichirō Hatoyama (1954-1956) et son petit-fils Yukio Hatoyama (2009-2010) ainsi que trois ministres (Ichirō Hatoyama (1931-1934), puis son fils Iichirō Hatoyama (1976-1977), puis son petit-fils Kunio Hatoyama (1991-1992, 1994, 2007-2009)).

La vie parlementaire japonaise a été également très marquée par la famille Hatoyama, le patriarche Kazuo Hatoyama ayant été Président de la Chambre des représentants (1896-1897), on dénombre également six parlementaires (Kazuo Hatoyama (1892-1911), Ichirō Hatoyama (1915-1946, 1952-1959), Hideo Hatoyama (1932-1936), Kunio Hatoyama (1976-1979, 1980-1999, 2000-2014), Yukio Hatoyama (1986-2012) et Iichirō Hatoyama (1974-1992).

Le Parlement japonais a comporté de 1986 à 1992 un record de trois parlementaires issus de cette famille siégeant simultanément (Iichirō Hatoyama à la Chambre des conseillers (Sénat) et ses deux fils Yukio Hatoyama et Kunio Hatoyama à la Chambre des représentants). L’avenir de la dynastie Hatoyama pourrait être assuré par Tarō Hatoyama, fils de Kunio Hatoyama, né en 1974, membre de l’Assemblée préfectorale de Tōkyō (2003-2005).

Mais l’alliance politique la plus extraordinaire est sans conteste celle de trois puissantes familles très étroitement liées les Abe, les Kishi et les Satō qui ont eu une influence politique déterminante (et controversée) sur le Japon du XXème siècle et du début du XXIème siècle. Les liens entre ces trois familles sont assez uniques puisque, en plus des alliances matrimoniales classiques, elles ont effectué des adoptions réciproques.

Illustration 5 : Une extraordinaire dynastie politique : les familles Abe, Kishi et Satō

Illustration 5

Cette alliance commence au tout début du XXème siècle. Shusuke Kishi se marie avec une femme de la lignée Satō mais ils n’ont pas de fils. Ils adoptent donc Nobusuke Kishi, né Nobosuke Satō, qui quitte sa famille pour être élevé par la famille Kishi. Nobusuke Kishi aura une longue carrière politique avant et pendant la guerre étant notamment ministre du Commerce et de l’Industrie de 1941 à 1945 (il fut à ce titre chargé de l’organisation du travail forcé). De 1945 à 1948, il fut emprisonné comme criminel de guerre sans jamais être jugé. Après sa libération, il reprit une carrière politique et fut notamment Premier ministre de 1957 à 1960.

Le jeune frère biologique de Nobusuke Kishi, Eisaku Satō deviendra aussi Premier ministre peu de temps après : de 1964 à 1972 (un record de longévité aujourd’hui encore en vigueur au Japon). Eisaku Satō obtiendra le prix Nobel de la paix en 1974 pour sa politique pacifiste et contre la prolifération nucléaire (cette politique sera remise en cause en 2010 avec la déclassification d’accords secrets passés entre les Etats-Unis et le Japon).

Dans la famille Abe, le patriarche Kan Abe a été député à la chambre des représentants de 1937 à 1946. Son fils Shintarō Abe est à la fois le gendre (il s’est marié à Yōko Kishi, la fille de Nobusuke Kishi) et l’héritier politique de Nobusuke Kishi. Il est devenu une figure politique incontournable des années 1980 étant député depuis 1958 et ministre à plusieurs reprises dont ministre des Affaires Etrangères de 1982 à 1986.

Shintarō Abe a eu plusieurs fils dont Shinzō Abe qui fut Premier ministre de 2006 à 2007 puis de 2012 à ce jour.

Mais Shintarō Abe a eu un autre fils : Nobuo Kishi. Celui-ci est né Nobuo Abe mais a été adopté par son oncle maternel : un homme de la famille Kishi. Nobuo Kishi est sénateur (membre de la chambre des conseillers) depuis 2004.

On imagine bien volontiers tous les bénéfices politiques qui peuvent être retirés d’une telle alliance. Le soutien sous toutes ses formes et la confiance qui peuvent résulter de plusieurs générations d’alliance ininterrompue. Eisaku Satō a, par exemple, été le ministre des Finances de son frère Nobusuke Kishi qui était Premier ministre. On peut raisonnablement supposer que Nobusuke Kishi a, quatre ans plus tard, lorsque Eisaku Satō est à son tour devenu Premier ministre, apporté son soutien.

De même, deux générations plus tard, on suppose que Shinzō Abe Premier ministre, dispose du soutien du sénateur Nobuo Kishi, qui est son frère biologique…

On peut enfin signaler en passant quelques autres pays dans lesquels le phénomène des dynasties politiques s’est manifesté sans toutefois atteindre les sommets qui viennent d’être indiqués.

En Pologne, le phénomène dynastique ne s’est pas manifesté sur plusieurs générations mais sur une seule génération qui fut particulièrement marquante. En effet, les frères jumeaux Kaczyński ont détenu au même moment les deux postes les plus importants du pays : l’un était Président : Lech Kaczyński (Président de la République de 2005 à 2010) et l’autre Premier ministre : Jarosław Kaczyński (Premier ministre de 2006 à 2007). D’après la presse de l’époque, il s’agissait du premier pays au monde dirigé par des jumeaux. Le décès de Lech Kaczyński dans un accident d’avion poussa Jarosław Kaczyński à lui succéder mais il échoua à plusieurs élections.

En Thaïlande, la famille Shinawatra a récemment marqué la vie politique du pays dans des conditions d’instabilité notable du fait des interventions récurrentes des militaires et des juges (infra). Thaksin Shinawatra fut Premier ministre de 2001 à 2006 avant d’être renversé par un coup d’Etat militaire. Peu de temps après, le pouvoir civil fut incarné par Somchai Wongsawat, le beau-frère de Thaksin Shinawatra, qui fut un éphémère Premier ministre durant quelques mois de 2008 avant d’être destitué par la Cour suprême criminelle. Ce fut alors au tour de Yingluck Shinawatra, la sœur de Thaksin Shinawatra de devenir Premier ministre en 2011, avant d’être destituée par la Cour constitutionnelle cette fois le 7 mai 2014 pour corruption.

Au Pakistan, Benazir Bhutto (Premier ministre de 1988 à 1990 et de 1993 à 1996), était la fille de Zulfikar Ali Bhutto (Président du Pakistan de 1971 à 1973 et Premier ministre de 1973 à 1977).

Au Liban, la dynastie Hariri est incontournable avec en premier lieu Rafiq Hariri, Premier ministre de 1992 à 1998 puis de 2000 à 2004. La sœur de Rafiq Hariri, Bahia Hariri est députée depuis 1992 et a été ministre de l’Education Nationale. Enfin, le fils Rafiq Hariri, Saad Hariri a ensuite repris le flambeau en tant que Premier ministre de 2009 à 2011.

En France, si le phénomène dynastique n’a pas atteint ces proportions puisque aucun Président de la République n’a eu de père ou de grand-père Président et qu’aucun Premier ministre n’a eu de père ou de grand-père Premier ministre ou Président, il n’en reste pas moins que certaines dynasties politiques existent.

Certaines familles comptent, en effet, plusieurs noms politiques célèbres : la famille Debré avec Michel Debré (Premier ministre de 1958 à 1962), Jean-Louis Debré son fils (Président de l’Assemblée nationale 2002-2007) et Bernard Debré son frère jumeau (député pendant plus de 20 ans, ministre). La famille Le Pen avec le patriarche Jean-Marie Le Pen (député et président du Front National), Marine Le Pen sa fille qui a hérité du Front National, Marion Maréchal-Le Pen, la petite-fille de Jean-Marie Le Pen élue députée à 22 ans. On peut également penser à Martine Aubry (ministre à plusieurs reprises) qui est la fille de Jacques Delors (ministre des Finances, Président de la Commission Européenne). On peut aussi citer la famille Dassault puisque Serge Dassault (sénateur-maire) est le fils de Marcel Dassault (sénateur et surtout député de 1958 à 1986). Ou encore la famille Joxe, Louis Joxe (ministre entre 1960 et 1967 et député de 1967 à 1977) et son fils Pierre Joxe (ministre de l’Intérieur (1984-1986, 1988-1991) puis ministre de la Défense (1991-1993)).

Roselyne Bachelot, députée pendant 20 ans (qui a conservé la circonscription de son père) et ministre à plusieurs reprises pour une durée totale de 7 ans, est la fille de Jean Narquin député entre 1968 et 1988.

Louis Giscard d’Estaing, député du Puy-de-Dôme depuis 2002 et maire de Chamalières depuis 2005 ; il est le fils de Valéry Giscard d’Estaing Président de la République (1974-1981).

Nathalie Kosciusko-Morizet, députée de l’Essonne depuis 2002, plusieurs fois ministre de 2007 à 2012 est issue d’une très longue lignée politique. Son père, François Kosciusko-Morizet est le maire de Sèvres depuis 1995, il a détenu de nombreux mandats départementaux dans les Hauts-de-Seine et régionaux en Ile de France. Son grand-père Jacques Kosciusko-Morizet a été maire de Saint-Nom-la-Bretèche de 1977 à 1994 et secrétaire national du RPR. Son arrière-grand-père était André Morizet, sénateur de 1927 à 1942 et maire communiste puis SFIO de Boulogne-Billancourt (1919-1942).

Axel Poniatowski, maire de l’Isle-Adam depuis 2001, député depuis 2002 est le fils de l’ancien ministre de l’Intérieur Michel Poniatowski (1974-1977). Le frère d’Axel Poniatowski, Ladislas Poniatowski, est sénateur depuis 1998.

On peut également penser à Jean-Pierre Abelin, député depuis 1978, conseiller général depuis 1977 et maire de Châtellerault depuis 2008. Jean-Pierre Abelin est le fils de Pierre Abelin, maire de Châtellerault (de 1959 à 1977), député (1945-1981), ministre à plusieurs reprises. Jean-Pierre Abelin est également le fils de Geneviève Abelin, également maire de Châtellerault (1977-1983).

Au plan local, on peut penser à un fief à Toulouse puisque Pierre Baudis, maire de Toulouse de 1971 à 1983 a transmis à Dominique Baudis, son fils, la mairie de Toulouse de 1983 à 2000.

Ces exemples sélectionnés n’ont bien sûr aucune vocation à être exhaustifs. Ils ne servent qu’à montrer que les dynasties politiques existent en démocratie, en France comme ailleurs. La question de fond sur l’hérédité en politique est simple : ce phénomène est-il choquant en démocratie ?

Il existe une forme d’inégalité entre ceux qui effectuent une carrière politique et ceux qui exercent une autre profession. En effet, il n’est pas choquant qu’un médecin ait un père médecin, un garagiste un père garagiste, un boulanger un père boulanger, un avocat un père avocat et ainsi de suite. Dans de nombreuses professions comme commerçant ou dans de nombreuses professions libérales, la transmission du fonds de commerce est au contraire un argument commercial : « boucher de père en fils depuis… ». Cet argument n’est pas forcément utilisable en politique. La difficulté vient du fait qu’en démocratie, en République en particulier, on est sensé se démarquer du modèle de transmission héréditaire typique de la monarchie et de certaines dictatures comme la Corée du Nord.

Pourtant si ces dynasties existent en démocratie ce n’est que parce que les électeurs valident cet état de fait ; ce sont leurs votes qui créent les dynasties.

Le malaise ne devrait donc pas exister : les politiques héritent comme le font les enfants dans bon nombre d’autres professions et les électeurs valident le processus.

Si le malaise persiste c’est au nom de la « théorie des apparences » : il ne faut pas seulement qu’on soit dans une démocratie, il doit être visible qu’on est dans une démocratie27. Or l’hérédité en politique rappelle les mécanismes de transmission du pouvoir non-démocratique. Peut-on pour autant empêcher quelqu’un de se présenter à des élections au prétexte que l’un de ses parents ou de ses grands-parents a été élu dans le passé ? Non bien évidemment. Alors, faute de pouvoir contrecarrer ce phénomène, il faut bien accepter de vivre avec ce sentiment un peu désagréable que l’on a parfois lorsqu’on regarde l’existence de ces dynasties.

Il existe deux autres difficultés avec les dynasties politiques qui, cette fois, n’ont rien de psychologique mais relèvent de l’atteinte au principe d’égalité entre les candidats. En effet, au plan médiatique, ou disons au plan publicitaire, quelqu’un dont le nom est connu et qui n’a plus qu’à se faire un prénom, ne concourt pas dans les mêmes conditions que quelqu’un dont le nom est parfaitement inconnu. Cet avantage doit toutefois être relativisé car hériter n’est pas toujours un avantage : des dossiers en souffrance sont forcément présents, des vieilles histoires peuvent resurgir du passé, etc.

L’autre difficulté advient lorsque le phénomène dynastique est accompagné du népotisme (infra). Or la tentation est toujours grande de vouloir favoriser l’un de ses proches. Dans ces cas-là, il y a une rupture, de fait, d’égalité entre les candidats.

Encadré 1 : Le népotisme

Le népotisme est la tendance de certains papes et, par extension, de certains dirigeants politiques, à favoriser l’ascension de leur famille ou de leur entourage dans la hiérarchie dont ils sont au sommet, au détriment notamment du mérite ou de l’intérêt général.

Etymologiquement, le terme vient de l’italien nepotismo, de nipote qui signifie « neveu » et fait référence aux cardinaux-neveux. Il arrivait, en effet, qu’un pape élève au rang de cardinal ses neveux. Ainsi Calixte III (Alfonso Borgia) nomma cardinal son neveu (et fils adoptif) le futur Alexandre VI. Alexandre VI (Rodrigo Borgia) nomma à son tour son propre fils César Borgia cardinal, âgé de 18 ans seulement. D’autres papes nommèrent leurs neveux : Sixte IV (dont son neveu Raphaël Riario qui n’avait que 17 ans), Paul III (qui créa un duché pour son fils Pierre Louis Farnèse et qui nomma deux de ses petits-fils cardinaux : Alexandre Farnèse (nommé cardinal à 14 ans) et Guido Ascanio Sforza di Santa Fiora (nommé cardinal à 16 ans) ou encore Urbain VIII qui éleva trois de ses neveux au rang de cardinal.

Jean-Baptiste Colbert pratiqua assidûment le népotisme en plaçant à différents postes-clefs ses frères Charles Colbert de Croissy (ambassadeur puis secrétaire d’Etat et ministre d’Etat à partir de 1680) et Nicolas Colbert (évêque d’Auxerre) ainsi que son cousin germain Charles Colbert du Terron (intendant général des armées navales du Ponant en 1666).

En politique contemporaine, le népotisme est caractérisé par les faveurs qu’un homme ou une femme au pouvoir montre envers sa famille ou ses amis, sans considération du mérite, de l’équité, de leurs aptitudes ou capacités. Ainsi, un Président de la République qui aurait un fils qui triple sa deuxième année de droit pourrait tenter de faire nommer celui-ci à la tête de l’EPAD (Etablissement Public pour l’Aménagement de la région de la Défense), un établissement qui gère plusieurs dizaines de millions d’euros et dont l’opacité de la gestion a fait l’objet de plusieurs rapports de la Cour des comptes. Devant la levée de bouclier nationale et la polémique internationale, Jean Sarkozy retira finalement sa candidature à la direction de l’EPAD le 22 octobre 2009 pour être malgré tout nommé administrateur de l’EPAD.

Dans certains régimes dictatoriaux, le népotisme peut notamment conduire les dirigeants en place à transmettre leurs pouvoirs de façon héréditaire à leurs enfants. Ainsi, par exemple, en Corée du Nord, où Kim Jong-il a succédé à son père Kim Il-sung, fondateur du régime, qui le désigna de son vivant. Kim Jong-il a lui-même réglé la succession du pouvoir en désignant son fils Kim Jong-un.

Le népotisme, qui est un abus de pouvoir -y compris dans les régimes non-démocratiques- doit être distingué du phénomène dynastique en politique qui, même s’il gênant au plan psychologique, reste légal.

§ 2 Les engagements des jeunes années

Au moment de l’arrivée à l’université, plusieurs choix doivent être faits qui vont conditionner une partie de l’avenir individuel. Le premier d’entre ces choix est celui d’une filière universitaire, puis professionnelle. Certaines professions mènent, en effet, davantage à la politique que d’autres : avocat, journaliste, haut fonctionnaire, enseignant, médecin, etc. En effet, ces professions sont parmi celles que l’on retrouve le plus au sein des parlements et des gouvernements. Cela s’explique facilement pour les professions liées à la prise de parole en public car, dans un débat public, ceux qui savent s’exprimer clairement, par phrases courtes et marquantes, sans stress apparent ont plus de chances de marquer les esprits que ceux qui découvrent le fonctionnement des débats et des interviews.

Au plan local, ceux qui exercent une profession dans laquelle le contact avec la clientèle est fréquent ou basé sur la confiance (médecin, pharmacien, avocat, notaire, etc.) ont déjà fait une grande partie du chemin vers le poste qu’ils visent car si une personne a confié sa vie à tel médecin, il peut bien lui confier aussi la mairie.

L’influence du milieu professionnel originel sur la politisation future est donc réelle. D’une façon générale, les professions socioprofessionnelles supérieures mènent plus facilement que les autres à la vie politique, en particulier aux hauts postes politiques. Pour les carrières locales, ce trait est un peu moins marqué et disparaît partiellement derrière la personnalité du candidat.

Mais le choix des études et d’une future profession n’est pas le seul à être important pour le futur politique. Les rencontres faites pendant les études, parfois même dès le lycée, en particulier la découverte et l’investissement au sein d’associations militantes, étudiantes ou plus simplement la rencontre de camarades de promotion qui sont politiquement engagés peut être déterminante. Beaucoup d’associations étudiantes sont, en effet, de véritables pépinières politiques qui découvrent de jeunes talents et leur offrent des occasions de s’épanouir. Parallèlement, presque tous les partis politiques ont une organisation interne destinée aux plus jeunes.

L’engagement associatif apolitique ou l’engagement syndical crée aussi des filières d’engagement politique qui peuvent survenir légèrement plus tardivement, vers 25 ans, au moment du premier emploi.

b. Les filières politiques

Dans presque tous les pays du monde, les filières privilégiées pour entamer une carrière politique passent par une université. Certaines thématiques mènent plus naturellement que d’autres à exercer plus tard des fonctions politiques. La science politique est, par exemple, favorisée en Allemagne ou aux Etats-Unis. Le droit, le droit public en particulier, mène également à une meilleure connaissance des rouages internes de l’Etat et constitue une catégorie, la plupart du temps, très bien représentée au sein des parlements et des gouvernements.

Mais en plus de ces choix thématiques, le choix d’une université précise offre de meilleures chances de progression vers les sommets politiques d’un pays. La règle est en fait très simple : ce sont les universités les plus prestigieuses d’un pays qui forment les hommes politiques les plus prestigieux. De ce point de vue, la formation politique ne fait que suivre le mouvement général de formation intellectuel d’un pays. Ces universités sont parfaitement identifiées dans chaque pays : Oxford et Cambridge au Royaume-Uni, quelques universités américaines remplissent la même fonction aux Etats-Unis. Dans d’autre pays, ce n’est pas nécessairement l’université où les études ont été faites qui importe mais plutôt le diplôme obtenu et éventuellement la filière suivie. Ainsi en Allemagne, la filière privilégiée pour accéder en politique est le droit ; la science politique est également valorisée. Mais quel que soit le parcours suivi, l’essentiel est d’être docteur : en 2014, 118 députés sur environ 600, (125 en 2007, 99 en 2002). Sur les huit chanceliers allemands élus depuis la seconde guerre mondiale, trois sont docteurs : Angela Merkel (physique), Helmut Kohl (philosophie) et Ludwig Erhard (économie).

Au Royaume-Uni, la domination d’Oxford et de Cambridge dans tous les domaines, y compris la politique, n’est plus à démontrer. Il faut toutefois ajouter qu’il est préférable, pour pouvoir intégrer Oxford ou Cambridge, d’avoir au préalable été élève d’une public school, terme au demeurant mal choisi puisque ces écoles sont privées et extrêmement sélectives. La plus connue d’entre elles, Eton College, a formé 19 Premiers ministres britanniques, ce qui en fait donc une filière privilégiée, majoritaire presque. Parmi ces 19 Premiers ministres passés par Eton ont peut notamment retenir Robert Walpole, William Pitt l’Ancien, Arthur Wellesley (le duc de Wellington), William Ewart Gladstone, Arthur Balfour, Anthony Eden, Harold Macmillan, Alec Douglas-Home ainsi que l’actuel Premier ministre David Cameron.

Harrow school, une autre public school, a pour sa part formé sept Premiers ministres britanniques dont Winston Churchill et Robert Peel ainsi que le Premier ministre indien Jawaharlal Nehru. Westminster School a également formé sept Premiers ministres (des XVIIIème et XIXème siècles) ainsi que l’actuel vice-Premier ministre Nick Clegg.

Le passage à Oxford ou à Cambridge reste toutefois l’étape la plus marquante de l’entrée dans l’élite britannique. Ces deux universités admettent environ 5.000 élèves par an et, à la différence de la France, il n’y a pas une domination écrasante des filières scientifiques (bien que cette domination tende à disparaître), soit 1 personne pour 12.000 Britanniques28.

Aux Etats-Unis, pour faire partie de l’élite américaine, il n’est pas inutile d’avoir étudié dans une des huit universités de l’Ivy League : Brown University, Columbia University, Cornell University, Dartmouth College, Harvard University, Princeton University, the University of Pennsylvania et Yale University. Cette association d’universités est située sur la côte nord-est des Etats-Unis ; ces universités forment environ 60.000 étudiants par an. La domination de ces universités dans la formation des politiques américains est nette : 13 Présidents américains sur 44 ont étudié dans une ou plusieurs université(s) de l’Ivy League, la majorité d’entre eux étant passés par Harvard29.

Mais aux Etats-Unis on peut également ajouter, sans abaisser le niveau de formation, d’autres universités qui se sont imposées durant les 50 dernières années comme le MIT (1.500 étudiants par an), le Caltech (1.200), Berkeley (15.000) et UCLA (15.000). Au total environ 100.000 personnes par an sont donc formées dans ces grandes universités soit 1 personne pour 3.000 Américains30.

Depuis le milieu du XXème siècle, la formation des élites n’est plus seulement nationale mais elle passe désormais par quelques grandes facultés de la planète, en particulier les universités américaines et britanniques. Le personnel politique n’échappe pas à cette règle et de grands noms de la politique mondiale ont été formés dans les universités anglo-saxonnes (les universités francophones étant manifestement peu attirantes).

Ont ainsi étudié à Oxford : quatre Premiers ministres d’Australie : John Gorton, Malcolm Fraser, Bob Hawke, et Tony Abbott, deux Premiers ministres du Canada : Lester B. Pearson et John Turner, deux Premier ministre d’Inde : Manmohan Singh et Indira Gandhi, cinq Premiers ministres du Pakistan : Liaquat Ali Khan, Huseyn Shaheed Suhrawardy, Feroz Khan Noon, Zulfiqar Ali Bhutto et Benazir Bhutto ainsi que Bill Clinton. Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix a également fréquenté Oxford.

L’université de Cambridge a également formé nombre de Premiers ministres, essentiellement dans les pays ayant été des colonies britanniques.

Pour ce qui est des universités de l’Ivy League, on peut noter que Lee Teng-hui Président de Taïwan, Mario García Menocal Président de Cuba ou Jamshid Amuzegar Premier ministre d’Iran ont étudié à Cornell.

Yale a pour sa part formé Mario Monti Premier ministre italien, Tansu Çiller Premier ministre de Turquie, Ernesto Zedillo Président du Mexique, Karl Carstens Président de l’Allemagne ou encore José Paciano Laurel Président des Philippines.

C’est bien sûr Harvard qui a formé la plupart des dirigeants politiques de premier plan formés en dehors de leur pays. On peut retenir parmi ceux-ci : Ban Ki-moon secrétaire général de l’ONU, Sebastián Piñera Président du Chili, Juan Manuel Santos Président de la Colombie, José María Figueres Président du Costa Rica, les Présidents du Mexique Felipe Calderón, Carlos Salinas de Gortari et Miguel de la Madrid. Alejandro Toledo Président du Pérou, Ma Ying-jeou Président de Taïwan, Mackenzie King et Pierre Trudeau Premiers ministres du Canada, Antonis Samaras Premier ministre de la Grèce, Benjamin Netanyahou Premier ministre d’Israël ou encore Benazir Bhutto Premier ministre du Pakistan.

Les dirigeants politiques français échappent largement à ce processus de formation à l’étranger à la notable exception de Jacques Chirac qui a suivi les cours d’été de Harvard (Harvard summer school) et de Marisol Touraine qui a également suivi des cours à Harvard.

A titre de comparaison, il faut noter que les élites en France sont recrutées essentiellement dans quatre grandes écoles : l’ENA, HEC, l’école polytechnique (X) et l’école normale supérieure. Or les effectifs de ces grandes écoles sont très faibles car ce sont des recrutements hyper-sélectifs. Pour les écoles polytechnique et normale supérieure environ 200 élèves par an et par école, le double pour HEC et pour l’ENA entre 50 et 100 élèves par an. Soit un total pour ces quatre grandes écoles majeures d’environ 850 à 900 élèves par an (sans compter que certains élèves étudient dans plusieurs d’entre elles). L’élite française c’est donc moins de 1000 personnes par an, soit 1 personne pour 65.000 Français. C’est un chiffre extrêmement faible surtout si on le compare aux pays ci-dessus.

c. Des profils psychologiques particuliers

L’engagement politique suppose un profil psychologique assez particulier pour se conformer aux conditions extraordinaires posées par la vie politique. Au risque de basculer dans des généralités dignes de la psychologie de bazar ou de comptoir de café, il faut toutefois admettre que certains traits de caractère se retrouvent assez régulièrement.

L’objet recherché par les politiques semble assez évident : la recherche du pouvoir. Mais la possibilité d’atteindre le pouvoir n’est réservée qu’à quelques-uns et l’on doit plus probablement retenir comme motivation la volonté d’exercer une influence sur les choses, d’être au nombre de ceux qui comptent dans la décision et donc dans la vie publique. La recherche de notabilité est bien plus favorisée par certains que le pouvoir et son exercice effectif, l’exemple typique étant celui de Paul Deschanel qui a refusé quatre fois d’être Président du conseil (infra). Dans ces conditions, être un éternel opposant peut suffire ; être classé aux extrêmes politiques est une bonne façon de ne jamais arriver aux responsabilités tout en faisant de la politique pendant des années (comme Jean-Marie Le Pen par exemple).

La politique dans d’assez nombreux cas permet aussi une ascension sociale rapide ; ce n’est pas une voie facile mais c’est une voie possible. Il faut dans ce cas ajouter au portrait qui se dessine le trait de l’ambition.

Dans un système électif comme les démocraties modernes, la recherche de notoriété est indispensable pour être élu. Cette course à la notoriété peut être rejetée par certains politiques (de plus en plus rares) et très orchestrée par d’autres qui vont faire de leur vie privée une vitrine de leur politique. L’effacement de la frontière entre vie publique et vie privée frôle parfois l’exhibitionnisme.

Ce d’autant plus que les conséquences d’une vie politique sur la vie privée sont extrêmement contraignantes. L’engagement politique se matérialise, en effet, très souvent le week-end et pendant les soirées en semaine car, pour convaincre ceux qui ne font pas de la politique leur métier, il faut les rencontrer pendant leurs loisirs.

La lutte est l’une des caractéristiques majeures de la vie politique. Le vocabulaire traduit à sa façon cette violence de la vie politique, le vocabulaire militaire est souvent employé en politique : campagne, conquête, plan de campagne, stratégie, propagande électorale, etc. Le vocabulaire est encore plus direct pendant la campagne : tuer, massacrer son adversaire…

La violence n’est pas que verbale ou symbolique, le rythme de travail est très soutenu et participe à la rudesse de cette vie : certains hommes politiques sortent physiquement très affaiblis de leurs fonctions (on considère généralement qu’un Premier ministre met physiologiquement six mois à s’en remettre), certains sont également dépressifs voire suicidaires31. Tout cela doit bien sûr être extrêmement relativisé car toutes les professions comptent en leur sein des personnes fatiguées, dépressives qui parfois mettent fin à leurs jours. Cet acte extrême n’est d’ailleurs pas toujours dû à la vie politique comme en atteste la fin du général Georges Boulanger qui s’est suicidé sur la tombe de sa maîtresse Marguerite de Bonnemains, le 30 septembre 1891.

II. Quelques caractéristiques de l’élite politique française

L’élite politique française intègre les grands stéréotypes qui viennent d’être exposés : elle est très largement composée d’hommes, blancs, âgés, issus de milieux favorisés, ayant fait de longues études, et ils ont souvent eu dans leur famille proche des responsables politiques. Quelques traits sont cependant spécifiques à la France et ceux-ci viennent en grande partie du système scolaire et universitaire français.

1. Prédominance de l’ENA sur la vie politique et économique française

Créée en 1945 par Charles de Gaulle et Maurice Thorez (secrétaire général du parti communiste), l’Ecole Nationale d’Administration a pris un poids considérable en France tant dans le domaine politique que dans le domaine économique et industriel français. Les personnalités fort différentes de ces deux créateurs montrent que l’intérêt qui a présidé à la création de l’ENA allait bien au-delà du clivage partisan classique. L’objectif principal était d’unifier la formation des très hauts fonctionnaires qui, jusque là, dépendait de chaque ministère.

Depuis sa création, l’ENA forme l’essentiel des très hauts fonctionnaires français (environ 6.000) ainsi que de très hauts fonctionnaires étrangers (environ 2.500). Si l’immense majorité des énarques font toute leur carrière au sein de la fonction publique32, quelques-uns d’entre eux entament une carrière dans le secteur privé et d’autres effectuent une carrière politique. Dans tous ces cas, les énarques se retrouvent systématiquement dans les tous premiers postes ce qui donne l’impression que l’ENA est devenue non seulement l’école des très hauts fonctionnaires français, ce qui est le cas, mais aussi l’école de l’élite économique et politique française, ce qui, de fait, est aussi le cas.

Si l’on observe les postes politique les plus en vue comme Premier ministre et Président de la République, cette impression, loin d’être démentie, est au contraire confirmée.

Ainsi, sur les sept Présidents de la Vème République, trois ont étudié à l’ENA. On serait tenté de dire « seulement » trois mais il faut ajouter que de Gaulle, Pompidou et Mitterrand ont fait leurs études avant la création de l’ENA et ne pouvaient, par conséquent, pas y étudier. Par conséquent, sur les quatre Présidents en âge d’avoir étudié à l’ENA, trois y ont été élèves (Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac et François Hollande). La proportion devient gigantesque.

Pour ce qui est des Premiers ministres, sur les 21 personnes à avoir exercé cette fonction depuis 1958, huit sont énarques : Jacques Chirac33, Laurent Fabius, Michel Rocard, Edouard Balladur, Alain Juppé, Lionel Jospin et Dominique de Villepin. La proportion de 38 % est, ici aussi, particulièrement élevée.

Le poids des énarques dans les gouvernements est, lui aussi, très important. Ainsi dans le gouvernement Valls II, on ne dénombre pas moins de cinq énarques (Laurent Fabius, Ségolène Royal, Michel Sapin, Emmanuel Macron et Fleur Pellerin) sur les 16 ministres du gouvernement. Il faut de plus constater que dans ce gouvernement sur les cinq ministres les plus importants, trois sont énarques (Laurent Fabius, Ségolène Royal, Michel Sapin) et que Najat Vallaud-Belkacem (numéro 3 du gouvernement) s’est présentée au concours de l’ENA.

Le gouvernement précédent (Ayrault II) n’était guère différent : sur les 11 ministres les plus importants, trois étaient énarques : Laurent Fabius, Pierre Moscovici, et Michel Sapin.

Quant au poids des énarques dans les administrations centrales, il est évidemment déterminant puisque c’est la vocation première de l’ENA de former ces hauts administrateurs.

Il ne faut pas, cependant, imaginer que les énarques forment un corps homogène et soudé, la compétition entre eux étant une seconde nature impulsée dès l’école du fait du classement de sortie et, en fait, même bien avant l’école du fait de la sélection opérée pour y entrer. Le risque d’une élite aussi resserrée porte sur l’homogénéité de pensée de l’élite française formée dans un moule presque unique. Il paraît, en effet, difficile de créer des solutions originales et novatrices dans ces conditions où les réflexes intellectuels et les grilles de lecture sont communs.

La promotion la plus politisée de l’ENA, celle qui a eu la plus grande influence sur la politique française à ce jour reste évidemment la promotion Voltaire (1980). Elle a été, en effet, tellement dominatrice que c’en est caricatural. On disait dans les coulisses du pouvoir socialiste dans les années 1980 que parmi les ministres il y avait « soit des Nanterre, soit des Voltaire ». Les deux filières principales étant l’université de Nanterre et la promotion Voltaire de l’ENA. C’est une sous-estimation de l’influence de cette promotion Voltaire puisque celle-ci a également fourni bon nombre de figures éminentes de la droite.

Plusieurs personnalités de cette promotion Voltaire sont, en effet, célèbres :

  • Claire Bazy-Malaurie, membre du Conseil constitutionnel (depuis 2010)
  • Frédérique Bredin, ministre de la Jeunesse et des Sports (1991-1993)
  • Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la Culture et de la Communication (2004-2007)
  • François Hollande, Président de la République française (depuis 2012)
  • Sylvie Hubac, directrice du cabinet de la présidence de la République (depuis 2012)
  • Jean-Pierre Jouyet, ancien secrétaire d’Etat aux Affaires Européennes (2007-2008), secrétaire général de l’Elysée (depuis 2014)
  • Pierre-René Lemas, directeur du cabinet du Président du Sénat (2011- 2012), secrétaire général de l’Elysée (2012-2014)
  • Pierre Mongin, directeur du cabinet de Dominique de Villepin Premier ministre (2005-2006)
  • Ségolène Royal, ministre à plusieurs reprises, présidente du Conseil régional de Poitou-Charentes (2004-2014), candidate du Parti socialiste pour l’élection présidentielle de 2007
  • Michel Sapin, ministre à plusieurs reprises notamment des Finances, président du Conseil régional du Centre (1998-2000 puis 2004-2007)
  • Dominique de Villepin, Premier ministre (2005-2007), ministre des Affaires étrangères (2002-2004), ministre de l’Intérieur (2004-2005), secrétaire général de l’Elysée (1995-2002)

Pour ce qui est de la domination de l’ENA dans le domaine économique, plusieurs éléments confirment cette impression alors pourtant que les énarques sont, proportionnellement, très peu nombreux à travailler en entreprise (21 % des énarques en activité sont en poste dans les entreprises publiques et privées34. Au plan national, en 2014, des énarques dirigent de nombreuses entreprises qui comptent parmi les plus importantes de France35.

Au plan international, la place de l’ENA est également reconnue dans le domaine économique. Ainsi un classement établi par l’école des Mines de Paris en 201136 basé sur le nombre d’anciens étudiants figurant parmi les dirigeants exécutifs des 500 plus grandes entreprises mondiales montre que l’ENA est devenue une des meilleures écoles du monde pour la direction d’entreprise, ce qui, rappelons-le, n’est absolument pas son objectif premier.

Selon ce classement, les dirigeants des 500 plus grandes entreprises mondiales ont été formées à : 1. Harvard Univ. (USA), 2.  Tokyo Univ. (Japan), 3. Keio Univ. (Japan), 4. HEC (France), 5. Kyoto Univ. (Japan), 5. Univ. Oxford (United Kingdom), 7. Ecole Polytechnique (France), 8. Waseda Univ. (Japan) 9. ENA (France), (…) 17. Sciences Po Paris (France), (…) 21. INSEAD (France).

La place de Sciences Po Paris laisse également songeur, puisque par cette école passe également une très grande partie de l’élite politique française.

Les liens entre l’élite politique, l’élite administrative et l’élite économique française sont donc évidents : ils sont formés dans les mêmes écoles, par les mêmes enseignants, avec les mêmes méthodes pédagogiques. Ce manque d’ouverture, souvent dénoncé, ne fait pourtant que s’accroître.

2. Les grandes écoles : un modèle franco-français

La spécificité des élites françaises vient du nombre restreint des institutions qui participent à sa formation. Il est nécessaire dans presque tous les domaines des élites françaises, de passer par une grande école et le nombre de ces grandes écoles qui comptent est très limité. Il existe tout d’abord quatre grandes écoles majeures : l’ENA, l’Ecole Polytechnique (X), HEC et l’Ecole Normale Supérieure (ENS). On ne peut pas vraiment effectuer un classement entre ces écoles car elles ne portent pas sur les mêmes domaines mais un élève sorti de l’une d’elles a sa carrière assurée, quelle que soit l’activité qu’il envisage.

Ce système de séparation entre les formations universitaires et les grandes écoles n’existe à peu près nulle part ailleurs qu’en France. Il est dû à Napoléon qui a créé plusieurs de ces grandes écoles en particulier l’Ecole Polytechnique et l’Ecole Normale Supérieure. Le plus inquiétant est sans qu’aucun pays ne copie le système français ; c’est rarement un bon signe. La difficulté vient de l’affaiblissement du système universitaire qui est causé par ces écoles : elles siphonnent, en effet, les meilleurs étudiants comme les moyens et ne participent que peu à la recherche universitaire (avec des variantes selon les écoles car l’ENS et l’X ont une activité de recherche de tout premier plan).

En plus des quatre grandes écoles majeures, quelques établissements forment des dirigeants dont certains arrivent ensuite à s’imposer au plus haut niveau. Dans la filière des écoles de commerce on peut citer l’ESCP, l’EM Lyon, l’INSEAD, l’ESSEC, l’EDHEC et éventuellement Paris IX (Dauphine) qui est une université sélective. Dans la filière des écoles d’ingénieurs on peut retenir l’Ecole Centrale de Paris, l’Ecole des Mines de Paris ou l’Ecole des Ponts et Chaussées. A ces écoles il convient d’ajouter Sciences Po (les Instituts d’Etudes Politiques), en particulier Sciences Po Paris qui forme dans plusieurs domaines de nombreux leaders. Par exception à la relégation des universitaires à un rang second, on peut considérer que deux filières universitaires sortent du lot : droit (à condition de ne pas sortir de n’importe quelle université) et médecine. Ces formations, par leur caractère sélectif ont réussi à conserver un certain prestige. On peut enfin ajouter Saint-Cyr, l’école de formation des militaires de haut rang mais les militaires français ne participent plus guère à la vie politique.

En dehors de ces écoles ou de ces deux filières particulières que sont le droit et la médecine, pour devenir un dirigeant politique, il faut s’imposer par une voie purement politique : au sein de son parti, au fil des mandats, en progressant pas à pas. C’est un recrutement par voie longue.

Il n’est qu’à regarder les hauts dirigeants de l’Etat pour constater la prédominance de ces grandes écoles en politique. Pour les Présidents de la République, en dehors de François Mitterrand et de Nicolas Sarkozy qui sont tous deux juristes de formation, tous ont fait une des grandes écoles de la République : Charles de Gaulle (Saint-Cyr), Georges Pompidou (Ecole Normale Supérieure), Valéry Giscard d’Estaing (X, ENA), Jacques Chirac (Sc. Po, ENA), François Hollande (HEC, ENA).

Pour les Premiers ministres, le constat n’est pas très différent, presque tous sont passés par une grande école ou par des études juridiques. Seuls cinq Premiers ministres ont eu des parcours atypiques : Pierre Mauroy, Pierre Bérégovoy, Edith Cresson, Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls. Notons que tous ces derniers Premiers ministres sont des Premiers ministres de gauche, cela n’a rien d’un hasard : le parcours militant est plus valorisé à gauche, qu’à droite.

Illustration 6 : La formation des Premiers ministres de la Vème République : la technocratie « à la française »

Illustration 6

3. Des fonctionnaires très présents

Dans presque tous les pays démocratiques, le nombre des fonctionnaires qui effectuent une carrière politique est élevé. Cela s’explique très simplement par les facilités offertes par la fonction publique pour interrompre sa carrière de fonctionnaire et la reprendre ensuite, tout cela en continuant de progresser à l’avancement pendant la partie politique de la carrière. Les salariés du secteur privé n’ont pas la même sécurité de l’emploi et doivent donc faire un choix beaucoup plus engageant entre une carrière politique et une carrière professionnelle. Les professions libérales, pour lesquelles la création puis l’entretien d’une clientèle est stratégique, sont par définition plus risquées que les autres.

Dans le cas précis de la France, en plus des raisons générales qui viennent d’être avancées, le poids de la fonction publique parmi le personnel politique est important aussi du fait que servir l’Etat est culturellement considéré comme particulièrement noble. L’influence de Colbert et des rois de France, renforcée par la création napoléonienne des grandes écoles ont toutes concouru à ce que les métiers de la fonction publique, en particulier de la très haute fonction publique, soient socialement bien considérés. Si l’ENA a acquis le prestige qui est le sien, c’est non seulement par les grandes opportunités de carrière qui sont offertes à la sortie de l’ENA mais aussi du fait que les candidats qui s’y présentent sont parmi les Français les mieux formés et les plus performants.

Dans ces conditions, il n’est pas particulièrement étonnant que les plus hauts postes politiques de la République soient régulièrement détenus par des fonctionnaires de carrière.

Il n’est qu’à observer les Présidents de la République depuis 1958. Charles de Gaulle étaient un général, il a travaillé toute sa vie pour le compte de l’Etat. Georges Pompidou a une formation d’enseignant (Ecole Normale Supérieure, agrégation de lettres (major), il a enseigné notamment à Henry IV) et, en dehors d’un bref passage par la banque Rothschild, il a effectué l’intégralité de sa carrière pour le compte de l’Etat. Valéry Giscard d’Estaing après avoir étudié à l’Ecole polytechnique puis à l’ENA a toujours travaillé pour l’Etat. François Mitterrand, du fait de sa carrière politique n’a, pour ainsi dire, jamais travaillé pour un autre employeur que l’Etat. Jacques Chirac a étudié à Sciences Po puis à l’ENA et a été fonctionnaire toute sa vie. Nicolas Sarkozy se démarque des autres Présidents puisqu’il a exercé une carrière d’avocat fiscaliste. François Hollande après l’ENA (Voltaire) n’a travaillé que pour l’Etat ou le parti socialiste.

En d’autres termes, tous les Présidents de la Vème République étaient des fonctionnaires à l’exception de François Mitterrand et de Nicolas Sarkozy. Officiellement, l’un et l’autre étaient avocats, Mitterrand a dû plaider une ou deux fois dans sa vie et Sarkozy a eu une carrière d’avocat fiscaliste d’une dizaine d’années ; l’un et l’autre, du fait de leurs fonctions politiques, ont finalement vécu presque intégralement des fonds publics.

Pour les Premiers ministres, le constat est à peine différent : les trois quarts étaient des fonctionnaires de carrière : Michel Debré (Conseiller d’Etat), Georges Pompidou (enseignant), Maurice Couve de Murville (diplomate), Jacques Chaban-Delmas (militaire), Pierre Messmer (administrateur d’outre-mer), Jacques Chirac (haut fonctionnaire), Raymond Barre (enseignant), Pierre Mauroy (enseignant), Laurent Fabius (enseignant), Michel Rocard (haut fonctionnaire), Edith Cresson (ingénieur économiste), Pierre Bérégovoy (ouvrier puis cadre), Edouard Balladur (haut fonctionnaire), Alain Juppé (enseignant), Lionel Jospin (haut fonctionnaire), Jean-Pierre Raffarin (cadre de communication), Dominique de Villepin (diplomate), François Fillon (assistant parlementaire), Jean-Marc Ayrault (enseignant), Manuel Valls (conseiller en communication).

Le constat statistique est très simple sur les 20 Premiers ministres français depuis 1958, 15 étaient des fonctionnaires. Et encore, cette statistique omet de préciser que François Fillon et Manuel Valls ayant fait l’intégralité de leur carrière au sein des partis politiques ou en tant qu’hommes politiques n’ont jamais vraiment travaillé dans le secteur privé. Les seuls à avoir eu une activité professionnelle dans le secteur privé sont donc Edith Cresson, Pierre Bérégovoy et Jean-Pierre Raffarin.

Notons que la catégorie la plus nombreuse, celle des enseignants, est cependant très disparate puisque Raymond Barre professeur des universités en économie et Pierre Mauroy enseignant en histoire-géographie dans l’enseignement technique n’avaient pas exactement les mêmes parcours ni les mêmes étudiants.

A l’Assemblée nationale, la présence des fonctionnaires est actuellement en baisse : 31,36 % des députés sont des fonctionnaires en 2014, ils étaient 45 % en 1997. Au Sénat on compte 40,80 % de fonctionnaires après le renouvellement de 2014. Parmi tous ces parlementaires issus de la fonction publique, le corps le plus représenté est celui des enseignants (enseignants du secondaire pour la plupart).

4. La reproduction des élites en France : l’endogamie de la « noblesse d’Etat »

A l’aube des années 1970, Pierre Bourdieu a souligné un phénomène qui n’a fait que s’amplifier depuis en France : la reproduction des élites37. Pour cet auteur majeur, les élites utilisent en particulier le système scolaire pour créer une distinction sociale entre dominants et dominés. Au moyen de la violence symbolique, les dominants assurent ainsi le maintien de leur domination, cette domination étant transmise à leurs enfants par le biais du système scolaire et des diplômes.

Bourdieu approfondira cette thèse quelques années plus tard en se penchant plus directement sur la question des grandes écoles françaises et des mécanismes qu’elles utilisent pour s’imposer comme les références du système scolaire français38. Ces grandes écoles ont également pour particularité d’être régulièrement suivies par plusieurs générations successives d’une même famille ce qui assure ainsi le maintien de la famille dans l’élite française constituant ainsi une véritable « noblesse d’Etat ».

Ce constat selon lequel l’« ascenseur social » est grippé voire bloqué en France n’a fait que s’accroître durant ces dernières années malgré sa dénonciation par de nombreux auteurs ou rapports. « La proportion des élèves d’origine modeste dans les quatre plus grandes écoles – Polytechnique, l’ENA, HEC et Normale Sup – a fortement chuté, passant de 29 % au début des années 1950 à seulement 9 % au milieu des années 1990. Employés et ouvriers représentent encore aujourd’hui plus de 60 % de la population active. Pourtant, leurs enfants ne représentent que : 6 % des étudiants de l’ENA, moins de 1 % des étudiants de Polytechnique, 3,4 % des étudiants des écoles de commerce, 6,1 % des étudiants des écoles d’ingénieur »39.

Mais si ce mécanisme social de sélection des élites est particulièrement visible dans les grandes écoles, il débute en fait bien plus tôt dans la scolarité. Jacques Attali évoquait de véritables délits d’initiés de la part de ceux qui « bénéficient dès l’enfance d’un soutien et d’une formation privilégiés sur les impasses du labyrinthe éducatif » et « en poursuivant jusqu’à l’absurde, on pourrait même sans doute établir que la majorité des élèves des plus grandes écoles françaises ont commencé leur scolarité dans une ou deux centaines de classes maternelles » 40. Son constat est sans appel : « la situation est aujourd’hui telle qu’il devient pratiquement impossible à un enfant scolarisé en banlieue d’accéder à une grande école ». « Alors que dans le passé des élèves brillants étaient rapidement identifiés puis orientés vers les filières d’excellence indépendamment de leur origine sociale, le système de formation de nos élites est devenu profondément endogame ». Un rapport d’information du Sénat de 2007 ne dit pas autre chose et souligne la « discrimination de fait » et les « exclus du système »41. En fait, « le dogme de la méritocratie scolaire dissimule un authentique « tri social » tant il est vrai que les inégalités sociales résultent aussi des inégalités scolaires »42.

Pour assurer et maintenir ce mécanisme très contestable de reproduction des élites, cette véritable sélection sociale par le système scolaire, plusieurs moyens sont utilisés simultanément. Dans un premier temps, les concours d’entrée de ces grandes écoles valorisent des disciplines socialement très discriminantes comme les langues vivantes ou la culture générale. Il est, en effet, évident qu’un étudiant ayant effectué plusieurs séjours linguistiques de longue durée, voire ayant passé une ou plusieurs années scolaires à l’étranger (de préférence dans un pays anglo-saxon) bénéficie d’un avantage considérable dans ce type de concours. Un tel investissement ne peut être effectué que par des familles aisées.

Quant à l’épreuve de culture générale, pour laquelle le programme n’est pas strictement délimité, « le candidat est jugé sur des connaissances faisant appel à ce que l’on pourrait appeler d’authentiques « compétences sociales ». La composition et l’origine des membres du jury sont donc déterminantes pour apprécier ce type de compétences » 43.

La discrimination sociale durant ce processus survient aussi à l’occasion des épreuves orales. Ces épreuves permettent, en effet, de juger , en plus des qualités intellectuelles du candidat, son apparence, sa façon de parler, etc. autant d’éléments qui peuvent faire ressortir des indicateurs sociaux inavouables. L’épreuve orale ne laisse par ailleurs aucune trace, ne répond à aucun critère strictement et objectivement définissable. En d’autres termes, la note mise à un candidat dans le cadre d’une épreuve orale est invérifiable et incontestable, elle répond à un sentiment du jury porté sur la prestation du candidat ce qui peut, par conséquent, masquer une sélection sur un critère social éventuellement involontaire voire inconscient.

Tous ces mécanismes sont connus depuis de nombreuses années maintenant et quelques efforts ont été faits pour contrecarrer cette réalité.

Ont ainsi été instaurées entre 2007 et 2009 des Classes Préparatoires Intégrées (CPI) qui forment des étudiants à des concours des écoles de service public. Ces classes ont pour spécificité de former ces étudiants au sein de l’école à laquelle ils se destinent. Ces CPI sont typiques de la politique française d’égalité des chances : des élèves issus de milieux modestes sont sélectionnés sur des critères universitaires. Cette mesure reste encore restreinte car les CPI ne concernent que quelques centaines d’étudiants par an, dans une vingtaine de filières seulement (22 classes CPI en 2013 dont cinq pour les Instituts Régionaux d’Administration). Les CPI n’assurent donc à ces élèves en aucun cas un poste et ne les recrutent que s’ils ont déjà réussi à surmonter des difficultés qu’on leur reconnaît bien tardivement dans leur parcours puisqu’ils doivent déjà être diplômés à bac +3 voire bien plus.

Par ailleurs depuis 2001, les modalités d’entrée à Sciences Po ont été modifiées pour permettre une sélection d’élèves issus de lycées situés en Zone d’Education Prioritaire (sélection dite « convention éducation prioritaire »). Ce recrutement reste minoritaire mais il ouvre une vraie soupape pour les lycéens ayant effectué leur terminale en ZEP.

Pour conclure cette étude des élites politiques, il faut rappeler que la vie politique d’un pays est souvent liée à une personnalité marquante. Certains dirigeant nouent un lien très fort avec le peuple qu’ils dirigent. Parmi les conséquences politiques et institutionnelles possibles, il faut détailler la pratique du césarisme.

Encadré 2 : Le césarisme

Le terme césarisme regroupe plusieurs techniques d’exercice du pouvoir utilisées par un dirigeant fort et charismatique qui s’appuie sur le peuple pour contourner les institutions qui s’opposent à lui ou valider un changement de direction politique. Le césarisme contient donc une relation essentielle entre le peuple et le dirigeant.

L’expression est issue de Jules César à qui l’on accorde l’invention de ce mécanisme qui lui était pourtant certainement bien antérieur. A de nombreuses reprises, César a ainsi contourné le droit en vigueur et le Sénat, comme avec la lex Vatinia, plébiscite qui lui accorde pour cinq ans la gestion de deux provinces, la Gaule cisalpine et l’Illyrie et le commandement de trois légions alors qu’il n’aurait dû n’avoir la gestion que d’une province pour un an seulement.

Le mécanisme sera repris notamment par Napoléon Bonaparte à plusieurs reprises : en décembre 1799 (pour instaurer le Consulat après le 18 Brumaire), en mai 1802 (pour instaurer le Consulat à vie), en mai 1804 (pour l’installation de l’Empire) et en juin 1815 (pour l’acte additionnel aux constitutions de l’Empire).

Louis-Napoléon Bonaparte reprendra à son tour le mécanisme en décembre 1851 (pour ratifier son coup d’Etat), en novembre 1852 (pour le retour à l’Empire) ou encore le 8 mai 1870 (pour la nouvelle constitution).

Le général de Gaulle a été accusé, à de nombreuses reprises, de diriger la France selon ce mode. Les nombreux référendums dont il s’est servi contenaient une dimension plébiscitaire incontestable puisqu’il mettait sa démission en jeu de façon systématique. Quant à s’appuyer sur le peuple pour faire plier les institutions, cela aussi a été employé ; en particulier en 1962 pour l’élection au suffrage universel direct du Président de la République (alors que le Parlement y était farouchement hostile) et en 1969 pour obtenir la suppression du Sénat (l’échec de ce référendum entraîna la démission immédiate du général de Gaulle).

Pour indiquer le soutien du peuple au leader, la technique la plus utilisée depuis César jusqu’au XIXème siècle reposait sur les procédés de démocratie semi-directe (référendum ou plébiscite). Dans ce cadre, les apparences démocratiques tentent de masquer la réalité du césarisme : une confusion des pouvoirs au profit d’un organe incontrôlé : le leader.

Ces techniques anciennes sont toujours utilisées mais elles peuvent être améliorées comme le montre la création du « référendum révocatoire ». Le Président de la Bolivie Evo Morales a convoqué, avec l’accord de l’opposition, un « référendum révocatoire » en 2008 pour débloquer une situation politique très grave. Evo Morales voulait nationaliser des secteurs de l’économie (hydrocarbures, télécommunications…) et a fait face à des oppositions de la part de régions riches. Quatre de ces régions dirigées par des préfets élus (sur neuf pour l’ensemble de la Bolivie) ont proclamé leur indépendance. Pour éviter une scission du pays en deux ou une guerre civile, le mécanisme de référendum révocatoire a été adopté : le Président et huit préfets (le neuvième venait d’être élu) se soumettent à un référendum dont l’objectif est de les révoquer s’ils obtiennent contre eux le chiffre qui les a élu. Ainsi Evo Morales ayant été élu en 2006 par 53,7 % ne pouvait être renversé qu’à une majorité de votes contre lui de 53,7%. Certains préfets, élus avec 30 % de voix seulement, étaient plus en danger.

Ce référendum révocatoire du 10 août 2008 est loin d’avoir résolu tous les problèmes : presque tous ont été reconduits, et avec des majorités bien supérieures aux chiffres antérieurs, consacrant ainsi la coupure politique du pays en deux camps géographiquement bien répartis. Néanmoins le leader de l’opposition, Manfred Reyes fut sèchement battu et le référendum renforça donc la position d’Evo Morales, lui-même largement confirmé dans ses fonctions.

A ces techniques néanmoins anciennes, Hugo Chávez a ajouté au début du XXIème siècle une nouvelle méthode à cette panoplie classique : la médiatisation à l’extrême. Il a, en effet, créé une émission de télévision « allo président », dont il était l’animateur unique, ce qui lui permettait d’utiliser, des heures durant, la télévision comme moyen de communication direct avec le peuple. Une émission quotidienne, le dimanche à l’heure de la messe, en direct avec un public chauffé à blanc et trié sur le volet, la plupart du temps en province depuis un lieu populaire : une école, une usine, un site archéologique…

Il s’appuyait sur des problèmes concrets des gens et n’hésitait pas à appeler en direct le ministre concerné pour régler le problème voire régler ses comptes avec le ministre qui, pris à partie en public sur un dossier très précis, n’avait guère les moyens de se défendre. Il n’hésitait pas non plus à critiquer l’administration et son inefficacité.

Cette émission était donc un contournement parfait des institutions par les médias au profit du seul leader. Ce programme Aló Presidente a « inspiré des programmes similaires aux Présidents d’autres pays, notamment la Bolivie et l’Equateur »44, dirigés respectivement par Evo Morales et Rafael Correa.

Christophe de Nantois

Maître de conférences en droit public à l'Université de Lorraine

  1. White Anglo-Saxon Protestant que l’on peut traduire en français par : anglo-saxon protestant blanc. []
  2. Jóhanna Sigurðardóttir est également une icône mondiale du mouvement LGBT. En effet, elle fut la première chef de gouvernement au monde à être arrivée au pouvoir en étant ouvertement homosexuelle puisqu’elle s’est unie en union civile à sa compagne dès 2002. La légalisation du mariage homosexuel en Islande en 2010 a permis son mariage avec sa compagne. []
  3. L’augmentation est systématique mais elle est de l’ordre de quelques pourcents par législature (pour la 14ème législature, début : 207, fin : 211, soit + 1,9 %). []
  4. C. de Nantois, Le député : une étude comparative, France, Royaume-Uni, Allemagne, LGDJ, 2010, p. 14. []
  5. D. Chagnollaud, Science politique, 7ème éd., Dalloz, 2010, p. 288. []
  6. C. de Nantois, Le député : une étude comparative, France, Royaume-Uni, Allemagne, LGDJ, 2010, p. 15. []
  7. « Le Parlement algérien lève la limite des mandats présidentiels », Le Point, 12 novembre 2008. []
  8. Sir M. Wheeler-Booth, A. Kennon, R. Blackburn, op. cit. p. 73-76. Ce taux est toutefois supérieur à ce qu’il fut sous les législatures antérieures. Ibid. p. 73-75. Voir également A. Adonis, Parliament today, Manchester University Press, 2nd ed., 1993, Manchester p. 50. R. Blackburn, The electoral system in Britain, MacMillan Press LTD, 1995, London p. 197-202. []
  9. Contraction effectuée entre Oxford et Cambridge qui désigne les anciens élèves passés par une de ces deux universités. []
  10. 34 % du groupe en 1945, 66 % en 1997. []
  11. Oxford (11) : Robert Gascoyne-Cecil (Lord Salisbury, 3ème marquis de Salisbury), Herbert Henry Asquith, Clement Attlee, Anthony Eden, Harold Macmillan, Alec Douglas-Home, Harold Wilson, Edward Heath, Margaret Thatcher, Tony Blair, David Cameron.
    Cambridge (3) : Arthur Balfour, Sir Henry Campbell-Bannerman, Stanley Baldwin.
    Autodidactes (3)  : John Major, James Callaghan, David Lloyd George.
    Autres formations (5) : Andrew Bonar Law (université de Glasgow), Ramsay MacDonald (université de Londres), Neville Chamberlain (Mason Science College), Winston Churchill (académie royale militaire de Sandhurst), Gordon Brown (université d’Edimbourg). []
  12. Voir les statistiques précises sur le site internet du Bundestag. []
  13. D. Chagnollaud, Science politique, 7ème éd., Dalloz, 2010, p. 290. []
  14. Stephen Hess, America’s Political Dynasties, from Adams to Kennedy, Doubleday & Company, New York, 1966. Une édition mise à jour a été effectuée en 1996. []
  15. Stephen Hess, “America’s Top Dynasty?”, Washington Post, sept. 13, 2009. http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2009/09/11/AR2009091101831.html []
  16. Key Jobs : President (1), Senator (3), Representative (4), Cabinet (1). []
  17. Key jobs : President (2), Vice President (1), Governor (2), Representative (4). []
  18. Key jobs : Vice President (1), Governor (3), Senator (2), Representative (2). []
  19. Key jobs : President (2), Governor (2), Senator (3), Representative (5). []
  20. Key jobs : President (2), Vice President (1), Governor (1), Senate (1), Representative (2), Cabinet (2). []
  21. Key jobs : President (2), Vice President (1), Governor (2), Senator (1), Representative (1). []
  22. Key jobs : Senator (4), Representative (2), Cabinet (1). []
  23. Key jobs : Vice President (1), Senator (2), Representative (6), Cabinet (1). []
  24. Key jobs : President (1), Chief Justice (1), Governor (1), Senate (3), Representative (2), Cabinet (3). []
  25. Key jobs : Governor (1), Senator (6), Representative (1), Cabinet (1). []
  26. Stephen Hess, America’s Political Dynasties, from Adams to Kennedy, Doubleday & Company, New York, 1966. []
  27. Cette théorie des apparences est une théorie concernant la façon de rendre la justice : « la justice ne doit pas seulement être rendue, mais il doit être visible qu’elle est rendue ». Elle est issue de la formule de Lord Hewart « justice must not only be done ; it must also be seen to be done ». Cette notion a permis la condamnation de la France dans plusieurs affaires notamment CEDH 2001 Kress. La théorie a ici été modifiée et adaptée au cadre politique. []
  28. Ces chiffres sont cependant faussés par le nombre d’étudiants étrangers présents parmi les Oxbridges. []
  29. Harvard (8) : John Adams, John Quincy Adams, Theodore Roosevelt, Franklin Delano Roosevelt, Rutherford Birchard Hayes, John Fitzgerald Kennedy, George W. Bush et Barack Obama.
    Yale (4) : William Taft, Gerald Ford, George Bush, Bill Clinton et George W. Bush.
    Columbia (3) : Theodore Roosevelt, Franklin Delano Roosevelt, Barack Obama.
    Princeton (2) : James Madison et Woodrow Wilson.
    Pennsylvania (1) : William Harrison. []
  30. Avec la même difficulté statistique que précédemment puisque beaucoup d’étudiants sont étrangers. []
  31. Le ministre de l’Intérieur Roger Salengro s’est suicidé le 18 novembre 1936 après une intense campagne de presse le mettant en cause, une loi viendra peu après aggraver les peines de diffamation par voie de presse. Le ministre du travail Robert Boulin a été retrouvé mort le 30 octobre 1979. Pierre Bérégovoy s’est suicidé au terme d’un épisode de grave dépression, le 1er mai 1993, soit un mois après avoir quitté Matignon. François de Grossouvre, un conseiller de François Mitterrand, s’est suicidé le 7 avril 1994 dans son bureau de l’Elysée. L’ancien maire de Tours, Jean Germain, s’est suicidé le 7 avril 2015, le jour de l’ouverture du procès de l’affaire des mariages chinois. En dehors de France, on peut penser à Salvador Allende, Président du Chili qui s’est suicidé dans le palais présidentiel en protestation au coup d’Etat mené par Augusto Pinochet le 11 septembre 1973. Fridolin Anderwert, Président de la Confédération suisse, s’est suicidé le 25 décembre 1880 après une intense campagne de presse dirigée contre lui. Alexandros Korizis, Premier ministre de Grèce qui s’est suicidé le 18 avril 1941 devant l’avancée des nazis.
    Il faut distinguer ces suicides contemporains, des suicides politiques antiques qui étaient une tradition des vaincus pour éviter le déshonneur, la capture ou l’humiliation de la survie à des conditions honteuses. Ont ainsi mis fin à leurs jours Cléopâtre, Marc Antoine, Brutus, Cassius, Caton le Jeune, Sénèque, Néron ou Hannibal. Certains pays ont ainsi valorisé l’acte suicidaire pour les vaincus comme le Japon. []
  32. Selon une études de l’association des anciens élèves de l’ENA de 2011 (V. Nouzille, « Le grand retour des énarques », Le Figaro, 21 septembre 2012) sur 4.300 énarques en activité en 2012, 2.999 travaillent pour l’Etat, 904 pour des entreprises privées et publiques, 396 pour les collectivités locales et les organisations internationales, 43 sont ministres, sénateurs ou députés, 23 travaillent à l’Elysée et 72 à Matignon. En d’autres termes, plus de 80 % des énarques travaillent directement pour le compte de l’Etat, à quoi il faut ajouter ceux qui travaillent dans les entreprises publiques. Quant à ceux qui sont investis en politique, ils ne sont que 3,21 % des énarques en activité. []
  33. Jacques Chirac est compté deux fois car il a été deux fois Premier ministre : 1974-1976 et 1986-1988. []
  34. Source : Association des anciens élèves de l’ENA, 2011, op. cit. []
  35. Henri de Castries (Axa), Louis Gallois (Président du conseil de surveillance de PSA), Baudouin Prot (BNP Paribas), Pierre Mongin (RATP), Paul Hermelin (Capgemini), Denis Olivennes (Europe 1, Lagardère Active), Jean-François Cirelli (Gaz de France), Bruno Lafont (Lafarge), Philippe Crouzet (Vallourec), Frédéric Oudéa (Société générale), Alexandre Bompard (Fnac), Guillaume Pepy (SNCF), Gérard Mestrallet (Suez), Pierre-André de Chalendar (Saint-Gobain), Stéphane Richard (France Telecom). Certes, nombre de ces entreprises sont publiques ou l’ont été, mais il n’en reste pas moins que l’influence des énarques dans le domaine économique, privé et public, reste très important. []
  36. Ecole des mines, Classement international professionnel des établissements d’enseignement supérieur, 5ème édition, 2011, p. 23. []
  37. P. Bourdieu, J.-C. Passeron, La Reproduction. Eléments pour une théorie du système d’enseignement, éditions de Minuit, 1970. []
  38. P. Bourdieu, La Noblesse d’Etat. Grandes écoles et esprit de corps, éditions de Minuit, 1989. []
  39. « Ouvrir les grandes écoles à la diversité » rapport de l’Institut Montaigne, janvier 2006. []
  40. Jacques Attali, Pour un modèle européen d’enseignement supérieur, 1998 p. 18. « A titre d’exemple, on notera que l’essentiel des élèves reçus aux grands concours comme ceux de l’ENS ou de Polytechnique viennent d’une dizaine de lycées ». []
  41. Diversité sociale dans les classes préparatoires aux grandes écoles : mettre fin à une forme de délit d’initié, Rapport d’information n° 441 fait au nom de la commission des Affaires culturelles du Sénat par la mission d’information portant sur la diversité sociale et l’égalité des chances dans la composition des classes préparatoires aux grandes écoles, 12 sept. 2007. []
  42. « Ouvrir les grandes écoles à la diversité » rapport de l’Institut Montaigne, janvier 2006, p. 19. []
  43. « Ouvrir les grandes écoles à la diversité » rapport de l’Institut Montaigne, janvier 2006, p. 19. []
  44. W. Grant, « Chávez TV show marks anniversary », BBC news (site internet), 24 mai 2009. []

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couverture_nantois_1, ' Approche empirique de la science politique–Titre I– Chapitre 1, Chapitre 1: Les élites politiques ' : Revue générale du droit on line, 2017, numéro 28843 (www.revuegeneraledudroit.eu/?p=28843)