Approche empirique de la science politique–Titre II– Chapitre 2

Chapitre 2: La structuration des forces politiques





Chapitre 2: La structuration des forces politiques

Les élections dans les pays démocratiques sont encadrées par des partis politiques qui structurent la vie politique de chaque pays. Il existe plusieurs définitions des partis politiques et faire la différence entre un parti politique et certains groupes, groupements, unions, syndicats ou rassemblements peut occasionnellement s’avérer délicat. Selon une définition communément admise1, un parti politique est une organisation durable (dont l’espérance de vie est supérieure à celle de ses dirigeants), composée d’organisations locales ayant des rapports réguliers et variés avec l’échelon national. Cette organisation doit, de plus, avoir une volonté délibérée de prendre ou d’exercer le pouvoir, et non pas uniquement de l’influencer (à la différence des clubs comme des clubs de réflexion ou des groupes de pression ou encore des syndicats). Enfin, cette organisation doit rechercher le soutien populaire en particulier à travers les élections.

Les premiers partis politiques apparaissent au début du XIXème siècle aux Etats-Unis. En Grande-Bretagne, ils vont naître puis se structurer progressivement notamment sous l’impulsion des réformes électorales de 1832 et 1867. La France va être plus tardive sur cette question puisque les partis politiques ne vont véritablement apparaître qu’avec l’implantation de la IIIème République et le maintien d’une démocratie effective. En France, les partis les plus structurés seront, dans un premier temps, implantés à gauche (en particulier avec les radicaux et les socialistes). Jusqu’à la seconde guerre mondiale, la droite répugne à l’organisation partisane : il n’y a ni parti conservateur, ni parti libéral, ni démocrates-chrétiens, ni « populistes » analogues aux autres démocraties occidentales. Les partis politiques français vont ensuite progressivement se structurer sous la IVème République jusqu’à ce qui’ils occupent une place incontournable. La Vème République, après les avoir longtemps ignorés, va les reconnaître et encadrer tant leur action que leur financement. Aujourd’hui, ils sont des interlocuteurs incontournables non seulement de la vie politique française, mais plus largement, de toutes les démocraties.

Pourtant, en particulier en France, les partis politiques restent plutôt mal perçus par l’opinion publique : ils sont souvent considérés comme une sorte de mal nécessaire. L’idée sous-jacente de ce ressentiment provient de l’encadrement des élus effectué par les partis politiques. Ces derniers fixent, en effet, des lignes de conduite et des éléments de langage qui sont vécus comme des ordres donnés aux élus. Dans cette optique, les partis politiques peuvent être apparentés à des monstres froids basés sur des idéologies froides et distantes de la réalité. L’indépendance tant proclamée de l’élu est ici confrontée à une réalité concrète, celle qui veut qu’un élu, seul, ne puisse aboutir à quasiment aucun résultat.

Quoi qu’il en soit, les partis politiques sont indispensables dès lors que l’on souhaite une politique efficace : il s’agit non seulement de fixer des lignes et des clivages avant l’élection, mais aussi, une fois l’élection passée, de régner efficacement avec des majorités stables. L’efficacité de l’action de l’élu se fait, par conséquent, au prix de cette perte d’autonomie et d’indépendance que chaque élu regrette si régulièrement.

Pour aller plus loin :

D. Chagnollaud, Science politique, 7ème éd., Dalloz, 2010, p. 215-245.

A. Cohen, B. Lacroix, P. Riutort (dir.), Nouveau manuel de science politique, éd. La Découverte, 2009 p. 445-491.

C. Debbasch, J.-M. Pontier, Introduction à la politique, 5ème éd., Dalloz, 2000 p. 275-422.

I. Classification des partis politiques

A. Typologies des partis politiques

Il existe de nombreuses typologies pour classer les partis politiques les uns par rapport aux autres. Ces typologies ne seront pas toutes présentées ici en détail, car elles ont pour la plupart beaucoup vieilli et ont perdu une grande part de leur caractère explicatif pour la vie politique actuelle.

Les distinctions les plus notables viennent sans doute des travaux de Stein Rokkan, un politiste norvégien qui a essentiellement publié dans les années 1950 à 1970. Il distingue quatre clivages essentiels pour la structuration des partis politiques : le clivage Eglise/Etat, le clivage centre/périphérie, le clivage bourgeoisie/travailleurs et le clivage rural/urbain. Ces clivages sont, pour Rokkan, issus de trois grandes révolutions qui ont marqué l’histoire : la révolution « nationale », la révolution industrielle et la révolution « internationale ». Si ces clivages ont une indéniable valeur explicative pour les années 1940, 1950, 1960 et 1970, il faut bien admettre que l’évolution politique des dernières décennies leur a fait perdre de leur pertinence. Il n’existe, en effet, plus guère de partis politiques religieux, l’opposition bourgeois/travailleurs n’est plus aussi clivante qu’elle l’a été, quant au clivage urbain/rural, il ne repose plus sur une réalité rurale suffisamment influente. En revanche le clivage centre/périphérie est tout aussi pertinent qu’il l’était alors ; il est probablement même plus pertinent aujourd’hui qu’il ne l’était il y a 30 ou 40 ans. Pour Rokkan, une opposition existe entre les partis attirés par toujours plus de centralisation (centre) et les partis qui militent en faveur d’une décentralisation, d’une fédéralisation, d’une autonomie voire d’une forme d’indépendance. Cette ligne de cassure est, certes, très présente partout mais elle est, selon les pays, soit une ligne de fracture entre les partis politiques, soit une ligne de fracture au sein des partis politiques existants qui se structurent alors selon une autre grille de lecture.

Ces classifications de Rokkan étant évoquées, on ne retiendra ici que deux autres typologies éclairantes pour la vie politique contemporaine : la distinction classique entre partis de masse et partis de cadre et, d’autre part, la distinction entre partis totalitaires et partis spécialisés.

1. Parti de masses / parti de cadres

Il s’agit de la distinction classique en matière de typologie des partis politiques. Dans ce domaine, l’adjectif « classique » signifie que la distinction remonte à l’après-guerre et qu’elle a été revue dans les années 1970. Cette distinction classique n’est, cependant, plus conforme à la réalité actuelle.

La distinction parti de masses / parti de cadres ne repose pas exactement sur la quantité d’adhérents au parti mais sur leur qualité (les partis de cadres sont composés de notables). Dans les faits cependant, les partis de masse ont beaucoup plus d’adhérents que les partis de cadres.

Cette distinction est issue des travaux de Maurice Duverger en particulier de son ouvrage Les Partis politiques paru en 1951. Cette distinction est encore explicative mais elle a perdu une part de son intérêt depuis la chute du mur de Berlin et de la désagrégation des partis communistes. Quant aux partis de cadres, ils tendent, eux aussi, à être moins présents car sans soutien électoral, ils n’accèdent plus souvent au pouvoir.

a. Les partis de cadres

Les partis de cadres sont, bien sûr, ouverts à tous, mais le discours et les objectifs du parti sont dirigés essentiellement vers des cadres. Ce sont donc les notables traditionnels de la société qui composent les partis de cadre : notaires, avocats, pharmaciens, médecins, chefs d’entreprise pour le secteur privé et pour le secteur public : les élus locaux (maire, député, membre du conseil départemental), éventuellement certains fonctionnaires (enseignants ou cadres supérieurs de l’administration).

Cette catégorie « notables traditionnels » tend, cependant, à diminuer voire à disparaître en France et à être, peu à peu, remplacée par « les leaders d’opinion ».

Ces leaders peuvent être des journalistes reconvertis en politiques comme le furent Georges Clémenceau, Winston Churchill ou Jean-Jacques Servan-Schreiber. Actuellement les journalistes Noël Mamère, Jean-François Kahn ou Jean-Marie Cavada mènent une carrière politique. Signalons à cette occasion que les liens personnels qu’entretiennent des journalistes avec les politiques sont fréquents en France : Valérie Trierweiler, Anne Sinclair, Béatrice Schönberg, Audrey Pulvar ou Christine Ockrent sont des journalistes qui entretiennent, ou ont entretenu, une relation forte avec un responsable politique.

Les leaders d’opinions sont également recrutés dans le milieu artistique. L’engagement politique des artistes français les amène le plus souvent à soutenir des partis de gauche comme ce fut le cas pour Jean Ferrat, Yves Montand et Simone Signoret qui s’engagèrent aux côtés du PCF, tous trois prendront, cependant, leurs distance avec le parti communiste. Les artistes engagés à droite existent également, Nicolas Sarkozy fit campagne en 2007 avec Doc Gynéco, Jean-Marie Bigard, Didier Barbelivien ou encore Mireille Matthieu. Carla Bruni vint quelques mois plus tard compléter cette équipe. Au vu de la carrière de ces artistes après 2007, il devient nettement plus difficile de convaincre ceux-ci de soutenir un candidat. En 2012, la droite comme la gauche n’ont pas vraiment trouvé de soutien au sein du milieu artistique.

Les sportifs médaillés et talentueux sont également recherchés en raison de leur forte popularité. Ceux-ci se positionnent presque toujours à droite : David Douillet (un des plus grands judokas de l’histoire : 4 fois champion du monde, champion olympique à Atlanta en 1996 puis à Sidney en 2000), Guy Drut (médaille d’or au 110 m haies à Montréal en 1976), Jean-François Lamour (champion olympique de sabre individuel à Los Angeles en 1984 ainsi qu’à Séoul en 1988, champion du monde 1987) ou encore Chantal Jouanno (championne de karaté). Tous ces champions ont ensuite poursuivi une carrière politique notable : ils ont tous été ministres et parlementaires (député ou sénateur).

Parmi ces sportifs, il faut également citer Yannick Noah (vainqueur de Roland Garros en 1983) qui est un soutien régulier de la gauche, il n’a toutefois pas entamé de carrière politique.

Du fait du public visé par les partis de cadres, ces partis ont toujours des structures souples et peu coercitives, la discipline y est assez faible. La liberté de ton qui y règne est bien plus grande que dans les partis de masse qui sont généralement très encadrés, très hiérarchisés.

Dans les partis de cadres, c’est en général le parti qui est redevable à l’élu qui est charismatique ou célèbre, ou riche. Cela se traduit concrètement par une faible discipline : puisque le parti doit tout à l’élu il ne peut pas exiger grand-chose de sa part. C’est exactement l’inverse dans les partis de masse : la liberté des élus est faible car les élus doivent tout à leur parti et peu à leur parcours individuel.

L’évolution de la vie politique française fait qu’il n’y a plus aujourd’hui de parti de cadres en France. Dans le passé, sous la IIIème République, le parti de cadre typique était le parti radical qui a influencé toute la IIIème République avec des élus comme Clémenceau ou Gambetta.

En Allemagne, il existe un parti de cadre typique : le FDP. Il s’agit d’un parti du centre qui est axé sur des thématiques libérales et pro-entreprises. Ce parti, constamment présent depuis 1949, est presque systématiquement au pouvoir en s’alliant, soit à droite avec la CDU-CSU, soit à gauche avec le SPD. Il subit depuis une décennie une passe difficile : il n’est plus au pouvoir et n’a presque plus d’élus ; son avenir est incertain.

b. Les partis de masse

Les partis de masse ont pour objectif de recruter le plus de membres possibles. Ils effectuent un encadrement politique fort de leurs adhérents. Les partis socialistes au début du XXème siècle adoptent le plus souvent cette organisation (les partis de cadre étant presque systématiquement des partis de droite). En France, comme dans d’autres pays, le parti de masse typique de la fin du XIXème était un parti socialiste puis, au XXème siècle, le parti communiste (des années 1930 jusqu’aux années 1980).

Les partis de masse offrent une formation politique à leurs militants et à leurs élus et, parfois, une éducation ou des structures de soutien divers, éventuellement soutien scolaire pour les enfants, soutien financier aux grévistes (comme ce fut le cas pendant la grève des mineurs en Grande-Bretagne dans les années 1980 de la part du parti travailliste). La vie des partisans est très intense au sein d’un parti de masse : les partis reposent sur la participation de leurs membres.

Dans les partis de masse, les structures partisanes sont lourdes, disciplinées et fortement hiérarchisées avec des militants nombreux et, surtout, de nombreux personnels permanents. Dans ces conditions, le pouvoir politique en interne devient mécaniquement centralisé et le premier secrétaire, ou le secrétaire général, qui dirige l’administration du parti devient très important du fait de sa maîtrise du parti. C’est de cette façon que Staline, qui dirigeait le parti communiste au moment de la mort de Lénine, a pu s’imposer face à Trotski. Les contestations internes sont plus difficiles au sein des partis de masse ce qui ne signifie pas qu’il n’y a pas de changements : les changements de ligne politique se font sur un tempo déterminé pas le dirigeant du parti. Il peut également survenir des périodes d’épuration interne pour contenir des contestations.

Au plan financier, le parti de masse est essentiellement financé par les cotisations de ses adhérents (ce qui explique qu’ils doivent être nombreux). Un parti de cadres est souvent financé par quelques mécènes (adhérents ou sympathisants voire entreprises) qui assurent l’essentiel de l’apport financier. On a parfois des exceptions à cette règle car un parti de masse peut avoir un mécène, par exemple, le parti national-socialiste était financé en bonne partie par Henry Ford qui versait aux nazis l’intégralité des bénéfices de la vente des voitures Ford en Allemagne et qui faisait chaque année de somptueux cadeaux à Hitler pour son anniversaire.

2. Partis généralistes / partis spécialisés

Les partis généralistes sont des partis politiques qui ont une vision d’ensemble de la société. Leur projet politique aborde tous les aspects de la vie sociale : économie, religion, état des droits et libertés, organisation de la société, relations internationales, etc. Les partis généralistes créent un projet de société et ont pour objectif de le mettre en œuvre une fois au pouvoir. L’immense majorité des partis politiques actuels dans les pays démocratiques sont des partis généralistes.

Parmi les partis généralistes, il convient de réserver un traitement à part à une catégorie particulière et extrême : les partis totalitaires qui souhaitent réglementer l’intégralité de la vie des individus. Ainsi tous les aspects de la vie sont abordés par ce type de parti politique : les aspects économiques, politiques, sociaux, l’éducation bien sûr, mais aussi ce qui semble relever de la sphère privée : la religion, éventuellement la relation au corps, voire, dans de rares cas, la sexualité. Aucun aspect de la vie n’échappe au parti totalitaire. L’exemple caractéristique de cette catégorie de parti politique était le parti communiste, le parti communiste français en particulier proposait un projet de vie pour tous, de la maternelle à la retraite en passant par l’usine. Quant à la vie de la société, elle faisait également l’objet d’une réglementation dans tous les domaines, en particulier l’économie passée en coupe réglée et rythmée par des plans de productions quinquennaux. Le parti national-socialiste (nazi) était également de ce type. Ces partis sont peu fréquents.

A l’exact opposé des partis généralistes qui ont une vision tous azimuts de la société, les partis spécialisés, au contraire, se focalisent sur un aspect clairement délimité et nettement identifié. Du fait de leur spécialisation, les partis spécialisés obtiennent la plupart du temps des scores électoraux assez confidentiels. Ils constituent des minorités politiques qui s’épanouissent, par conséquent, mieux en présence d’un scrutin proportionnel. Du fait de leur spécialisation, ils ne sont pas toujours classés sur un axe droite-gauche de façon stable. Ils peuvent, dans certains cas, s’allier soit à droite, soit à gauche, soit se comporter en parti centriste et opportuniste, en s’alliant au gré de leurs intérêts.

Des difficultés de développement surviennent pour un parti spécialisé, lorsqu’il atteint un seuil aux alentours de 10 % des suffrages exprimés. En effet, vu l’importance prise par le parti dans le débat national lorsqu’il atteint les 10 %, le parti spécialisé se voit alors poser des questions qui dépassent largement sa spécialisation d’origine. Si on prend l’exemple du plus célèbre des partis spécialisés actuels : Les Verts, qui ont une spécialisation sur le thème de la préservation de l’environnement, lorsqu’ils atteignent les 10 %, en plus des questions environnementales, on les interroge volontiers sur des questions économiques, éducatives ou internationales ce qui peut les mettre en difficulté, en particulier lorsqu’ils sont présents dans un gouvernement. Tout parti spécialisé qui atteint ce seuil approximatif est alors confronté à un choix stratégique crucial pour sa croissance et son avenir : soit il élargit ses thèmes de prédilection et perd sa spécificité qui a fait son succès ; il s’offre alors la possibilité de croître et d’intervenir d’autant plus dans la société. Soit il se cantonne à ses thèmes de prédilection traditionnels et se condamne ainsi à rester un acteur de second plan, actif essentiellement sur sa spécialité, mais sans se dénaturer.

Quelques partis spécialisés sur un thème particulier sont aujourd’hui en activité ou sont restés célèbres.

Les Verts sont apparus dans les années 1970 et 1980 et ont essaimé dans de nombreux pays en Europe puis sur d’autres continents. Ces partis se sont regroupés en Europe dans le parti Vert européen qui compte 45 élus au Parlement européen élu en 2014 (sur 754). Il existe également depuis 2001 un réseau international de partis Verts : Global Greens, dénommé en français les « Verts mondiaux ».

Sur les scènes politiques nationales, les Verts restent des partis spécialisés qui atteignent, cependant, régulièrement des scores honorables ce qui leur permet occasionnellement de détenir des ministères. Ils ne sont, cependant, que très rarement à la tête de collectivités territoriales et, n’étant jamais majoritaires, ne dirigent jamais de pays. Leur implantation politique est maintenant clairement inscrite à gauche et ils obtiennent des élus grâce à des alliances avec les partis de gauche. Quelques petits partis écologistes subsistent encore sur l’échiquier politique à droite, mais ils sont aujourd’hui très minoritaires.

Parmi les partis politiques spécialisés encore en activité, Chasse, Pêche, Nature et Traditions (CPNT), créé en 1989, défend les valeurs traditionnelles de la ruralité en commençant par la défense de la chasse dans un contexte national, et international, de croissance des partis écologistes. Ce parti a obtenu des élus locaux aux élections régionales de 1992, en particulier en Aquitaine, ainsi qu’aux élections régionales de 1998. En 1999, il a obtenu six députés au Parlement européen, exploit qui ne fut pas réédité par la suite et à l’élection présidentielle de 2002 son candidat, Jean Saint-Josse, obtint 1.200.000 voix, soit 4,23 % des suffrages exprimés. Après avoir atteint ce sommet, le parti décline peu à peu. A l’élection présidentielle de 2007 Frédéric Nihous n’obtiendra que 420.000 voix, aucun candidat du CPNT ne sera présent à l’élection présidentielle de 2012. Le parti détenait également quelques mairies rurales mais les élections municipales de 2014 ont mis fin à quelques mandats et seules trois mairies sont encore détenues par CPNT. Le parti a encore 6 élus dans les conseils régionaux depuis les élections de 2010 (contre 29 en 1992, 32 en 1998 et aucun en 2004).

Dans un registre très différent, le parti pirate a une branche française fondée en 2006, créée sur le modèle du parti pirate suédois, le précurseur du genre. Ces partis sont affiliés au parti pirate international. Les revendications de ce parti concernent essentiellement la liberté sur internet, la modification des droits d’auteur et des procédures de démocratie directe via internet (cyberdémocratie). Ce parti pirate a présenté quelques candidats, mais ses scores restent très bas en France. En revanche, dans d’autres pays, les partis pirates sont bien plus présents. En Suède, le parti pirate revendique le troisième nombre de membres du pays et a obtenu deux élus aux élections européennes de 2009, il n’en a obtenu plus aucun en 2014. En Allemagne, le parti pirate a obtenu quelques succès en 2011 aux élections régionales de Berlin (15 élus sur 149). Ils ont confirmé ce bon résultat en 2012, en obtenant 4 sièges (sur 51) lors des élections régionales en Sarre, puis 6 élus (sur 69) au Schleswig-Holstein et 20 sièges (sur 237) en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Depuis 2012 les pirates allemands, que les sondages voyaient très haut, subissent revers sur revers à l’exception des élections européennes de 2014 qui leur ont, malgré tout, permis d’emporter un siège. En Islande, 6 députés sont issus de deux partis pirates islandais différents.

Dans l’ensemble, les partis pirates font beaucoup parler d’eux mais n’obtiennent, cependant, pas des scores électoraux importants.

Quelques partis politiques spécialisés ont laissé une empreinte dans l’histoire. C’est en particulier le cas du poujadisme, du nom de Pierre Poujade, son leader charismatique. Il s’agissait d’un mouvement réunissant des activités politiques et syndicales apparu en 1953 dans le Lot et qui disparut en 1958. Ce mouvement, dont le nom officiel était l’Union de Défense des Commerçants et Artisans (UDCA), pour sa branche syndicale, et l’Union et fraternité française, pour l’organisation politique (1956-1958). Ce mouvement était centré sur la défense des commerçants et des artisans, menacés par le développement des grandes surfaces dans la France de l’après guerre. Parti d’un rassemblement de commerçant très local, s’organisant sous une forme de refus de taxes fiscales, ce mouvement s’est rapidement développé pour obtenir 12 % des députés aux élections législatives de 1956, dont Jean-Marie Le Pen. Le mouvement n’a pas perduré et est passé dans l’imagerie populaire comme un mouvement populiste et très conservateur.

Le Bloc des Réfugiés, « Gesamtdeutscher Block/Bund der Heimatvertriebenen und Entrechteten » (GB/BHE) créé en 1951, représentait les intérêts des Allemands déplacés, expulsés et réfugiés après 1945. Ce parti fut particulièrement important au niveau fédéral pendant la première législature. Dans certains Länder, il parvint à conserver une influence, parfois jusqu’à trois législatures successives. Bien que marqué à droite, il a fait partie de coalitions gouvernementales, régionales et municipales tant avec la CDU, qu’avec le SPD. Son sommet politique fut atteint avec 27 députés au Bundestag (5,9 %) en 1953, le parti disparu définitivement en 1961.

On peut également citer, pour mémoire, le parti des Automobilistes en Suisse (1985-1994), fondé en réaction à la montée des écologistes.

3. Partis politiques et recherche ou refus du pouvoir

Dans une optique différente et complémentaire de l’analyse qui vient d’être effectuée pour classer les partis politiques, on peut noter que certains partis politiques recherchent le pouvoir, alors que, d’autres, ne souhaitent pas particulièrement l’exercer. Une différence du même ordre peut être observée au niveau individuel, puisque de rares hommes politiques entament et effectuent une carrière politique, de plusieurs décennies parfois, sans jamais rechercher à exercer des responsabilités.

Cette opposition, qui semble assez nette entre les partis de gouvernement qui recherchent le pouvoir, et quelques rares partis qui refusent volontairement, sciemment le pouvoir n’est pourtant pas toujours aussi évidente.

Les partis politiques ou les politiques qui recherchent le pouvoir n’appellent pas, à ce stade, de commentaires particuliers puisque l’objectif le plus courant, lorsque l’on crée un parti ou lorsqu’on entame une carrière politique est, précisément, d’organiser cette recherche du pouvoir. Par conséquent, le positionnement qui consiste à entamer une carrière politique, ou à créer un parti politique, en refusant d’exercer ce pouvoir auquel cette carrière devrait amener est bien plus atypique et donc bien plus intéressant à analyser.

Certains politiques ou certains partis politiques, du fait de leur positionnement excentré ou extrême sur l’échiquier politique, n’ont, en effet, que des chances infimes d’accéder au pouvoir. Ces partis excentrés sur l’échiquier politique peuvent ainsi refuser sciemment des alliances qui les mèneraient au pouvoir. Ils refusent volontairement cette détention du pouvoir pour maintenir leur voix dissidente et continuer à critiquer les politiques menées par le parti majoritaire au pouvoir. Lorsqu’un militant s’engage dans un parti extrême, ou excentré, il manifeste souvent une volonté de transformer le monde de façon transgressive, avec des excès, or le simple fait d’arriver au gouvernement constituerait un embourgeoisement, une trahison à ses idéaux. Cela signifierait rentrer dans le rang et perdre le caractère contestataire du parti. Dans cette optique, pour rester crédible de ce point de vue, il faut rester en dehors du pouvoir.

L’exemple du parti communiste français, qui ne participe pas au gouvernement depuis plusieurs années, est assez typique de ce comportement. Le PC aurait politiquement pu participer au gouvernement Ayrault I ou au gouvernement Ayrault II, mais il a préféré rester en dehors. Le PC n’a pas non plus intégré le gouvernement Valls qui se situe, toutefois, sur des positions plus éloignées du PC. En plus de conserver sa voix critique et dissidente, l’intérêt du PC est de continuer à avoir une identité propre, distincte de celle du PS, ce qui semble aujourd’hui indispensable si le PC veut continuer à exister. Cette existence et cette voix propre est d’autant plus nécessaire que le PCF est très concurrencé à sa gauche par son allié occasionnel, et encombrant, le charismatique Jean-Luc Mélenchon.

De l’autre côté du spectre politique, le Front National est soumis à la même question mais dans un contexte plus complexe. En effet, pour des raisons historiques et idéologiques, le FN a été exclu de toute alliance avec la droite. La gauche a toujours vociféré dès que la droite a voulu s’allier avec le FN et la droite « républicaine » est divisée sur la question : certains acceptent l’idée d’une alliance avec le FN pour gouverner le pays, d’autres la refusent par principe. Ce principe pourrait évidemment être mis à rude épreuve si le FN continue d’avoir des scores élevés et si la droite reste longtemps dans l’opposition.

La position propre du FN a longtemps été de refuser toute alliance, alors même qu’elle était impossible (même si des accords locaux ont temporairement vu le jour avant que le RPR puis l’UMP ne vienne réaffirmer la position de principe).

Les questions que se pose le FN sont simples à énoncer et difficiles à résoudre : faut-il entrer au gouvernement et accepter l’épreuve et l’usure du pouvoir ? Faut-il accepter que le FN devienne un parti comme les autres, alors qu’une partie importante de sa propagande repose sur la dénonciation des autres ?

C’est une vraie question stratégique qui a divisé le FN pendant plusieurs années. La période de transition entre Jean-Marie Le Pen, qui incarne la stratégie du refus de toute alliance, et Marine Le Pen, qui prône la conquête du pouvoir, a été marquée par cette pomme de discorde. Schématiquement, entre 2011, année à laquelle Marine Le Pen est arrivée à la tête du FN et 2015, année à laquelle les virulentes querelles entre le père et la fille ont abouti à ce que Jean-Marie Le Pen soit écarté de la direction, cette question a été une des plus clivantes au sein du FN.

Quoiqu’il en soit, dans le cadre des scrutins majoritaires (présidentielle, législatives, sénatoriales, départementales, municipales) tant que le FN refusera de s’allier, il ne pourra pas gouverner et il restera, par conséquent, un parti d’opposition excentré. Des succès locaux sont toujours possibles ,mais leur portée reste limitée. Pour les scrutins proportionnels en revanche (européennes et régionales), les scores élevés du FN lui apportent des espoirs d’autant plus importants que l’abstention est faible et les opposants du FN divisés.

Malgré tout, une alliance ne peut être effectuée qu’à la condition qu’un autre parti accepte de s’allier avec le FN. Or, si l’UMP a une tradition de refus d’alliance avec le FN, cette position fait l’objet de débats internes. La difficulté de l’UMP, en cas d’alliance avec le FN, c’est le risque très réel d’implosion de l’UMP en deux : une partie qui s’allierait au FN et une autre qui viendrait renforcer l’UDI. Or, dans cette hypothèse de division, la partie centriste serait sans doute mieux placée pour gouverner que la partie la plus à droite. Par conséquent, la droite de l’UMP, tentée par l’alliance, préfère en l’état actuel maintenir l’unité du parti pour retourner au pouvoir plutôt que de se retrouver avec le FN et avoir peu de chances de gouverner. Cet équilibre actuel semble instable et pourrait être modifié dans le futur.

Dans un registre différent, il faut noter la spécificité des partis indépendantistes qui ne recherchent pas le pouvoir sur l’ensemble du territoire, mais seulement localement. Les partis indépendantistes voudraient bien arriver au pouvoir pour faire triompher leurs idées, mais cela n’est guère réalisable en dehors de leur zone géographique de référence.

L’exemple du Bloc québécois est assez parlant. Ce parti qui milite pour l’indépendance du Québec n’est implanté qu’au Québec et ne peut, en toute logique, pas conquérir le pouvoir sur l’ensemble du Canada, ce n’est d’ailleurs pas son objectif. Mais l’autorisation de faire sécession vient du niveau fédéral et, en dehors du Québec, il est difficile pour le Bloc québécois de convaincre de l’intérêt de l’indépendance du Québec. Le même raisonnement est applicable à tous les autres partis indépendantistes.

Encadré 6 : Quelques exemples individuels de refus du pouvoir

Alors qu’une carrière politique semble être nécessairement axée vers la recherche du pouvoir, on observe que, dans quelques cas, certains ont volontairement refusé d’accéder au pouvoir alors que celui-ci était à portée de main, voire était même officiellement proposé. Dans la grande majorité des cas, le refus du pouvoir, en particulier d’un poste proposé, est observé de façon ponctuelle pour des raisons tactiques, pour éviter de s’engager dans ce qui semble être une voie de garage, pour éviter de devenir impopulaire ou pour ne pas oblitérer le futur. D’autres refusent de faire face à des responsabilités. Mais il peut aussi arriver, en de rares occasions, qu’un dirigeant ou qu’un parti refuse le pouvoir de façon constante, voire systématique ; il y a là un positionnement quasi-idéologique. Il s’agit, par conséquent, d’une autre façon de faire de la politique qui repose sur des ressorts différents de la recherche du pouvoir.

Dans les exemples ponctuels de refus, on peut noter que le jeune général Bonaparte, à qui on proposait une promotion pour aller réprimer des troubles en Vendée, l’a refusée pour éviter qu’on l’accusât ensuite d’avoir fait tirer sur des Français. Parmi les refus ponctuels connus on peut également rappeler qu’en 1994 Jacques Delors, pourtant favori dans les sondages et poussé par le PS, a refusé de s’engager dans la campagne présidentielle. Les raisons de son refus restent mal connues.

De façon non plus ponctuelle et tactique, mais au contraire de façon constante, Paul Deschanel a refusé le pouvoir à de nombreuses reprises, il « est un des rares hommes politiques à avoir refusé le pouvoir avec obstination. N’ayant pas voulu faire ses armes comme ministre dans les années 1890, il refuse la présidence du Conseil à quatre reprises, en 1899 puis en 1913, 1914 et 1917. (…) Il paraît vouloir s’enfermer de lui-même dans une voie purement honorifique »2. Paul Deschanel a été député sans jamais vraiment faire campagne, en grande partie du fait de la notoriété de son père, Emile Deschanel, qui avait été un opposant exilé de Napoléon III, député puis sénateur. Paul Deschanel est enfin devenu Président de la République car son profil rassurait les parlementaires, il n’en n’a guère profité puisque son mandat fut le plus court de l’histoire de France : 7 mois. Il fut ensuite sénateur.

Les exemples de promotion piégeuses existent mais ne sont pas très fréquents ou pas forcément publics. On rapporte de façon insistante que Michel Rocard a été nommé Premier ministre par François Mitterrand car ce dernier voulait « lever l’hypothèse Rocard », c’est-à-dire le rendre impopulaire. Michel Rocard a, cependant, accepté et s’en est bien sorti, au moins au plan de la popularité, puisqu’il est le Premier ministre à être sorti le plus populaire de Matignon. Il n’en reste pas moins vrai que Mitterrand n’avait guère le choix en 1988. On a également signalé que Nicolas Sarkozy avait favorisé une belle promotion pour Dominique Strauss-Kahn au Fonds Monétaire International en 2007 pour éloigner un concurrent sérieux en espérant qu’il chute. Certes, la chute de Dominique Strauss-Kahn est intervenue mais considérer que cette chute est issue des conséquences d’un calcul est, au mieux, illusoire. Dans ce domaine, les fantasmes sont sans doute plus fréquents que la réalité.

Pour aller plus loin :

C. Debbasch, J.-M. Pontier, Introduction à la politique, 5ème éd., Dalloz, 2000, p. 302-318.

B. Positionnements des partis politiques

Plusieurs questions s’enchevêtrent à ce stade. Il est, en effet, possible d’aborder le positionnement des partis politiques les uns par rapport aux autres, mais il est également possible d’étudier le positionnement de chaque parti politique par rapport à des questions plus ciblées (religion, économie, place de l’Etat, etc.). Ces deux approches distinctes peuvent ensuite se recouper ou, au contraire, aboutir à des résultats différents.

La façon qui semble la plus aisée pour expliquer tous ces enjeux qui s’entremêlent est de découper ces questions en plusieurs points successifs. Ainsi nous verrons en premier lieu les analyses qui se fondent sur un critère unique, sachant qu’il existe plusieurs critères possibles (et que ceux-ci se recoupent parfois partiellement), avant de voir qu’il est également possible d’effectuer des analyses se basant simultanément sur plusieurs critères.

 1. Les analyses monocritères

Les analyses se basant sur un critère unique ont pour objectif de simplifier la vie politique d’un pays, en situant les partis les uns par rapport aux autres, sur la base de ce critère. Un classement opéré de cette façon est nécessairement réducteur, mais il a l’avantage de présenter assez clairement les choses. Plusieurs critères de classement peuvent, cependant, être retenus ; ceux-ci vont être abordés successivement.

a. Le clivage prépondérant : l’axe droite/gauche
§ 1. Une création lente et hasardeuse

Le clivage droite/gauche est très certainement né durant la Révolution française. Il est, cependant, très difficile à dater précisément, car sa création semble relever partiellement du hasard et de la répétition, les acteurs n’ayant sans doute pas eu conscience de le créer, en se réunissant plutôt à gauche, ou plutôt à droite, en raison de leurs affinités politiques.

Plusieurs éléments différents semblent avoir concouru à sa création. La première fois semble correspondre au placement des députés des Etats-généraux dans l’Eglise Saint Louis à Versailles, le 22 juin 1789, les places à droite étant à l’époque les places d’honneur, la « droite » (noblesse et clergé) s’y installa naturellement alors que le tiers Etat se positionnait naturellement à la gauche. On assista au même placement le 28 août 1789 dans l’assemblée constituante sur un point précis : fallait-il accorder un veto au roi ? Les partisans d’un veto royal s’installèrent à droite et les opposants à gauche.

Ce clivage a ensuite disparu, pendant un temps, pour être remplacé dans l’hémicycle par une opposition haut/bas : les Montagnards, plus extrémistes, s’opposant aux Girondins dénommés aussi la Plaine (surnommés également, de façon plus péjorative, le Marais). Les Montagnards furent à l’origine de la Terreur de juin 1793 à juillet 1794.

Le clivage droite/gauche est ensuite réapparu sous la Restauration. Les ultras royalistes ayant l’habitude de s’asseoir à l’extrême-droite de l’hémicycle, leurs opposants se seraient éloignés d’eux et ce positionnement serait ainsi né, mais il était à l’époque plus lié au positionnement spatial dans l’hémicycle, qu’à un positionnement idéologique. Ce n’est ensuite qu’avec les débuts de la IIIème République que naît le positionnement idéologique, qui reprend le positionnement spatial déjà préexistant.

C’est à l’occasion de l’élection de 1906 de la chambre des Communes que le terme « gauche » fut à son tour utilisé en Grande-Bretagne pour caractériser le parti Labour (travailliste), qui fit sa véritable apparition à la chambre, en passant de 1 élu à 29 et il fallait bien identifier ce troisième parti3. En traversant la Manche, cette opposition prit un sens différent, montrant ainsi la plasticité de la notion. Ce clivage ayant conquis les deux plus grandes démocraties du début du XXème siècle, il s’exporta ensuite à d’autres pays.

§ 2. Une ligne de partage à la fois incontournable et contestée

Avant la Vème République, la vie politique française n’était pas complètement binaire du fait du Tripartisme, puis de la Troisième Force qui mirent en place un centre et donc une vie politique tripartite. Depuis 1962, la vie politique française se résume, pour l’essentiel, à une opposition marquée par ce clivage droite/gauche, en particulier à l’Assemblée nationale où cette ligne de partage est véritablement effective. Les diverses tentatives de création d’un centre véritable (et non pas d’un centre droit comme avec les Républicains Indépendants ou avec l’UDF), en particulier avec la création du MoDem par François Bayrou, ayant abouti à des échecs (probablement inévitables du fait du mode de scrutin majoritaire).

Il reste, cependant, encore une exception à ce clivage droite/gauche en France en 2015 : le groupe RDSE (Rassemblement Démocratique et Social Européen) au Sénat. Ce groupe, créé en 1892, a un passé illustre puisqu’il accueillit en son temps Georges Clémenceau, Joseph Caillaux, Edouard Herriot, Edgar Faure ou François Mitterrand. Il a, cependant, des difficultés à subsister depuis la fin du XXème siècle. En effet, composé de seulement 17 sénateurs en 2011, il n’en a plus que 13 depuis septembre 2014. A ce rythme, le clivage droite/gauche pourrait bien s’imposer totalement en France dans quelques années.

Pourtant, s’il est absolument incontournable, le clivage droite/gauche a néanmoins toujours été contesté4. Les doutes quant à la réalité de son effectivité en tant que ligne de partage sont d’autant plus grands, que le contenu qui constitue les oppositions droite et gauche est en perpétuelle évolution.

Pour ne retenir que les trente dernières années, il faut noter que le clivage est bien moins net depuis le milieu des années 1980 et le « tournant de la rigueur ». La gauche d’opposition des années 1970, puis la gauche au pouvoir du début des années 1980, avait des positions très identifiables politiquement : nationalisations, lutte contre l’enseignement privé (et, par conséquent, contre la religion catholique), fort interventionnisme étatique, abolition de la peine de mort, réduction du temps de travail à 39 h, 5ème semaine de congés payés, retraite à 60 ans, augmentation des salaires, relance par la consommation, etc. Les résultats économiques de la mise en œuvre de cette politique ont été très difficiles pour la France : la monnaie a été très attaquée sur les marchés internationaux5, une importante fuite des capitaux, un déficit budgétaire handicapant et un endettement croissant inquiétant ont contraint le gouvernement à modifier ses positions. La gauche a alors changé de politique économique à partir de mars 1983 sous l’impulsion du ministre de l’Economie et des Finances, Jacques Delors, qui amorce une politique économique plus proche de celle de la droite.

A partir de ce changement, les grandes lignes de la politique économique ne seront plus autant marquées. Certes, la droite va privatiser en 1986 des entreprises qui ont été nationalisées en 1981-1982, mais ensuite les différences vont s’atténuer : la gauche ne va pas renationaliser en 1988 ; elle va même privatiser de très nombreuses entreprises sous la direction de Lionel Jospin au tournant des années 2000.

La droite elle aussi se modifie : le gaullisme qui ne se réclamait pas « de droite » a une dimension sociale plus forte que la tradition classique de la droite en la matière. Cette tradition sociale gaulliste a perduré sous les présidences ultérieures ; sur ce point, la droite a donc évolué.

Pour ce qui concerne les dix dernières années, Nicolas Sarkozy, en tant que Président de la République, a également transformé la notion de droite, tout au moins au début de son mandat. Sa politique « d’ouverture » pratiquée durant les deux premières années a, en effet, un peu plus brouillé le clivage droite/gauche. Cependant, les trois dernières années de son mandat, ainsi que sa campagne présidentielle de 2012, ont redonné un coup de barre à droite toute.

Si l’on prend de la distance avec les événements -avec toutes les exceptions que cela implique-, on peut noter que depuis près de 40 ans en France, chaque camp alterne des périodes d’opposition, durant lesquelles il se recentre sur son idéologie fondatrice, avec des périodes de pouvoir, durant lesquelles il pratique une politique plus centriste. On pourrait donc croire que chaque camp passe ainsi la moitié de son temps à affirmer la justesse de ses positions et l’autre moitié de son temps à faire l’inverse de ce qu’il vient de proclamer.

Cette affirmation critique n’est pas totalement exacte car les thèmes évoluent avec les années ainsi que les positions de chaque camp.

Par ailleurs, il faut bien constater que plusieurs thèmes classiques d’affrontements violents entre la droite et la gauche disparaissent progressivement : la gauche de gouvernement a renoncé aux nationalisations, à la suppression de l’enseignement privé et la rigueur budgétaire s’impose aujourd’hui à la gauche qui y est traditionnellement hostile. Quant à la droite, elle s’est ralliée à la République depuis des décennies, à la décentralisation, à l’abolition de la peine de mort et elle ne remet plus en cause aussi clairement qu’il y a encore 10 ans, les 35 heures ou l’ISF. En d’autres termes, la question des institutions n’est plus clivante, ni la religion, ni la question scolaire, ni la question européenne ; quant à la politique économique, les marges de manœuvre sont tellement restreintes que la notion même de choix politique semble s’effacer en économie.

Au plan des partis politiques, il existe également une contestation du clivage droite/gauche et de son existence. Cette contestation vient essentiellement des forces classées « à droite » qui parfois refusent ce classement qui leur est attribué. Les forces politiques classées à gauche ne le refusent jamais et, au contraire, le revendiquent, la plupart du temps, haut et fort. Les Gaullistes, à commencer par le général de Gaulle, classés à droite par leurs adversaires, refusent parfois ce classement en déclarant, avec diverses variantes, que le gaullisme n’est ni de droite ni de gauche, mais pour la France.

Etrangement, alors que le clivage droite/gauche a toujours été contesté, il n’a cependant jamais été supprimé ni remplacé. Il n’a pas non plus cessé d’être utilisé depuis le milieu du XIXème siècle. Cette surprenante vitalité n’est, cependant, pas totalement paradoxale.

En effet, au plan individuel, l’identification des citoyens à un bord politique reste très forte et très marquée : quelqu’un « est » de droite ou de gauche et cette appartenance est en partie héréditaire, parfois plurigénérationnelle. En tant que marqueur, en termes d’image, l’attribution à un camp ou à un autre reste forte. Le clivage droite/gauche conserve, de ce point de vue, un fort pouvoir discriminant. Certes, tous les individus ne s’identifient pas nettement et clairement à un camp, mais cette identification demeure très fréquente. En ce sens, le clivage droite/gauche conserve, aujourd’hui encore, un côté presque émotionnel et affectif.

Cependant, au plan individuel toujours, ce clivage est aujourd’hui nettement moins marqué sociologiquement qu’il ne l’était par le passé. Les professions ou les catégories sociales sont de moins en moins rattachables à un bord politique. Cette règle est plus évidente pour la gauche : les ouvriers ne sont plus nécessairement de gauche comme dans les années 1960 ou 1970. Depuis les élections de 2012, et cela se pressentait auparavant, le premier parti ouvrier de France est désormais le Front National ; quant aux enseignants, ils ne sont plus de gauche comme ils l’étaient aux débuts de la IIIème République, etc.

Pour les professions de droite, il reste néanmoins quelques valeurs sûres : les policiers, les militaires, les chefs d’entreprise ou encore les notaires pour ne citer qu’eux, qui sont, traditionnellement, classés à droite. Le temps ne semble guère avoir de prise sur cet état de fait.

Demeurent également des indicateurs forts de l’appartenance à la droite ou à la gauche. L’existence de ces indicateurs, rarement contestés, semblent attester par voie de conséquence de l’existence du clivage lui-même. En effet, ceux qui se réclament des valeurs de l’ordre, de la famille, de l’autorité, de la préservation de l’identité nationale et des traditions se classent essentiellement à la droite du spectre politique. A l’inverse, ceux qui mettent en avant les valeurs d’ouverture, de tolérance, du respect du pluralisme et des libertés se classent volontiers à gauche.

Il faut enfin noter que l’effacement apparent du clivage droite/gauche parmi les partis de gouvernement a renforcé des partis plus extrêmes, tant à droite qu’à gauche. Ces partis réaffirment alors le clivage et viennent le renforcer par des positions moins timorées, voire parfois, très marquées au plan économique ou sociétal (opposition très ferme au mariage pour tous).

En conclusion, il faut donc admettre que, malgré toutes ses imprécisions et ses imperfections, le clivage droite/gauche correspond à une réalité à la fois politique et historique. Il s’agit d’un clivage simplificateur mais qui a le mérite d’être utile et pratique. Ce clivage, précisément car il est large et imprécis, a le mérite de s’adresser à tout le monde. Il agrège simultanément plusieurs valeurs et regroupe plusieurs types de données touchant à l’économie, à la relation à l’Etat et à sa prédominance (Etat fort/Etat faible) ou encore à des valeurs morales mises en avant par l’un ou l’autre camp. De ce fait, les variations d’un pays à l’autre sont très grandes. Mais parce que ce clivage est très simplificateur, il possède une grande force : il structure les opinions des individus et les éclaire pour leurs choix politiques. Ce point est essentiel dans une démocratie : grâce au clivage droite/gauche, des choix politiques généraux relativement clairs peuvent être effectués par les électeurs.

Pour aller plus loin :

Rémi Lefebvre, Leçons d’introduction à la science politique, Ellipses, 2010 p. 158-162, p. 191-200, p. 272-274.

b. Autres clivages possibles

Si le clivage droite/gauche est incontournable, il ne constitue, cependant, pas le seul axe d’analyse possible de la vie politique d’un pays. D’autres analyses peuvent, en effet, se concentrer sur un thème particulier qui va constituer une ligne de partage entre plusieurs partis politiques.

§ 1. Le critère Etat fort ou Etat faible

Parmi ces différents critères envisageables, le critère Etat fort / Etat faible est très utile. Certains partis politiques se prononcent, en effet, en faveur d’un Etat très fort, très interventionniste comme les communistes ou encore le Front National. On a rarement l’occasion de classer le Front National et les communistes dans la même catégorie et c’est tout l’intérêt de ce critère : ces deux partis (et d’autres bien sûr) partagent en commun une même conception de l’Etat. Cette conception commune de l’Etat, ajoutée à d’autres éléments comme un discours volontiers simplificateur ou la désignation de boucs émissaires source de tous les malheurs des militants (les patrons pour les communistes, les étrangers pour les frontistes), explique que dans les années 1980 et 1990 on ait assisté à des départs de militants qui sont passés directement du parti communiste au Front National. Alors que de prime abord, sur un axe droite/gauche classique, les communistes et le Front National sont à l’opposé l’un de l’autre, leur proximité sur la notion d’Etat fort les réunit. Alors que le parti communiste déclinait, et que le Front National s’affirmait, des militants, des adhérents et des électeurs sont ainsi passés de l’un à l’autre sans difficulté particulière. L’exemple le plus frappant est sans doute la catégorie des ouvriers qui votait très massivement communiste dans les années 1960 et 1970 et qui, vingt à trente plus tard, vote massivement Front National. Cette opposition Etat fort / Etat faible est très explicative de ces transferts qui, selon d’autres grilles d’analyse, peuvent sembler incroyables.

Illustration 15 : Le critère Etat fort / Etat faible dans la structure partisane en France

Illustration 15

Communistes                                                                  Anarchistes

Front National                                                                Ultralibéraux

                                                                                       Courants trotskistes

Le critère Etat fort/Etat faible peut également être utilisé pour les partis politiques qui prônent un Etat faible. Parmi ces partis, on retrouve les anarchistes et les ultralibéraux qui prônent un Etat faible, voire l’absence totale d’Etat. Sur ce point précis, les anarchistes et les ultralibéraux, qui sont pourtant très éloignés sur bien d’autres thèmes, se rejoignent.

Cette disposition, différente de l’axe droite/gauche, permet également de mieux comprendre l’opposition entre les communistes et les mouvements trotskistes. Ces derniers sont, en effet, en faveur d’un Etat faible et s’opposent très nettement aux communistes qui eux, au contraire, veulent un Etat fort. Sur ce point, leurs divisions sont donc mises en avant là où, sur un axe droite/gauche ordinaire, il est difficile de les distinguer puisque ces différents partis politiques sont tous classés à gauche du parti socialiste.

§ 2. Le critère religieux

Parmi les autres critères de classification des partis politiques, celui qui semble le plus important est très probablement le critère religieux. Ce critère évolue très sensiblement d’un pays à l’autre puisqu’il est totalement absent de certains pays comme la France, les Etats-Unis ou le Royaume-Uni pour ne citer qu’eux. En revanche, dans d’autres Etats, la présence de partis religieux ou de partis revendiquant un lien fort avec une religion constitue le critère essentiel d’explication des enjeux politiques.

Dans certains Etats, le lien affirmé entre un parti politique et une religion indique l’attachement du parti à des valeurs identifiables, mais le vote des électeurs n’est pas particulièrement représentatif d’une adhésion à cette religion en particulier. C’est évidemment le cas en Allemagne et en Italie avec la Démocratie chrétienne : tous les chrétiens ne votent pas nécessairement pour la Démocratie chrétienne et tous les électeurs de la Démocratie chrétienne ne sont pas nécessairement des chrétiens.

La présence du critère religieux parmi les partis politiques peut se faire sur la base d’une opposition entre les partisans d’un Etat religieux et les partisans d’un Etat laïque comme c’est le cas en Israël, par exemple. Israël est un pays officiellement laïque mais où la religion juive est à l’origine de la création de l’Etat. En Israël, le critère religieux constitue une clef de compréhension incontournable de la vie politique. Cette structuration était particulièrement marquante entre 2013 et 2015, alors que 12 partis politiques étaient présents à la Knesset, 8 se prononçaient directement sur les questions religieuses ou laïques.

 Illustration 16 : Le critère religieux dans la structuration politique d’Israël (2013-2015)

 Illustration 16

Depuis les élections de mars 2015, la situation est légèrement différente :

Illustration 17 : Le critère religieux dans la structuration politique d’Israël (2015-…)

 Illustration 17

Mais il existe d’autres pays où le choix n’est pas à effectuer entre deux options seulement (religieux/laïque) mais entre plusieurs options. C’est par exemple le cas en Irlande du Nord où on peut noter une opposition entre des partis protestants, des partis catholiques et des partis laïques.

Illustration 18 : Le critère religieux dans la structuration politique de l’Irlande du Nord

Illustration 18

On peut retrouver une structure comparable en Inde avec cette opposition entre trois pôles puisqu’une opposition peut être faite entre les partis hindous, les partis musulmans et les partis laïques.

Illustration 19 : Le critère religieux dans la structuration politique de l’Inde (1)

Illustration 19

Dans certains Etats de l’Inde on assiste même à des structurations plus complexes, puisque sur un même critère religieux peuvent exister quatre entrées : hindous, musulmans, sikhs et laïques. Les analyses se complexifient d’autant plus qu’en Inde existent, occasionnellement, des partis politiques de caste (infra) qui se superposent à ces oppositions religieuses.

Illustration 20 : Le critère religieux dans la structuration politique de l’Inde (2)

 Illustration 20

Cette dernière représentation, qui peut faire penser que les partis religieux sont éloignés les uns des autres, peut être trompeuse : sur certains textes, ces partis issus de différentes religions peuvent être d’accord. Si une loi en préparation visait à restreindre les libertés religieuses, tous ces partis se ligueraient contre le centre laïque.

Pour aller plus loin :

C. Debbasch, J.-M. Pontier, Introduction à la politique, 5ème éd, Dalloz, 2000, p. 310-312.

A. Cohen, B. Lacroix, P. Riutort (dir.), Nouveau manuel de science politique, éd. La Découverte, 2009 p. 276-277.

Y. Mény, Y. Surel, Politique comparée. Les démocraties Allemagne, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, 8ème édition, Montchrestien, 2009, p. 41-52.

§ 3. Le critère de l’allégeance nationale

Un autre clivage existe dans certains pays confrontés à une situation très particulière : le critère de l’allégeance d’un pays à un autre pays. Si la situation n’est pas très fréquente, elle est, cependant, assez facile à comprendre : un pays situé historiquement et culturellement entre deux pays hésite et se divise sur la question du rapprochement avec un pays voisin. La situation politique de l’Irlande du Nord fournit un bon exemple de ce type de divisions : certains partis souhaitent le rattachement à la République d’Irlande (les nationalistes), quand d’autres partis souhaitent le maintien au sein de la Grande-Bretagne. Enfin, certains partis ne se prononcent pas sur cette question.

Illustration 21 : Le critère de l’allégeance nationale dans la structure partisane de l’Irlande du Nord

 Illustration 21

Les partis principaux de la scène politique nord-irlandaise sont, du côté unioniste, l’Ulster Unionist Party et, le plus unioniste, le Democratic Unionist Party. Du côté nationaliste se trouvent le Social Democratic and Labour Party (SDLP) et, le plus nationaliste, le Sinn Féin.

Quelques partis ne se disent ni nationaliste ni unioniste, comme l’Alliance Party et le Green Party in Northern Ireland qui préfèrent se concentrer sur d’autres sujets. Quant aux travaillistes et aux conservateurs, les deux grands partis politiques du Royaume-Uni, ils ont presque totalement disparu de la scène politique nord-irlandaise.

En Ukraine, les partis politiques pouvaient également être classés sur un axe de ce type avant que le pays n’implose politiquement, puis militairement, dans les premiers mois de l’année 2014, précisément du fait de cet écartèlement constant de l’Ukraine entre les partisans d’un rapprochement plus fort avec la Russie et les partisans d’un rapprochement avancé avec l’Union Européenne. Après plusieurs alternances politiques assez violentes, entre la chute du mur de Berlin et novembre 2013, le Président pro-Russes Viktor Ianoukovytch refuse de signer un accord de rapprochement avec l’Union Européenne, ce qui engendre de grandes manifestations qui aboutissent à sa fuite en Russie, puis à sa destitution (ou à un coup d’Etat, selon le point de vue adopté). Les régions orientales (pro-Russes) de l’Ukraine font alors sécession et exigent leur rattachement à la Russie. La Crimée est rattachée manu militari à la Russie et d’autres régions de l’Ukraine basculent dans un conflit armé, les sécessionnistes étant soutenus militairement par la Russie. Les Américains et les Européens soutiennent, pour leur part, les régions occidentales de l’Ukraine, mais ce soutien est plus diplomatique que militaire.

Illustration 22 : Le critère de l’allégeance nationale dans la structure partisane ukrainienne (simplification ; en vigueur avant novembre 2013)

Illustration 22

Il peut également exister une version un peu différente de ce même critère de l’allégeance nationale sur la question de l’indépendance ou de l’autonomie d’une région.

Ainsi l’Assemblée de Corse élue en 2010 (équivalent du conseil régional) comprend des partis politiques classiques en France : PS, UMP, PC mais existent également des partis politiques purement locaux qui se prononcent essentiellement sur le critère de l’indépendance de la Corse : Femu a Corsica et Corsica Libera.

En 2010, au moment de leur élection, les 51 conseillers régionaux de l’assemblée de Corse se répartissaient ainsi :

Gauche : (24 membres)

Gauche : Démocrates, socialistes et radicaux : 10 membres

Gauche républicaine : 4 membres

Corse social-démocrate : 4 membres

Communistes et citoyens du Front de gauche : 6 membres

Nationalistes : (15 membres)

Nationalistes « modérés » : Femu a Corsica : 11 membres

Nationalistes « volontaristes » : Corsica Libera : 4 membres

Droite : (12 membres)

UMP : Rassembler pour la Corse : 12 membres

Ce qui dans le cadre d’une présentation sur le critère de l’allégeance nationale donne la représentation suivante :

Illustration 23 : Le critère de l’allégeance nationale dans l’Assemblée de Corse

Illustration 23

§ 4. Le critère de l’origine géographique ou culturelle

Sur certaines scènes politiques particulières, le critère de l’origine peut être un critère de distinction des partis politiques les uns par rapport aux autres. Les pays concernés par ce type de distinction sont des pays dans lesquels l’immigration est forte (Israël) ou des pays ayant de nombreuses minorités nationales (le Kosovo).

Dans un contexte historique et politique différent, on a également pu assister à la création du parti des réfugiés en Allemagne de l’Ouest à la fin des années 1940. Ce parti réunissait des Allemands qui avaient en commun une origine géographique située en dehors de l’Allemagne avant la deuxième guerre mondiale (Pologne, Sudètes, Tchécoslovaquie, Königsberg…). L’hostilité rencontrée par ces populations après 1945, en a contraint beaucoup à tout quitter pour émigrer en Allemagne où ils furent confrontés aux mêmes difficultés : logement, travail, etc. et incités à regrouper leurs revendications dans le bloc des réfugiés. Ce parti obtint des succès politiques assez importants dans les années 1950 (supra partis spécialisés) avant de disparaître, en partie à cause du seuil électoral fixé aux élections du Bundestag.

En Israël, pays à forte tradition d’immigration, on peut également utiliser le critère de l’origine pour distinguer les partis politiques les uns des autres. Ce critère devient, dans le cadre de la scène politique israélienne, une des scènes politiques les plus complexes de la planète, un critère unique à cinq entrées : on peut ainsi distinguer les partis arabes, russes, séfarades et ashkénazes à opposer aux sabras (Israéliens nés en Israël ou issus de familles qui vivaient en Palestine avant 1948). Les élections de mars 2015 ont légèrement modifié la donne. En effet, l’augmentation du seuil électoral à 3,25 % a eu pour effet de contraindre les plus petits partis à se regrouper pour éviter d’être éliminés. Quatre partis arabes se sont ainsi regroupés en se basant sur ce critère de l’origine pour les élections de 2015, ils ont formé la Liste Unifiée formée de quatre partis : le parti communiste Hadash, le Mouvement islamique (branche sudiste), la Liste arabe unie-Ta’al et les nationalistes de Balad. Si le corpus idéologique de ce parti est donc tout sauf unifié, ce parti s’entend sur ce qui leur semble essentiel : la défense des intérêts des Arabes israéliens. Ce critère a d’ailleurs rencontré un fort succès populaire puisque ce parti Liste Unifiée est arrivé en troisième position aux élections de mars 2015.

En dehors de ce regroupement, la situation issue des élections de 2013 n’a guère évolué : on peut toujours regrouper les partis politiques sur le critère de l’origine culturelle ou géographique selon cinq entrées et le représenter comme suit :

Illustration 24 : Le critère de l’origine dans la structuration politique israélienne (2013-2015)

Illustration 24

Le summum en matière de complexité est atteint au Kosovo. En effet, dans le cadre d’une situation historique et politique particulière, le critère de l’origine est également utilisé au Kosovo par beaucoup de partis politiques qui peuvent ainsi se différencier les uns des autres. Au Kosovo, ce critère est d’autant plus important que 20 sièges sur 120 sont réservés au Parlement pour les minorités6. Ainsi, en créant un parti fondé sur l’origine culturelle, quelques centaines de voix peuvent suffire pour obtenir un élu7.

Ainsi pour les élections de juin 2014 de l’Assemblée du Kosovo (chambre unique du Parlement kosovar), 30 partis politiques différents se sont présentés et 15 partis politiques différents ont obtenu des élus. Ces élus peuvent être regroupés selon le critère de l’origine des partis politiques selon un axe à 8 entrées différentes :

  • Partis albanais : Parti Démocratique du Kosovo (37 députés), Ligue Démocratique du Kosovo (30 députés), Auto-Détermination (16 députés), Alliance pour le Futur du Kosovo (11 députés), Initiative Civique pour le Kosovo (6 députés), Parti Démocratique du Progrès (1 député), Nouveau Parti Démocratique (1).
  • Parti serbe : Liste Serbe (9 députés).
  • Parti turc : Parti Démocratique Turc du Kosovo (2 députés).
  • Partis bosniaques : Coalition Vakat (2 députés).
  • Partis ashkalis : Parti Démocratique Ashkali du Kosovo (1 député), Parti Ashkali pour l’Intégration (1 député).
  • Parti goran : Coalition pour Gora (1 député).
  • Parti rom : Nouveau Parti Kosovar Rom (1 député).
  • Parti égyptien : Parti Egyptien Libéral (1 député).
§ 5. Le critère du fédéralisme

L’organisation interne de l’Etat peut également faire l’objet d’un critère politique important, principalement sur la question du fédéralisme. A ce fédéralisme, il est possible d’opposer deux notions : soit la centralisation au moyen d’un Etat unitaire centralisé et fort comme en France, par exemple, soit, au contraire, d’opposer des Etats fédérés plus forts et donc de tendre vers une structure plus confédérale. Ces deux cas se sont présentés mais ils restent rares. A la connaissance de l’auteur de ces lignes, il n’y a pas actuellement de partis politiques qui se soient spécialisés sur ce thème au point de nommer leur parti politique sur ces questions et d’en faire leur cheval de bataille principal. Il ne semble pas non plus exister de pays dont la vie politique se partage sur ce thème.

Pour bien des pays cependant, ce thème du fédéralisme et les questions de répartition des compétences entre la fédération et les Etats fédérés fait l’objet de débats, parfois vigoureux, au sein de toutes les formations politiques. La question de l’organisation de l’Etat, du poids de l’Etat fédéral ou parfois des volontés autonomistes est ainsi récurrente notamment en Belgique et en Espagne. Ces questions sont également posées, de façon plus pondérée, aux Etats-Unis et en Allemagne.

Historiquement néanmoins, ce critère du fédéralisme a été structurant dans la vie politique de quelques rares pays. C’est bien évidemment aux Etats-Unis que cette question s’est posée en premier dès la fin du XVIIIème siècle, après la fin de la guerre d’indépendance. Le federalist party (parti fédéraliste) a ainsi été créé en 1792 et a dirigé les Etats-Unis durant toute la décennie 1790. Son programme se résume à quelques points marquants dont une structure fédérale plus forte et plus présente. Ses figures de proue : George Washington (premier Président américain), John Adams (deuxième Président américain), Alexander Hamilton (juriste créateur du journal The Federalist) ont marqué toute l’histoire américaine.

Ce parti s’est opposé au parti républicain-démocrate créé aux alentours de 1792 qui prône, pour sa part, un pouvoir plus fort en faveur des Etats fédérés. Ce parti ne milite pas directement en faveur d’un anti-fédéraliste mais davantage en faveur d’une interprétation plus confédérale de la constitution américaine.

Les deux figures marquantes des républicains-démocrates Thomas Jefferson et James Madison seront respectivement les troisième et quatrième Présidents des Etats-Unis.

Ces deux partis vont péricliter dans les années 1810 avant de disparaître dans les années 1820-1824 et d’être remplacés par d’autres partis politiques qui vont s’orienter vers d’autres thèmes, le fédéralisme faisant l’objet d’un consensus minimal permettant un modus vivendi.

Illustration 25 : Le critère du fédéralisme dans la structure partisane américaine (1790-1820)

Illustration 25

Parti fédéraliste (1792-1820)        Parti républicain-démocrate (1792-1824)

Un autre pays a vu sa vie politique orientée autour des mêmes thématiques au début du XIXème siècle : l’Argentine. En effet, après la fin de la domination espagnole, un débat s’engagea sur les nouvelles institutions et deux partis politiques s’opposèrent : le parti fédéraliste (partido federal, 1816-1868) et le parti unitaire (partido unitario 1816-1862). Ces deux partis argentins se sont opposés un demi-siècle durant. La question de l’organisation de l’Etat argentin en Etat unitaire centralisé ou en Etat fédéral fut la principale pomme de discorde jusqu’en 1831. A partir de 1831, cette question fut tranchée en faveur des fédéralistes et le déclin du parti unitaire fut flagrant. Si le parti subsista encore une trentaine d’années, ce ne fut plus directement sur ce thème.

Ce clivage relatif à l’organisation de l’Etat semble devoir être un clivage de la vie politique à un moment particulier de son évolution : dans les années de création. Une fois le débat tranché, cette division thématique a vocation à disparaître. Elle peut, cependant, réapparaître en cas de révolution ou si le pays nécessite une réorganisation profonde.

Dans le cadre de l’évolution européenne, ce clivage pourrait donc apparaître comme clivant et être formalisé. Certains partis se prononcent déjà clairement sur ces points, ils n’ont pas encore été jusqu’à l’intégrer dans leur nom de parti.

§ 6. Le critère des castes en Inde

Dans certains Etats fédérés d’Inde, le critère des castes peut encore resurgir lors de la composition des partis politiques. Certes depuis 1947, les discriminations fondées sur les castes sont interdites mais, dans les faits, certains comportements d’exclusion demeurent ce qui explique que certaines castes s’organisent politiquement pour améliorer leur sort. C’est en particulier le cas des basses castes et des intouchables qui se situent en dehors du système des castes. Ainsi le Bahujan Samaj Party, localisé essentiellement au nord de l’Inde, se focalise essentiellement sur la défense des basses castes et des intouchables. Ce parti n’a pas d’influence notable au niveau fédéral mais il a dirigé, seul ou en coalition, l’Uttar Pradesh (L’Etat le plus peuplé de l’Inde avec 200 millions d’habitants) entre 1995 et 2012.

On peut également trouver quelques partis très minoritaires au niveau fédéral qui sont composés sur ce critère des castes. En effet, dans la Lok Sabha (la chambre basse d’Inde), la présence de très nombreux partis politiques incite à des divisions sur des thèmes parfois très spécialisés et le critère des castes est de ceux-là, tout en restant, cependant, un critère qui apparaît loin derrière celui des options économiques ou celui de la composition fédérale. Parmi les 36 différents partis politiques présents depuis les élections de juin 2014 à la Lok Sabha, on peut signaler le Samajwadi Party (5 députés sur 545) qui se concentre essentiellement sur la défense des basses castes et des castes intermédiaires ainsi que le Rashtriya Jamata Dal (4 députés) qui, lui, est tourné vers la défense des intérêts des castes intermédiaires.

2. Les analyses multicritères

Etant donné que l’analyse de la structuration des partis politiques sur la base d’un seul critère ne donne jamais satisfaction -aucun critère ne permettant à lui seul d’expliquer les relations entre les partis-, il est logique de tenter de cumuler ces approches en effectuant une analyse mêlant simultanément plusieurs critères.

§ 1. La superposition de deux axes

Dans de rares cas, deux axes se superposent parfaitement. Ainsi, en Irlande du Nord, le critère de l’allégeance nationale entre les partis qui veulent le maintien de l’Irlande du Nord au sein de la Grande-Bretagne et ceux qui souhaitent son rattachement à la République d’Irlande se superpose parfaitement avec le critère religieux qui clive la société nord-irlandaise en catholiques et protestants.

Illustration 26 : Le cas d’une superposition parfaite de deux critères : l’Irlande du Nord

Illustration 26

Mais cette superposition parfaite de différents critères ne fait que mettre en lumière que, de façon logique, les protestants sont culturellement proches des britanniques alors que les catholiques sont proches des irlandais. Les partis politiques ainsi structurés ne font que refléter cette réalité bien connue. La superposition parfaite de deux axes n’a, par conséquent, qu’un intérêt très limité pour l’analyse.

§ 2. Le croisement de deux axes
Illustration 27 : Le croisement de deux critères : l’axe droite/gauche avec l’axe Etat fort/Etat faible (1)

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Il est bien plus fécond de croiser deux axes qui analysent des données différentes. C’est, en effet, non la superposition mais le croisement de deux axes qui permet d’élargir l’analyse et de mettre en lumière des caractéristiques qui apparaissent mal sur un seul axe. L’analyse pluri-critères la plus classique, et la plus parlante pour la France, est le croisement de l’axe droite-gauche avec l’axe Etat fort-Etat faible.

Cette présentation sur deux axes met mieux en lumière les distances et les proximités existant entre certains partis. Bien qu’étant très éloignés sur un axe droite/gauche, les communistes et le Front national ont de réels points communs sur leur conception de l’Etat : celui-ci doit être nécessairement fort.

Cette présentation met également en lumière les grandes distances existant entre les communistes et les anarchistes (le raisonnement analogue s’applique avec les trotskistes). Alors que sur un axe droite/gauche ces partis sont tellement proches qu’ils sont difficiles à dissocier, l’ajout de l’axe Etat fort/Etat faible montre une importante distance idéologique quant à leur conception de la place de l’Etat : les communistes désirent ardemment un Etat fort, alors que les anarchistes refusent un Etat fort, voire refusent l’existence même de l’Etat. Cette présentation permet de mieux comprendre pourquoi ces groupes se combattent idéologiquement alors qu’ils peuvent, à bien des égards, sembler proches.

En inscrivant d’autres partis politiques français sur ces deux axes, d’autres tensions apparaissent (schéma ci-dessous). La distance entre le Front national -partisan d’un Etat fort- et l’UDI -de tradition libérale- ressort davantage et permet de mieux comprendre les tensions entre ces deux partis, ainsi qu’entre les individus qui se situent aux extrêmes de chacun des deux partis. Le même raisonnement peut être appliqué entre certains membres de l’UMP, qui sont très proches de certains membres du Front national, quand d’autres membres de l’UMP en sont très éloignés. C’est ici la tension interne de l’UMP quant à ses relations avec le FN qui apparaît (flèches en plein).

Ressortent également ici les tensions au sein d’un même parti (flèche en pointillés). On peut noter que les tensions internes au sein des Verts, entre les partisans d’un Etat fort qui ferait appliquer des mesures écologiquement exigeantes, et les partisans d’un Etat très faible, sont grandes.

Illustration 28 : Le croisement de deux critères : l’axe droite/gauche avec l’axe Etat fort/Etat faible (2)

 Illustration 28
Cette même présentation sur deux axes permet également de faire ressortir les fortes tensions existant entre différentes idéologies qui toutes ont pour objectif la promotion de l’écologie. Précisons immédiatement que ces courants sont minoritaires voire ultra-minoritaires pour certains d’entre eux. Ils existent cependant tous et la divergence forte de leurs opinions permet de mieux comprendre qu’ils aient du mal à se coordonner et à mettre des moyens en commun pour atteindre leurs objectifs.

Illustration 29 : Les tensions entre quelques idéologies écologistes

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Ce schéma simplificateur mérite quelques explications et quelques développements. Ont été retenus ici quatre courants idéologiques de la sphère écologiste qui illustrent l’intérêt explicatif du croisement des deux axes. Cependant, ces courants ne sont pas représentatifs de l’ensemble des courants, ils en sont au contraire les plus extrêmes et, par conséquent, ceux qui réunissent le moins de militants. En revanche, leurs idéologies extrêmes font de ces courants des courants étudiés, commentés, cités et de ce fait ils ont une influence malgré tout.

Le courant écofasciste a été initié involontairement par Hermann Göring qui, en tant que Reichsjägermeister (grand veneur du Reich), a été à l’origine de lois protectrices de la nature pour protéger l’habitat naturel de plusieurs espèces animales afin de pouvoir continuer à les chasser. Cette vision, très particulière, de la protection de l’environnement est axée sur une intervention forte et dirigiste de l’Etat. Le terme « écofasciste » doit être manié avec de grandes précautions car, non seulement il est connoté négativement et employé comme une insulte, (à l’instar du terme « fasciste »), mais, de plus, il n’est quasiment jamais employé par ceux qui sont classés au sein de ce courant. Par exemple, la figure tutélaire actuelle de cette tendance, Pentti Linkola, un pêcheur finlandais, écrivain controversé connu pour ses thèses extrêmes et très polémiques, ne se définit pas lui-même comme « écofasciste ». S’il est régulièrement classé comme écofasciste c’est en raison de l’extrémisme de ses thèses8.

L’écofascisme qui, une fois encore, n’est pas uni, a pour objet la réalisation d’objectifs écologiques draconiens sans le consentement des populations, avec comme moyen principal une réduction drastique de la population (éventuellement en pratiquant au passage l’eugénisme)9.

Le courant écosocialiste est sans conteste à gauche. Son placement est effectué d’ordinaire en faveur d’un Etat fort, car les thèses de l’écosocialisme se fondent avant tout sur les écrits de Karl Marx dans le cadre d’une relecture écologiste. Toutefois, d’autres courants de la gauche radicale, comme le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) ayant pour figure connue Olivier Besancenot, qui prône bien davantage un Etat faible qu’un Etat fort, se réclame également de l’écosocialisme.

Les écosocialistes sont anticapitalistes, ils considèrent que la protection de la nature est incompatible avec le système capitaliste qui a pour objet la maximisation du profit qui passe par le productivisme à outrance, détruisant au passage l’environnement. En France, l’auteur le plus connu de ce courant est Michael Löwy, un universitaire franco-brésilien. Est également connu, quoique dans un registre différent, l’humoriste Marc Jolivet qui appelle régulièrement à une « dictature écologique ».

Ce courant dans lequel se mêlent Etat fort et objectifs écologiques draconiens est régulièrement surnommé les « Verts rouges » en raison de leur engagement à gauche ; il est parfois surnommé les « khmers verts » par ses détracteurs, en référence aux khmers rouges, en raison de son jusqu’au-boutisme.

L’anarchisme Vert est, sans contestation possible, à classer au sein des partisans d’un Etat faible voire très faible. Le classement à gauche de l’échiquier politique de l’anarchisme, fût-il Vert, ne pose guère plus de difficultés. Les sources de cette mouvance remontent au milieu du XIXème siècle, quelques auteurs célèbres comme Henry David Thorau, Elisée Reclus ou Léon Tolstoï ayant déjà développé des aspects en ce sens. La source intellectuelle première de ces courants est une contestation de l’autorité de l’Etat, de la domination des riches au moyen de l’Etat qui impose une domination de la nature. Ce refus de la domination, tant de l’Etat sur les Hommes, que des Hommes sur la nature se traduit ensuite en plusieurs courants dont la plupart prônent un retour de l’Homme à une niche écologique plus restreinte, un refus de la technologie, l’auto-organisation et le mutualisme. Une multitude de courants très divers dans leurs formes participent à ce mouvement très hétérogène qu’est l’anarchisme Vert, certains sont très philosophiques comme l’anarcho-primitivisme, d’autres sont très concrets comme le véganisme, d’autres encore organisent des nouvelles formes de structures sociales comme les bio-régionalistes, d’autres enfin se situent sur un plan encore différent comme le naturisme.

Il existe parmi les biorégionalistes une tendance qui n’est pas susceptible d’être anarchiste : les biorégionalistes écofascistes. Ici encore, il s’agit d’une dénomination qui est davantage une étiquette attribuée par des adversaires, qu’un étendard politique. La doctrine première du biorégionalisme est de diminuer l’empreinte écologique en adoptant des circuits courts de production au sein d’un écosystème : la biorégion. Cet écosystème propre favorise un lien fort entre les habitants et leur environnement. Le biorégionalisme favorise des structures politiques locales qui, pour certaines d’entre elles, vont se tourner vers l’anarchisme mais qui, pour d’autres, vont avoir pour conséquences le refus des étrangers et l’isolement. Cette dernière tendance est sans doute davantage une dérive de type sectaire qu’un mouvement politique à proprement parler.

§ 3. Le croisement de trois axes : une représentation difficile

Au plan théorique, il est possible d’enrichir l’analyse en faisant des schémas toujours plus précis mais toujours plus compliqués, tant à réaliser, qu’à interpréter. Il est, en effet, possible de croiser trois axes en faisant intervenir une troisième dimension.

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Malheureusement, une telle réalisation est techniquement délicate à opérer car la représentation graphique des volumes des partis politiques s’avère ardue. C’est regrettable car une telle réalisation pourrait être explicative dans certains cas. On songe en particulier ici à la vie politique israélienne qui pourrait faire apparaître des configurations intéressantes à analyser en retenant soit : l’axe droite/gauche, l’axe Etat fort/Etat faible et l’axe religieux soit en retenant : l’axe droite/gauche, l’axe religieux et l’axe de l’origine géographique ou culturelle.

Notons au passage, que si quatre axes peuvent expliquer la vie politique israélienne, il serait également utile de les représenter en une seule fois. Malheureusement une telle représentation relève de la gageure.

Pour aller plus loin :

Y. Mény, Y. Surel, Politique comparée. Les démocraties Allemagne, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, 8ème édition, Montchrestien, 2009, p. 33-64.

II. Les systèmes de partis

1. Présentation et enjeux

Les systèmes de partis décrivent les relations tantôt d’opposition, tantôt de coopération qui existent entre les partis politiques agissant au sein d’une même société politique.

En retenant cette définition, il s’avère que les systèmes de partis sont nationaux, c’est-à-dire propres à une scène politique clairement délimitée. Des variantes locales sont donc possibles selon les pays. C’est en particulier le cas lorsque la structure territoriale favorise une forme d’autonomie ou lorsque des spécificités ou des revendications locales sont présentes. En Suisse, par exemple, il existe quatre grands partis au niveau confédéral mais certains partis sont également présents au niveau local, au niveau des cantons. Ces partis locaux sont souvent des partis politiques relativement éphémères qui arrivent à cristalliser des envies locales, à avoir des élus locaux, parfois même en grand nombre mais qui peinent à s’implanter durablement et n’arrivent que rarement à s’implanter au niveau confédéral. Des partis locaux existent également dans de nombreuses régions ayant des spécificités historiques ou des identités fortes : Irlande du Nord, Ecosse, pays de Galles, Corse, pays basque espagnol, Québec. Au Canada, la dissociation entre la scène fédérale et les scènes politiques locales est marquée : chaque province ou territoire possède ses propres partis politiques et son système de partis, même si les principaux partis au niveau fédéral sont, la plupart du temps, liés aux partis qui sont présents au plan provincial.

Si les systèmes de partis décrivent une situation locale ou nationale, on peut néanmoins utilement effectuer une typologie de ceux-ci pour mieux les analyser. D’autre part, les systèmes de partis ne sont pas figés dans le temps, ils décrivent une situation nationale à un moment donné.

Les relations entre les partis politiques peuvent être conflictuelles ou de coopération. Quant aux alliances, ou aux ruptures d’alliances, elles se font en fonction du nombre de partis, de leur puissance respective, de leur place sur l’échiquier politique, des enjeux… Ces alliances sont formées à des moments clefs qui varient selon les pays. Ainsi en France sous la Vème République, il est classique que les coalitions soient effectuées sur la base d’alliances préélectorales dont les modalités sont définies avant que l’élection ne se tienne (listes communes et programmes communs sont les points les plus cruciaux). On a plusieurs exemples historiques de telles alliances : l’union de la gauche dans les années 1970 ou la gauche plurielle (1997-2002) ou encore les alliances RPR-UDF qui unissaient la droite dans les années 1980 et 1990.

D’autres pays pratiquent plus volontiers les alliances post-électorales, c’est-à-dire après les élections, lorsque les électeurs ont déjà tranché et que sont fixés les rapports de force entre les protagonistes. Les alliances post-électorales sont d’ailleurs plus répandues que les alliances pré-électorales, elles sont, par exemple, utilisées en Allemagne, en Israël, en Suisse, en Italie ou, éventuellement, en Grande-Bretagne (gouvernement Cameron I).

Qu’il s’agisse d’alliances pré-électorales ou post-électorales, il existe nécessairement des avantages et des inconvénients à chaque système. Les alliances pré-électorales se basent, par définition, sur des prévisions toujours sujettes à discussions que la réalité électorale remet régulièrement en question une fois passée l’épreuve du suffrage. Mais cet inconvénient, cet équilibre instable des forces, est contrebalancé par le temps de la négociation qui peut être long et posé si les partis s’organisent longtemps à l’avance. Les alliances post-électorales se font à la suite d’élections durant lesquelles les futurs partenaires peuvent s’être affrontés rudement durant plusieurs semaines ce qui complique les négociations alors qu’il faut construire un gouvernement, de préférence rapidement. Les alliances pré-électorales ont un avantage évident du point de vue des électeurs : ils savent, au moment du vote, qui souhaite s’allier avec qui et sur quel programme. Dans les pays qui utilisent les alliances post-électorales, au contraire, lorsque les électeurs votent ils ne savent pas encore quelles seront les alliances ni les programmes de gouvernement. Ceci créé des incertitudes d’autant plus grandes que le nombre de parti est élevé comme cela est le cas en Israël car de très nombreuses combinaisons sont envisageables.

Il convient également de noter que certains partis refusent toute alliance avec d’autres partis, la plupart du temps pour des raisons idéologiques. L’exemple du Front national a longtemps été typique de ce type de refus, renforcé, il est vrai, par le refus des autres partis politiques de s’allier avec le FN.

Les ruptures d’alliances sont en revanche rarement prévues à l’avance.

2. Les systèmes bipartisans : clarté et stabilité… a priori

Contrairement à une idée préconçue, dans un système bipartisan il n’existe pas seulement deux partis dans le paysage politique concerné. En revanche, seuls deux partis exercent une influence déterminante sur le pouvoir. Concrètement, ces deux grands partis alternent au pouvoir et les autres partis qui existent n’exercent qu’une influence secondaire, et pour tout dire, résiduelle sur le système politique concerné. Les systèmes bipartisans sont présents essentiellement dans les anciennes colonies britanniques : Etats-Unis, Grande-Bretagne, Australie, Nouvelle-Zélande et Canada dans une large mesure (infra). Ce système est fondé sur l’alternance plus ou moins régulière des deux partis ; cette alternance est en général assez rapide.

Le bipartisme « pur »10 est, par conséquent, très rare : seuls les Etats-Unis ont un système politique qui s’approche du bipartisme pur. En effet, il n’y a aux Etats-Unis quasiment aucun élu du Congrès qui n’appartient ni aux démocrates, ni aux républicains. Pour ce qui concerne les élections présidentielles, certes aucun candidat en dehors des démocrates et des républicains n’a la moindre chance de l’emporter mais ces élections voient s’opposer systématiquement plus de deux candidats depuis 150 ans (à l’exception de l’élection 1952)11. En moyenne depuis 1900, il y a cinq candidats à chaque élection présidentielle américaine mais les résultats cumulés des candidats autres que démocrates et républicains étant généralement inférieurs à 1 %12, on peut parler de bipartisme pur.

En dehors des Etats-Unis, on trouve au Royaume-Uni un système bipartisan bien ancré puisqu’il n’y a eu que des Premiers ministres conservateurs ou travaillistes au pouvoir depuis la première guerre mondiale. Le dernier Premier ministre en poste à n’avoir été ni conservateur ni travailliste est David Lloyd George (1916-1922) qui était un libéral. Quant aux ministres, ils sont presque toujours issus des deux partis principaux. Il existe, cependant, quelques rares exceptions de gouvernements de coalitions : les gouvernements d’avant-guerre et durant la deuxième guerre mondiale. Ainsi le gouvernement de Ramsay MacDonald (1931-1935) comprenait des ministres travaillistes, conservateurs et libéraux, comme ce fut le cas pour les gouvernements Stanley Baldwin (1935-1937), Neville Chamberlain (1937-1940) et Winston Churchill (1940-1945). En dehors de ces périodes, il n’existe qu’une seule exception : le gouvernement David Cameron I (2010-2015) qui était un gouvernement conservateur mais qui comprenait des ministres libéraux-démocrates (lib-dem). La présence d’un système bipartisan en Grande-Bretagne est donc incontestable en dépit des interrogations qu’a suscité la situation exceptionnelle de la coalition au pouvoir de 2010 à 201513.

Quel que soit le pays concerné, le mode de scrutin est fondamental pour la création et le maintien d’un système bipartisan. Le mode de scrutin majoritaire à un tour est très brutal pour les petits partis et pousse, par conséquent, au regroupement autour de deux partis qui vont s’opposer mécaniquement l’un à l’autre. Le mode de scrutin joue, par conséquent, un rôle de filtre pour limiter drastiquement la création de nouveaux partis politiques. Cette organisation a pour effet de créer des partis très larges qui souffrent régulièrement de scission internes.

Le bipartisme a deux conséquences essentielles. D’une part, les gouvernements se font sans coalition, ce qui renforce la discipline, car la discipline issue du parti s’ajoute à la discipline issue de l’autorité du gouvernement. D’autre part, une frontière précise entre majorité et opposition est fixée. Ce second point, qui peut sembler logique et anodin, est pourtant précieux. En effet, dans des systèmes bipolaires mais multipartistes, des scissions peuvent voir le jour au sein de la coalition et on peut avoir des doutes sur le positionnement d’un parti : est-il encore dans la majorité ou est-il progressivement entreé dans l’opposition ? En France ce cas s’est présenté entre 1976 et 1981 avec un positionnement très ambigu du RPR. On a eu des équivalents avec le positionnement du parti communiste entre 1988 et 1993.

Dans un système bipartisan, les gouvernements s’appuient la plupart du temps sur des majorités fortes. Si une majorité n’est que relative (ce qui est rare), il est d’usage de procéder rapidement à une dissolution tactique du Parlement pour bénéficier de « l’état de grâce » et transformer ainsi la majorité relative en majorité absolue. Ce calcul fonctionne d’ordinaire bien. Ainsi au Royaume-Uni, Harold Wilson en 1974 transforma sa majorité relative issue des élections de février 1974 en majorité absolue à l’occasion des élections d’octobre 1974, suite à une dissolution. Au Canada, John Diefenbaker Premier ministre d’un gouvernement minoritaire en 1957, dissolut14 en 1958 (après 9 mois de gouvernement) ce qui lui donna une majorité importante. Dans un système bipartisan, si un gouvernement est minoritaire et qu’aucune dissolution n’est effectuée ni aucun coalition formée, le gouvernement est presque sûrement condamné. C’est ce qui est arrivé au gouvernement conduit par Joe Clark, Premier ministre du Canada à partir de juin 1979 qui a été renversé suite au refus d’une question de confiance sur le budget en décembre 1979. La dissolution consécutive à ce refus amena en février 1980 l’opposition, en la personne de Pierre Elliott Trudeau au pouvoir.

En d’autres termes, les gouvernements minoritaires dans les systèmes bipartisans ne perdurent jamais.

Le rôle des petits partis dans un système bipartisan pose question. En effet, alors qu’ils n’ont pas vocation à gouverner le pays, ils ne disparaissent pas pour autant du système politique. Leur rôle est autre. Ils peuvent jouer le rôle d’exutoire au mécontentement populaire et cette hypothèse est renforcée par le fait que les petits partis ont toujours de meilleurs résultats à l’occasion d’élections partielles (autrement dit, lors d’élections qui sont sans grandes conséquences politiques). Ces petits partis peuvent également contribuer à la représentation d’intérêts très spécifiques : partis écossais, gallois, irlandais, écologistes, nationalistes…

L’exercice du bipartisme sur le long terme suppose une culture nationale assez homogène sur l’ensemble du territoire. A défaut, le système bipartisan peut se transformer en multipartisme. Le Canada avec l’apparition en 1991 du Bloc québécois, parti indépendantiste du Québec, montre que de fortes revendications locales peuvent modifier la donne. Les très bons résultats du Bloc québécois entre 1993 et 2011 (il a obtenu systématiquement la majorité absolue des sièges du Québec) ont mis fin au système bipartisan parfait. Depuis 2011, les très mauvais résultats du Bloc québécois renvoient le Canada dans un système très proche du système bipartisan britannique.

Parmi les différences les plus notables entre systèmes pluripartisans et systèmes bipartisans, il faut souligner que dans un système bipartisan, c’est le parti qui est l’ultime décideur et non celui qui incarne ce parti. Dit en des termes plus clairs, ce n’est pas le Premier ministre qui décide véritablement mais son parti. Si ce parti le décide, il peut donc renvoyer le Premier ministre, même si celui-ci a gagné les élections haut la main. Le Premier ministre d’un système bipartisan a en fait deux ennemis : l’opposition -son ennemi officiel- et son opposition interne, qui peut parfois s’avérer bien plus dangereuse que l’opposition officielle. En 1957, Anthony Eden a été forcé par le parti conservateur de se retirer du gouvernement pour être remplacé par Harold Macmillan, suite à l’échec de la crise de Suez. Macmillan, à son tour, va être remplacé suite à l’affaire Profumo15 en 1963 par Alec Douglas-Home. Là encore, c’est le parti conservateur qui a contraint un Premier ministre à se retirer, celui-ci n’ayant plus ni la confiance des MPs, ni celle des militants. Ces remplacements ont eu lieu au sein du parti conservateur et en dehors de toute élection nationale. Margaret Thatcher en a à son tour fait l’amère expérience en 1990 : elle n’a pas été battue ou renvoyée du pouvoir par les travaillistes, elle a été renversée par les institutions de son propre parti qui l’ont renvoyée du jour au lendemain en raison de son impopularité (due à la poll tax). Qui plus est, ce renversement a été effectué en dehors de sa présence, pendant qu’elle était en voyage officiel à Paris ! Thatcher parvint, cependant, à éviter que Michael Heseltine, qui avait contribué à sa chute, lui succède au poste de Premier ministre et elle adouba son dauphin : John Major qui fut choisi pour lui succéder.

La même règle s’applique chez les travaillistes britanniques avec la même rigueur. Ainsi Tony Blair a lui été poussé vers la sortie en 2007, après dix ans passés au pouvoir, par Gordon Brown qui a ainsi pu lui succéder au 10 downing street.

3. Les systèmes multipartistes : entre désordre apparent et désordre réel

« Même quand elles gagnent, les coalitions réalisent toujours que leur triomphe est de courte durée »

Benjamin Disraeli

Le multipartisme repose sur la présence de plusieurs partis politiques (plus de deux) sur une même scène nationale. Les relations entre ces différents partis sont définies tant par les oppositions que par les alliances entre eux. Ces systèmes sont a priori moins stables et plus complexes à analyser que les systèmes bipartisans. Dès lors que les partis sont relativement nombreux (à partir de 4 ou 5 partis) il devient rare qu’un parti obtienne, à lui seul, la majorité absolue des députés et les gouvernements majoritaires monopartisans disparaissent pour laisser la place à des coalitions plus ou moins larges. La règle en la matière est que les coalitions sont d’autant plus faibles que le nombre de partis qui les composent est élevé. Cette règle comporte cependant quelques exceptions.

Il existe plusieurs formes de multipartisme que l’on peut cataloguer en forme polarisée ou non polarisée ou encore en forme symétrique ou asymétrique. Le cumul de ces deux critères créé, par conséquent, plusieurs situations différentes.

Le critère de polarité correspond au nombre de blocs de partis politiques (d’alliances) qui peuvent composer une majorité suffisante pour gouverner le pays. On retrouve ainsi régulièrement une forme bipolaire avec un bloc de partis, à droite de l’échiquier, et un autre bloc, à gauche. On peut également trouver des situations dans lesquelles il existe plus de deux pôles politiques et des situations dans lesquelles il existe un bloc central dans la vie politique. Ce critère de polarité est, de loin, le plus important pour classifier la vie politique d’un pays.

On peut néanmoins utiliser également le critère de symétrie qui correspond à une situation identique au sein de chaque pôle, c’est-à-dire avec autant de partis à droite qu’à gauche (en cas de situation bipolaire).

La forme la plus simple est très certainement la forme symétrique bipolarisée. Deux grands partis de droite alternent au pouvoir avec deux grands partis de gauche. On pourrait également avoir trois partis de droite alternant au pouvoir avec trois partis de gauche. Cette bipolarisation est une des formes les plus typiques de la Vème République, c’est l’alliance qui a prévalu de 1974 à 1997 et que l’on appelait généralement le « quadrille bipolaire ». Ce quadrille, cette danse à quatre partenaires, axée autour d’un axe droite/gauche a fonctionné longtemps car les alliances PS/PC à gauche et UDF/RPR à droite étaient assez solides (même si les chamailleries n’ont jamais manqué). En 1997, la « gauche plurielle » a également intégré un troisième partenaire principal : Les Verts, rompant ainsi la symétrie observée depuis un quart de siècle.

Cette forme n’exclut pas l’apparition d’autres partis politiques. Ainsi le FN est apparu et a obtenu des succès électoraux importants mais il n’a eu que très peu de parlementaires (sauf entre 1986 et 1988 pour des raisons électorales particulières) et n’a pas eu de ministres. On ne peut donc pas le compter comme parti de gouvernement.

La forme asymétrique bipolarisée est également facile à comprendre car elle est également pratiquée en France. Elle est créée lorsque deux pôles existent, mais que le nombre de partis composant chacun des deux pôles n’est pas identique. La Vème République a connu cette forme à plusieurs reprises comme, par exemple, de 1962 à 1974.

Entre 1997 et 2015, à grands traits, la forme bipolaire est présente avec une alternance de gouvernements issus de deux pôles : un pour la droite et un pour la gauche. Mais au sein de chaque pôle la composition n’est pas symétrique : à gauche, une coalition de deux ou trois partis principaux selon les périodes (PS et éventuellement Verts plus, parfois, le PCF) et avec, à droite, un parti principal : l’UMP (depuis 2002). Cette forme semble, cependant, assez instable. Les équilibres au sein de chaque pôle évoluent rapidement, les alliances sont instables (Les Verts ont fait partie du gouvernement Ayrault, mais pas du gouvernement Valls) et les partis évoluent également. La recomposition du centre-droit depuis 2002 avec la disparition de l’UDF, la tentative du MoDem de créer un parti charnière et la création de l’UDI en 2012 participent de cette instabilité.

La forme asymétrique multipolarisée est moins fréquente et peut prendre plusieurs formes.

Elle se retrouve, par exemple, lorsqu’un parti, à vocation quasi-majoritaire, s’oppose à divers partis qui s’entendent en général assez mal entre eux. On parle alors d’une forme asymétrique avec un pôle central.

En Norvège, le parti travailliste norvégien est le principal parti politique de Norvège, il est très régulièrement le cœur des gouvernements de Norvège depuis 1935. N’étant quasiment jamais assez important pour être seul au pouvoir, il s’allie avec un autre parti pour diriger le gouvernement norvégien. D’autres partis arrivent, occasionnellement, au gouvernement en formant des alliances, soit avec le parti travailliste norvégien, soit des alliances sans le parti travailliste norvégien. Dans ce cas, si ce n’est pas le parti travailliste norvégien qui constitue le cœur de la coalition gouvernementale, le parti dominant est alors un parti situé plus à droite. Il s’agit alors soit du parti conservateur (au pouvoir depuis octobre 2013, mais avec un gouvernement minoritaire en alliance avec le parti du progrès), soit du parti populaire chrétien (au pouvoir de 2001 à 2005) qui forme le pilier principal de la coalition au pouvoir. En dehors de ces relativement brèves périodes, le parti travailliste norvégien reprend les rênes du pays (2005-2013 pour la dernière fois) mais en s’alliant.

En Suède, la vie politique tourne autour du parti social-démocrate depuis les années 1930. Ce parti politique est l’illustration du concept de « parti dominant » dans une démocratie. En effet, à lui seul, il a dirigé la Suède sans interruption de 1932 à 1976 avant que n’alternent au pouvoir, pour des durées assez brèves, trois autres partis : le parti du centre (1976-1978 et 1979-1982), les libéraux (1978-1979) et les modérés (1991-1994 et 2006-2014). Sur les 80 dernières années, le parti social-démocrate a été constamment au pouvoir sauf pendant cinq périodes, d’une durée totale de 17 ans.

La forme asymétrique multipolarisée peut également être présente dans des pays où la vie gouvernementale est bien plus agitée qu’en Suède ou en Norvège. L’Italie fournit un bon exemple de vie parlementaire et gouvernementale particulièrement active. Pour la résumer en quelques mots, on peut considérer qu’il s’agit d’une forme asymétrique tripolaire. En effet, depuis la seconde guerre mondiale trois pôles forment les gouvernements : un pôle de droite (majoritaire), un pôle de gauche (minoritaire) et un pôle centriste (occasionnel). Au sein de chacun de ce pôles, les équilibres sont changeants et les coalitions mouvantes selon les époques. La première particularité des gouvernements italiens tient au fait que les coalitions sont souvent fragiles car constituées de nombreux partis (une demi-douzaine, la plupart du temps). La seconde particularité est plus surprenante : ce sont presque toujours les mêmes partis qui forment les coalitions au pouvoir, simplement l’alternance au poste de Premier ministre se fait entre ces partis en fonction des résultats aux élections. Cette situation n’existe, cependant, que depuis les années 1980 car auparavant, la Démocratie chrétienne était toujours aux avant-postes. Depuis les années 1990, les alternances sont plus franches et plus marquées entre la droite et la gauche. Les coalitions centristes n’existent que dans des situations particulières, lorsque des blocages existent et ne permettent pas la formation d’un gouvernement marqué à droite ou à gauche : gouvernement Ciampi (1993-1994), gouvernement Dini (1995-1996) ou gouvernement Monti (2011-2013).

La forme symétrique multipolarisée (de plus de deux pôles) est assez rare. Elle correspond à une situation de tripartisme16 : trois partis principaux ne s’allient pas et gouvernent à tour de rôle le pays. Cette situation pourrait se produire en France si le Front national arrivait au pouvoir. Pour des raisons idéologiques ni la gauche, ni la droite ne gouverneraient avec le FN et on aurait alors une alternance entre ces trois blocs composés d’un parti principal chacun.

Cette situation dans laquelle trois grands partis existent simultanément s’est déjà produite en France, jamais de façon durable et jamais en ayant une réelle alternance des trois partis concernés au pouvoir. C’est la situation qui a prévalu dans les années 1960 avec les gaullistes, les socialistes et les communistes puis à la fin des années 1970 avec les socialistes, les chiraquiens et les giscardiens (en considérant, de façon un peu trop rapide, que les communistes étaient quantité négligeable). Ces brefs épisodes historiques montrent l’instabilité d’un tel système à trois et illustrent cette sentence attribuée à Bismarck : « Dans un système à trois puissances, il faut être l’une des deux ». Cette remarque est d’autant plus forte que le mode de scrutin majoritaire, utilisé en France, force la création d’un système bipolaire.

A toutes ces hypothèses, il convient d’ajouter une situation particulière : celle des régimes comprenant un parti-charnière appelé également parti-pivot. C’est la situation qui a prévalu en Allemagne de l’Ouest de 1949 jusqu’aux années 2000 : un grand parti de gauche et un grand parti de droite alternent au pouvoir en association avec un petit parti centriste. C’est ce petit parti centriste, le FDP en l’occurrence, un parti libéral typique des partis de cadres, qui choisit avec qui il va s’associer et va ainsi déterminer la couleur globale de la coalition : soit il va faire alliance avec le SPD pour créer une coalition de centre-gauche, soit il va faire alliance avec la CDU-CSU pour former une coalition de centre-droit.

Lorsque le FDP n’est pas satisfait de son partenaire au sein de l’alliance, il la quitte pour en former une autre avec l’autre parti : c’est donc autour de ce parti-charnière que se fabriquent les coalitions dirigeantes. C’est ce qui s’est passé en 1982 : en dehors de toute élection, le FDP a décidé de rompre avec le SPD avec qui il gouvernait pourtant le pays depuis 1969. Le FDP a parallèlement décidé de s’allier à nouveau avec la CDU (avec laquelle il avait été au pouvoir de 1961 à 1965). Ainsi Le FDP choisit de rester au gouvernement mais en changeant de partenaire, et c’est cette nouvelle coalition FDP-CDU qui va diriger le pays durant toute la période Kohl de 1982 à 1998.

Depuis les années 2000, le FDP est dans une situation bien moins enviable et bien moins stable. En effet, ce système de parti-charnière a longtemps convenu aux Allemands : des alliances centristes semblaient largement préférables à toutes les autres options possibles. Mais les spectres du nazisme et du communisme sont un peu plus éloignés chaque jour et l’attirance des Allemands pour le centriste FDP n’est plus aussi grande qu’autrefois. Cela se joue à peu de voix, car le FDP n’a jamais eu des scores très élevés, il n’a jamais dépassé les 15 % et ses scores se situent en général aux alentours de 7 à 9 % des voix. Aux élections législatives de 2013, le FDP a enregistré le plus faible score de son histoire avec 4,8 %, en grande partie en raison de la forte popularité d’Angela Merkel. Le drame du FDP c’est le seuil électoral qui est de 5 %, seuil qui n’a donc pas été atteint avec pour conséquence que le FDP n’a aucun député pour la première fois depuis 1949. Il est trop tôt pour dire si cette mauvaise passe que traverse le FDP est conjoncturelle ou structurelle.

Etre un parti-charnière constitue une véritable rente de situation pour le parti centriste en question : avec peu d’électeurs et peu d’élus, il pèse considérablement sur la vie politique nationale, à un point tel qu’il est régulièrement en situation d’être faiseur de rois.

C’était la situation politique de l’Union Démocratique et Socialiste de la Résistance (UDSR) sous la IVème République : un petit parti politique classé au centre-gauche qui pouvait s’allier aisément. Ce positionnement permit au parti de figurer très souvent dans les gouvernements de la IVème République comme force d’appoint et François Mitterrand, un de ses leaders, fut ministre 11 fois durant la IVème (sur 24 gouvernements). Quant à René Pleven, le président de l’UDSR, il fut non seulement ministre mais aussi Président et vice-Président du conseil des ministres à plusieurs reprises.

Ce positionnement est donc idéal pour ceux qui souhaitent arriver au pouvoir et y rester. Les mauvaises langues ajoutent parfois que ce positionnement est d’autant plus facile à assumer qu’il n’exige aucune conviction politique, bien au contraire. Quoi qu’il en soit, cette position enviable de parti-charnière donne bien des idées aux partis centristes et il n’est, par conséquent, pas surprenant qu’il y ait régulièrement des tentatives de création d’un tel parti. La dernière tentative en date est, bien évidemment, le MoDem en France en 2007 sous la férule de François Bayrou mais ce parti n’a pas réussi ni à imposer sa présence, ni à s’allier avec la gauche, ni à rester en accord avec la droite dont il était historiquement issu. C’est donc un échec patent qui l’a forcé à rejoindre le centre-droit en 2013, abandonnant ainsi son rêve de pouvoir s’allier, tant avec la gauche, qu’avec la droite. Le mode de scrutin majoritaire en vigueur en France fait douter sérieusement de la viabilité d’un tel parti-charnière17.

A certains égards, la Démocratie chrétienne a joué le rôle de parti-charnière en Italie, cette classification n’est, cependant, pas parfaite car la Démocratie chrétienne a obtenu entre 1945 et 1980 des résultats très élevés qui la situait en tête de la coalition, faisant d’elle la force dominante et non une force d’appoint. A partir des années 1980 la situation change car divers scandales nuisent fortement au parti qui voit ses scores fortement diminuer. Son positionnement centriste lui a néanmoins permis de s’imposer en tant que parti-charnière durant une quinzaine d’années jusqu’à sa disparition en 1994.

En résumé, les partis-charnières existent et se maintiennent essentiellement dans des systèmes proportionnels : en Allemagne pour le FDP, en France durant la IVème République pour l’UDSR.

La présence d’un parti-pivot réduit l’alternance à une demi-alternance : un passage du centre-droit au centre-gauche, ce qui peut être l’effet recherché comme ce fut le cas en Allemagne avec le FDP. Dans ce cas, le parti-pivot est un facteur de stabilité du système politique. Il est même possible de conserver un ministre à son poste alors qu’une alternance a eu lieu, cela assure une continuité dans le changement. C’est ainsi que Hans-Dietrich Genscher (FDP) est resté ministre des Affaires Etrangères de façon constante de 1974 à 1992, soit 8 ans au sein d’un gouvernement SPD (1974-1982) puis 10 ans au sein d’un gouvernement CDU-CSU (1982-1992). C’est d’ailleurs son renvoi du ministère des Affaires Etrangères durant deux semaines en septembre 1982 qui fut à l’origine du changement d’alliance du FDP.

Mais la présence d’un parti-pivot peut également conduire à une situation d’immobilisme politique. C’est l’une des explications de l’usure de la Démocratie chrétienne en Italie. A force de toujours gouverner au centre et d’avoir toujours les mêmes dirigeants à la tête du pays, les électeurs se lassent et sont tentés par d’autres solutions plus franches. Les électeurs italiens, en se tournant davantage vers la gauche (parti socialiste italien puis l’Olivier) et davantage vers la droite (Forza Italia) ont scellé le sort du centre et de la Démocratie chrétienne.

Si le multipartisme peut être complexe, il n’en est pas forcément instable pour autant. Les coalitions entre les partis peuvent être claires, fortes et durables comme en attestent de nombreux exemples en Suède, en Norvège, en Allemagne ou en France.

Néanmoins, lorsque dans un gouvernement composé de plusieurs partis, un ministre prend des positions contraires à celle du Premier ministre, il est difficile de faire pression sur lui. La pression positive (centripète) que pourrait avoir le parti en forçant le ministre à changer sa position peut, en effet, devenir une pression négative (centrifuge) si le ministre met sa démission en balance ainsi que le départ de son parti de la coalition (hypothèse Genscher supra). De telles difficultés n’existent pas dans un système bipartisan dans lequel le parti est l’ultime décideur et peut même contraindre un Premier ministre à quitter son poste (supra).

Pour aller plus loin :

D. Chagnollaud, Science politique, 7ème éd., Dalloz, 2010, p. 84-94, p. 175.

Y. Mény, Y. Surel, Politique comparée. Les démocraties Allemagne, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, 8ème édition, Montchrestien, 2009, p. 102-121.

C. Steuer, La science politique en fiches, Ellipses, 2012, p. 98-108.

 

 

Christophe de Nantois

Maître de conférences en droit public à l'Université de Lorraine

  1. J. La Palombara et M. Weiner, Political Parties and Political Development, 1966. []
  2. N. Roussellier, Dictionnaire historique de la vie politique française au XXème siècle, J.-F. Sirinelli (dir.), PUF, 1995, p. 349. []
  3. Techniquement, il s’agissait du 4ème groupe parlementaire mais du 3ème parti politique puisque l’Irish Parliamentary Party disposait de 82 sièges. En effet, pour des raisons touchant au mode de scrutin, si le Labour avait obtenu trois fois moins d’élus, il avait cependant obtenu presque huit fois plus de voix, ce qui le rendait politiquement plus important. []
  4. « La crise du clivage est aussi ancienne que le clivage lui-même » Rémi Lefebvre, Leçons d’introduction à la science politique, Ellipses, 2010, p. 273. []
  5. Trois dévaluations successives du franc ont dû être effectuées en 1981, 1982 et 1983. []
  6. 10 pour la minorité serbe et 10 autres sièges pour les autres minorités : 4 pour les Roms, les Ashkalis et les Egyptiens des Balkans, 3 pour les Bosniaques, 2 pour les Turcs et 1 pour les Gorans. []
  7. Le record en la matière étant atteint par le Nouveau Parti Kosovar Rom qui a eu un élu grâce à 645 voix soit 0,09 % seulement des suffrages exprimés. En comparaison, la Nouvelle Alliance pour le Kosovo n’a eu aucun élu alors qu’elle a obtenu plus de 34.000 voix (4,67 % des suffrages exprimés). []
  8. « Que faire, lorsqu’un bateau transportant une centaine de passagers soudainement chavire avec un seul canot de survie ? Lorsque le canot de survie est plein, ceux qui haïssent la vie vont essayer de le remplir avec encore plus de gens et couleront l’ensemble. Ceux qui aiment et respectent la vie, se saisiront de la hache du bateau et trancheront les mains superflues qui s’accrochent aux bords du bateau ». The Doctrine Of Survival And Doctor Ethics (1992). Traduction C. de Nantois à partir de l’anglais. Pentti Linkola considère que la surpopulation est le plus grand danger de la planète et qu’il faut la réduire à environ 10 % de ce qu’elle est aujourd’hui (ou à un tiers, selon les sources). Pour ce faire, l’avortement et le génocide sont, à ses yeux, des moyens possibles. Il suggère même qu’un corps transnational comparable à l’ONU bombarde les grandes villes avec des armes nucléaires, bactériologiques ou chimiques. Can Life Prevail?, Integral Tradition Publishing, 2009. []
  9. On trouve un exemple typique de ce courant dans le 11ème James Bond, Moonraker datant de 1979. Hugo Drax cherchant à exterminer la race humaine au moyen d’un poison pour repeupler la terre par des humains méticuleusement sélectionnés. On retrouve sensiblement le même thème dans le roman de Jean-Christophe Rufin Le parfum d’Adam paru en 2007. []
  10. Le terme utilisé le plus souvent est « bipartisme parfait » ce qui, selon Jean Blondel, correspond à la situation dans laquelle les deux grands partis obtiennent plus de 90 % des suffrages. C. Debbasch, J.-M. Pontier, Introduction à la politique, 5ème éd, Dalloz, 2000, p. 321-322. []
  11. Il y a eu davantage d’exceptions au XIXème siècle puisqu’il n’y a eu que deux candidats aux élections de 1804, 1812, 1816, 1820, 1864 et 1868. Notons que le système était différent puisque les vice-Présidents étaient élus de 1804 à 1820 ce qui explique ces différences. []
  12. Sur la période 1925-2008 on peut noter deux exceptions notables : Ross Perot obtint presque 20 millions de voix (18,9 %) en 1992 et George Wallace qui obtint presque 10 millions de voix (13,5 %) en 1968. []
  13. Les résultats de la chambre des Communes après les élections législatives de 2010 indiquaient cette très nette domination des deux partis principaux : conservateurs (306), travaillistes (258). Mais il fallait également comptabiliser les députés libéraux-démocrates (57) ainsi qu’une kyrielle de petits partis, locaux pour la plupart. Venaient ainsi d’Irlande du Nord le DUP (8), le Sinn Féin (5), le SDLP (3) et Alliance (1), d’Ecosse le SNP (6) et du pays de Galles le Plaid Cymru (3). Enfin, il fallaitt ajouter un député indépendant et un député Vert (Green). Le Speaker, qui dispose d’un statut spécifique, est comptabilisé comme étant en dehors de tout parti politique. Cette composition est celle issue des élections, elle fut modifiée par la suite. []
  14. « Dissoudre : point de passé défini (pourtant rien n’empêcherait l’Académie d’adopter je dissolus) », E. Littré, Dictionnaire de la langue française, Hachette, 1881. « Dissoudre : passé simple inusité » Dictionnaire de la langue française, Le Robert, 2ème éd., 1985. []
  15. L’affaire Profumo est une affaire d’espionnage datant de 1963 qui mit en scène John Profumo, secrétaire d’Etat à la Guerre et sa maîtresse, Christine Keeler. Malheureusement, Christine Keeler s’est avérée être également la maîtresse de Yevgeny Ivanov, l’attaché principal de la marine à l’ambassade soviétique et probablement membre du KGB. Dans le contexte de la guerre froide, l’affaire fit grand bruit. Lorsque Profumo fut interrogé sur cette relation par la chambre des Communes, il mentit, ce qui précipita sa chute et celle du Premier ministre Macmillan. Il ne fut cependant jamais prouvé que Profumo a fourni la moindre indication militaire ni à Christine Keeler, ni aux soviétiques. []
  16. Cette situation est différente de l’éphémère période d’après-guerre appelée « tripartisme » durant laquelle les trois partis principaux de l’époque (PCF, SFIO, MRP) ont dirigé ensemble la France dans un gouvernement commun (1946-1947). Cette alliance de trois partis, aux idéologies si différentes, n’a pu être possible que dans le contexte très particulier de l’après-guerre. []
  17. En Grande-Bretagne, le parti libéral-démocrate (lib-dem) fort de ses 57 députés entre 2010 et 2015, allié des conservateurs dans le gouvernement Cameron, aurait pu peut-être tenter de devenir un parti-charnière. Son histoire, au centre-gauche de l’échiquier politique et son positionnement au centre-droit entre 2010 et 2015 auraient pu le permettre mais, comme en France avec le MoDem, le mode de scrutin majoritaire est défavorable à ce type de construction. Les élections de mai 2015 et le mauvais résultat des lib-dem (8 élus seulement) ont rendu cette hypothèse très théorique. []

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couverture_nantois_1, ' Approche empirique de la science politique–Titre II– Chapitre 2, Chapitre 2: La structuration des forces politiques ' : Revue générale du droit on line, 2017, numéro 28891 (www.revuegeneraledudroit.eu/?p=28891)